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Points de vue

Sarkozy, justice et Marseillaise

Par Moussa Khedimellah*

Rédigé par Moussa Khedimellah | Samedi 21 Novembre 2009

Petit coup de gueule d’un Plébéen de la France d’en bas



Sarkozy, justice et Marseillaise
Triste France du moment, des bruits et des odeurs que charrient l’actualité et les interminables et infatigables dépêches AFP. Noël approche à grand pas sans crier gare. Cela sent bon les cadeaux, même pour ceux qui ne pourront pas en offrir, cela sent les soirs froids et feutrés, la nuit qui se laisse tomber en plein après-midi. Il y a partout cette odeur diffuse de consommation en voie de frénésie croissante des ménages français, celle des ménages moins français aussi, français de fraîche date (avec un seul « t » au mot date svp), qui en ont gros sur la patate, discrimination oblige, et les extra-Européens, les Subsahariens, les cathos, les homos, les séniors, les femmes ou les manchots ne me contrediront pas.

Cela sent aussi cette sinistrose de crise économique mondiale, qui a du bon, bien que en recul, car une économie malodorante et si peu équitable devrait courir à sa perte. L’économie reprend du poil de la bête. Cette senteur rassurante qui arrive, celle des repas de famille bien mérités, avec à la clé quelques congés au passage, même les musulmans s’y mettent avec une fête de l’Aïd, dite fête du mouton, en souvenir du prophète Abraham à la fin novembre paraît-il... un mélange de Noël et de fête de Pâques, le tout en un.

C’est Brigitte Bardot qui va encore regretter haineusement cette contribution économique à l’effort national par la coalition improbable des paysans et des descendants de Sarrasins… car cacher, halal, bio ou bobo, la morosité guette à tous les niveaux : H1N1, chômage, ménages surendettés, cambriolages spectaculaires, que tout le monde ne cautionnent pas bien sûr mais qui laissent chacun(e) rêveur en ces temps de disette économique.

Eh bien quoi ? Eh bien rien, même le chapardeur le plus célèbre de France s’est rendu à la justice, il s’est rendu à Monaco. On commençait à rêver un peu... rêve brisé comme un trois-mâts sans capitaine qui s’abîme sur les récifs des Caraïbes de l’île de la Tortue, chère à mes rêves d’enfant…

Et puis voici Paris, encore, aux yeux du monde, qui a fait parler d’elle la semaine dernière en réveillant les géopolitologues. Plus grave que la main de Thierry Henry aux éliminatoires de la coupe du Monde : voici la France qui, pour les commémorations du 11 novembre de cette année 2009, s’affiche notablement et noblement avec Angela Merkel − Angie pour les intimes − au côté de Nicolas Sarkozy, émotion sous le drapeau tricolore, qui claque au vent pour cette première des deux anciens pays ennemis, unis dans le silence.

Et le soir, allez savoir pourquoi, la venue programmée d’un certain Benjamin Netanyahu, qui sent pas très bon le soutien aux bombes lâchées sur les civils de Gaza, ce carnage sans nom, digne de figurer dans la trilogie épique de Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul ou Les Sirènes de Bagdad... et soudain, ce souvenir bizarre d’un Erdogan, altier, sorti de la brume de ma mémoire, quittant en live sa tribune à Davos, devant le parterre fortuné et gotha dérisoire du globe, en réponse au silence assourdissant du monde, avec ce manant qui souhaitait le museler comme si on pouvait museler l’ouragan Ike dans le golfe de Mexico…

Un Netanyahu, disais-je, partisan belliqueux de la poursuite de la construction des colonies et du Mur de la honte, qui devrait faire comme son cousin germain, celui de Berlin en 1989 : s’écraser et se taire à jamais. Cet homme-là est contre les résolutions de l’ONU, et se contre-fout des pressions de Washington par Obama interposé. Il serre les paluches d’un Mahmoud Abbas timide, qui prend bientôt le large pour toujours, et pose pour la photo pompeusement, mais reste sur ses positions pilatesques. Il a été reçu à l’Élysée, ce mot qui me renvoie au fait que, dans l’Olympe, Zeus ne recevait pas le dieu des forgerons. Mais où va ce président qui sape chaque jour un peu plus l’image de mon pays natal ? Le magazine L'Express se le demande...

