Connectez-vous S'inscrire






Sur le vif

Recherche collaborateur « pour les caricatures et contre le communautarisme », un critère assumé

Rédigé par Christelle Gence | Lundi 2 Mars 2015



Recherche collaborateur « pour les caricatures et contre le communautarisme », un critère assumé
Une offre d’emploi aux critères d’embauche pour le moins douteux a été publiée lundi 23 février sur l’APEC, le site de recrutement pour les cadres et les jeunes diplômés. L’offre que Saphirnews a découvert le 1er mars par un de ses lecteurs sur le site de l'APEC a depuis été retirée, mais pour prétendre à un poste de consultant en recrutement, le candidat se doit d’être « pour les caricatures et contre le communautarisme ».

Emise par PLES Convergence, un cabinet de conseil en recrutement spécialisé sur le secteur de la convergence télécoms, informatique, médias, l’offre d’emploi en question précisait que le profil du futur « chasseur de tête », en plus d’être issu d’une grande école de commerce, devait répondre à cinq critères. « Vous êtes pour les caricatures et contre le communautarisme » était le premier d’entre eux.

Les postulants intéressés devaient directement contacter Sylvain Lagarde, le gérant de la société. Retirée de l’APEC, l’offre d’emploi en question est toujours visible sur le site du cabinet de recrutement... dans une version édulcorée toutefois, la référence aux caricatures et au communautarisme ayant disparu.

Un critère discriminatoire

Son critère de recrutement est illégal, en vertu de l’article L1132-1 du Code du travail qui précise qu’« aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement (…) en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation ou identité sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille, de son lieu de résidence ou en raison de son état de santé ou de son handicap ». L'infraction à ce code peut valoir jusqu'à 225 000 euros pour une personne morale.

Le cabinet de recrutement précisait aussi d’emblée rechercher « dans le cadre de son développement un chasseur de têtes de talent (de sexe indifférent) », qui aime « googliser vos amis », qui a « un goût réel pour les technologies de l’information et de la communication (…) qui dépasse le stade du voyeurisme », et qui a « déjà plus de 300 contacts LinkedIn ».

« Notre exigence : l’accord entre les besoins de nos clients et les compétences et motivations des candidats », peut-on lire en arrivant sur la page d’accueil de PLES Convergence. De tels critères de recrutements ne peuvent qu’interroger sur « les besoins » du cabinet de recrutement, qui explique aussi valoriser « l’authenticité et la simplicité » dans la rubrique « Philosophie » de son site.

Un critère pour le « vivre-ensemble »

Sollicité par Saphirnews, PLES Recrutement n’a pas souhaité réagir. Mais au micro de L’Express, Sylvain Lagarde regrette un texte « maladroit » et « mal interprété » tout en assumant au fond la présentation de l'offre d’emploi.

Etre « pour les caricatures » et « contre le communautarisme » ? « Ce sont des valeurs françaises, républicaines et laïques, et un critère pour faire partie de mon entreprise », a fait savoir le fondateur du cabinet. « Moi je veux recruter des gens avec qui je peux rire de tout et qui ne refusent pas de prendre part aux activités du cabinet en raison de convictions extrémistes. Ça s'appelle le vivre ensemble. Des personnes plus fondamentalistes ne pourront pas s'intégrer dans ma structure », ajoute-t-il.

Visiblement, sa condition pour le vivre ensemble implique des citoyens qu'ils adhèrent à ses opinions et à son « humour ». Les libertés d’opinion et d’expression passent à la trappe. Quid des compétences des postulants ?

Lire aussi :
Un tiers des chômeurs face aux discriminations à l’embauche
Discrimination à l’embauche : les profils Facebook interrogés
Les diplômes n'effacent pas les discriminations à l'emploi des Maghrébins
Discriminations : les candidats aux noms étrangers triment pour un emploi