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Points de vue

A Alep, c’est l’humanité qu’on assassine

Rédigé par Nassurdine Haidari | Mercredi 14 Décembre 2016 à 18:55

           


A Alep, c’est l’humanité qu’on assassine
Des bombes, encore des bombes, toujours des bombes, telles une punition venant du ciel et s’abattant sur ces petits corps meurtris par la faim et le froid. Des larmes, encore des larmes, toujours des larmes, telles un supplice pour conjurer le sort d’une ville martyre qu'est Alep tombée aux mains de l’armée de Bachar al-Assad.

Viols, assassinats, incendies, bombardements… Des témoignages de scènes d’horreurs nous parviennent d’Alep. Des témoignages glaçants, d’une cruauté sans nom, d’une atrocité inqualifiable, délivrés par ces femmes et ces hommes au courage exceptionnel, agrippés au dernier fil du désespoir. L’horreur dans toute son obscurité, dans toute sa splendeur, cautionnée par la communauté internationale qui a décidé de fermer les yeux en condamnant du bout des lèvres le massacre de toute une population.

Que lègue-t-on pour les générations futures ?

Que dirons-nous à nos enfants lorsqu’ils seront en âge de comprendre les choses ? Que la situation était complexe, qu’il nous a manqué de courage et de cœur pour soulager ces enfants terrorisés, pour défendre ces hôpitaux bombardés ?

Que dirons-nous à nos enfants lorsqu’ils nous regarderont dans les yeux ? Que nos valeurs n’étaient que leurres et que la raison du plus cruel est toujours la meilleure ? Que la vie d’un enfant syrien ne vaut pas grand chose et que, pour des raisons de realpolitik, ils avaient le droit de mourir violemment ? Que l’intégrité du corps de la femme ne valait rien en temps de guerre ? Que dirons-nous ?

La liberté fossoyée par les puissants

Alep est tombée. Et avec elle, nos rêves et nos espoirs de voir un jour une partie du monde arabe renaître de ses cendres. Et à l’heure où le nouveau secrétaire général des Nations unis Antonio Guterres prêtait serment le 12 décembre, des exactions sommaires scellaient le sort de ces vies coupables d’avoir cru un jour, une nuit, un instant, au vertige de la liberté, cette liberté bafouée par une Russie impitoyable, maîtresse du jeu, pour laquelle les vies n’ont aucune valeur.

Mais au-delà de nos condamnations unanimes, cette guerre nous aura démontré que les tergiversations de la « communauté internationale » ces dernières années ont précipité la Syrie dans le chaos. Barack Obama, le prix Nobel d’une paix sans grande valeur aura été, avec tant d’autres dirigeants du monde occidental et arabe, un des fossoyeurs de la libération de la Syrie en laissant les Russes et les milices armées par l’Iran massacrer une population en toute impunité.

Personne ne sortira grandi de cette guerre

Personne n’en ressortira grandi, non, personne ! Les Russes préserveront leurs prés carrés dans une mare de sang, Bachar al-Assad et ses milices continueront probablement à régner sur une population traumatisée en propageant la mort, tandis que la vie, ou ce qu’il en reste, reprendra son cours…

Des enfants sans vie parce qu’orphelins reprendront le chemin de l’école ; des femmes violées et des hommes humiliés rependront le cours de leurs existences. Mais personne ne ressortira grandi de cette guerre dans laquelle nous avons accepté tacitement le sacrifice de la vie humaine sans bouger le moindre petit doigt. Les grands de ce monde sont parfois petits, très petits, lorsque devant la cruauté des armes, ils se bouchent le nez et se couvrent les yeux.

Impuissants, nous le sommes. Mais insensibles, nous ne devrions jamais l’être, car chaque vie écrasée par le poids d’une bombe ou par la barbarie des hommes est une part de nous-mêmes qui s’éteint à jamais.

À Alep, notre humanité est tombée.

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Nassurdine Haidari est élu PS de Marseille et délégué du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) pour la région PACA.

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