Tiens ! et cette affaire : le sieur Sarkozy de Nagy-Bosca, dont le fils, le prince Jean, a été évincé de justesse du titre et de la couronne. Parenthèse rapide sur le frère Petit Jean, un régal amer cette histoire à la française... le mea culpa venu trop tard de la part de papa qui en fait toujours trop... J’arrive pas à croire que les origines de notre président de la République soient à l’Est, il est trop méditerranéen cet homme-là.
Loin de moi l’envie de lier le Sud ou la Méditerranée au népotisme ou à l’intrigue, mais simplement le fait de voir celui-là fanfaronner, gesticuler, se jeter dans la foule et vivre dans ce showcase permanent… Les médias se sont aussi régalés de l’histoire de Jean Sarkozy à l’EPAD, le reste du monde a vu la France perdre largement de son rayonnement et de sa voilure avec cette affaire sordide.

Sait-on seulement − c’est là le côté amer − que des gens, citoyens français, au pseudonyme qui conviennent mal au conservatisme français − pour ne pas parler de racisme, mot politiquement correct et en réalité qui n’existe officiellement pas − et attendent dans l’ombre du plafond de verre décrié par Yamina Benguigui et les rapports de Yazid Sabeg

Beaucoup de ces profils dans la brume, discriminés au quotidien, méritent cent fois cette place à l’EPAD ; et leur parents basanés, noirs d’Afrique ou des Antilles, turcs ou asiatiques, ont aussi mérité la plus noble des médailles du monde, celle de la maghrébitude, de la francitude, celle de Bouchareb aussi... pour avoir contribué à la reconstruction de la France, à son rayonnement et avoir défendu ce pays au prix de leur sang et de leur peau : goumiers, tirailleurs, spahis, simples soldats maghrébins en Allemagne, en Indochine aussi, comme mon père défunt, même des harkis, avec une solde de fin de vie moins importante que le RMI ou le loyer de hauts fonctionnaires de l’État ayant un HLM de la ville de Paris… Mais c’est un autre débat, non ?

Sarko, qui supporte de moins en moins les Guignols de l’info sur Canal +, accumule aussi les impairs à mi-parcours, d’où sa chute vertigineuse dans les sondages, quand un Chirac se dore la pilule au soleil des bains de foule et des salons littéraires, où l’on savoure le saucisson et la piquette du pays. Notre président fait encore un impair de plus, disais-je, en refusant notamment de recevoir la mère d’un certain Salah Hamouri, franco-palestinien emprisonné en Israël mais soutenu par des représentants de tous les partis politiques français. Et M. Le Président qui a pourtant reçu le père d’un certain Gilat Shalit, autre Français en prison…

Vous avez dit deux poids deux mesures ? On a bien été chercher, fleur au fusil, une Ingrid Betancourt, extradé l’assassin passionné de Marie Trintignant ou soutenu au gouvernement sous le soleil vert de l’UMP, par Mitterrand interposé, un réalisateur de Roman Polanski, cheveux au vent, n’est-ce pas ? On demande aussi à l’Iran la libération sans conditions − je dis bien sans conditions − d’une Clothilde Reiss, 24 ans, alors pourquoi pas le jeune étudiant Salah Hamouri, de mère française et de père... palestinien ? Un Français est un Français, non ?

Vues de loin, ces affaires parlent en chuchotant furieusement. Des messes basses qui grouillent partout parmi la plèbe, sur notre France du moment. Cela me dit que cette France-là ne va pas bien... que ce n’est pas la France que je souhaite donner à mes enfants que je lui ai fait dans le dos. Il est si loin le rêve de Martin Luther King... et celui de Jaurès, de Coluche ou de l’abbé Pierre.

Essayez encore d’arrêter l’émission de Daniel Mermet pour voir...Y es, we can... Je sais plus qui a dit ça, mais il l’a fait..., un Américain sûrement. L’ère que propose l’UMP et le début de la fin de règne du sarkozysme, un PS dégoulinant de maladresses, de ratés, de couardise et de timidité en appellent à la reine d’ébène Rama Yade pour les sauver et cacher trente ans d’effronterie envers les gens de peu, les gens de couleur ou les fils de ceux qui boivent du thé à la menthe, du saké ou du Mecca Cola. François Bayrou, accroche-toi, tu peux encore t’en sortir...Le Pen aussi malheureusement. Marine y travaille. Le débat pitoyablement médiatique du moment entre le petit Peillon et la Royale qui s’effarouche finissent de tuer ce parti, qui n’est plus que le fantôme de lui-même.

La recherche, la culture sont en crise dans ce pays aussi : tiens, elles aussi, comme par hasard ! Les Antilles de Césaire pleurent. Même les jeunes artistes, fils et petits-fils de bobo ou du ghetto du 16e, bien nés et bien français − oui, hiérarchisons, c’est un sport national −, veulent se faire la malle. Oui... faire comme les intellos ou ingénieurs de la finance d’origine maghrébine ou africaine partis vers les mondes anglo-saxons, le Qatar ou la perle de Dubaï : se tirer à l’étranger comme les peintres faisaient le grand tour en l’Italie au XIXe car on commence à étouffer sérieusement ici.

J’étais bien moi, aux États-Unis, au pays de l’oncle Sam. Là-bas, on ne te juge pas et tu sens que tout est possible. J’ai jamais vraiment ressenti cela dans ce pays qui est le mien, comme disait le Belge Jacques Brel, jamais... Bon, ok, un peu en 1998… C’est vrai, je l’avoue... Mais cela a duré le temps d’une finale de match de foot, pas plus.

Quoi de neuf sous le soleil de Clichy-sous-Bois ou de Montfermeil depuis le kärcher à l’orée du 4e anniversaire des révoltes urbaines de 2005 ? Rien, la HALDE a moins d’argent mais les plaintes pour discrimination augmentent toujours. Les statistiques ethniques ne pourront pas crier la misère sans nom que subissent les gens sous le plafond de verre. Tentons le diable, on verra bien... et cette cuisine politico-médiatique réchauffée à la Besson ou à la Hortefeux a un bruit et une odeur encore et cela finira mal ou ne finira jamais.

Le groupe Zebda ou le rappeur Kerry James en feront bientôt une chanson, sinon ce sera Rachid Taha, Abdelmalik… J’y crois pas, c’est pas un engagé, juste un fou chantant, un poète. Plus de fichier Edvige ! Hourra... Mais on va trouver mieux sous le flicage de la République presque bananière, les profs de philo qui ne peuvent plus crier « Je te vois »...

Un jour, on arrêtera tous de consommer pour rendre visibles les invisibles et la France saura peut- être, ce jour-là, un peu ce qu’elle doit au grand-père de Karembeu, au père de Zidane, de Benzema ou de Makelélé, ces ombres de la France que l’on ne voit jamais, sinon pour nettoyer rapidement, avant que la nuit se tire, la « merde des Français » dans les bouches de métro à Paname ou à Vénissieux et aussi dans les rues désertées sous les lampadaires qui leur crachent à la figure leur lumière orange, en se moquant aussi d’eux.

La vérité et la justice sont comme le soleil dans le ciel, selon Rosa Park et les indigènes de la République. Avoir du cran dans les moments un peu dur, les Français savent faire, non ? La belle France va montrer son nez tôt au tard. Cela a déjà commencé : on ne se demande plus pourquoi des Cluzet, des Patrick Sébastien et des Marie Ndiaye se fâchent vraiment, vont vivre à Berlin ou à Hong Kong malgré le Raoult du Raincy, fait d’esbroufe inutile et de bonhommie criarde car la justice est non négociable ici, maintenant et toujours... I have a dream.

Et je crois, chers amis qui comprenez entre les lignes à l’encre noire de la réalité des damnés de ce pays, et qui vivent au-delà du périph ou de la rive gauche, ou de la middle class de yuppies, que je vais finir par la chanter cette chanson de Diam’s et l’apprendre à mes enfants et ne plus chantonner pour un bon moment La Marseillaise, M. Besson, alors qu’une fois l’année, au petit matin du 11 novembre, j’aimais à l’entendre et voir la France défiler avec Kenza en écoutant le murmure du chant des partisans.



* Manager dans une entreprise du CAC 40 sur les problématiques du développement durable sociétal, Moussa Khedimellah est aussi chercheur rattaché au laboratoire du Cadis et a rédigé plusieurs articles sur l'anthropologie des nouveaux mouvements religieux dans l'espace public et les politiques de reconnaissance des minorités.