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Lionnes et gazelles

ONU Femmes : égalité des sexes et autonomisation des femmes, en avant toute !

Par Mehrézia Labidi-Maïza*

Rédigé par Mehrézia Labidi-Maïza | Lundi 29 Novembre 2010

« Je suis reconnaissant aux États membres d’avoir pris cette mesure primordiale en faveur des femmes et des filles du monde…ONU Femmes dynamisera nettement les efforts des Nations unies pour promouvoir l’égalité des sexes, accroître les opportunités et lutter contre la discrimination partout dans le monde. » (Ban Ki Moon)



Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, à la tête d’ONU Femmes (Photo : Nations unies).
Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, à la tête d’ONU Femmes (Photo : Nations unies).
ONU Femmes, cette nouvelle agence dont le nom en entier est Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, est officiellement née le 2 juillet 2010 par décision de l’assemblée générale de l’ONU. Elle fusionne les quatre organismes déjà existants qui traitent de la question des femmes : le DAW, la Division de la promotion de la femme, l'UNIFEM, le Fonds de développement des Nations unies pour la femme, l'OSAGI, le Bureau de la conseillère spéciale pour la problématique hommes-femmes, et l’INSTRAW, l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme.

Dotée déjà d’un budget de 500 millions de dollars, ONU Femmes a comme mission de superviser, d'harmoniser et de soutenir tous les programmes destinés à promouvoir les droits des femmes et à faire avancer leur participation à la vie sociale, économique et politique.

Cet organisme s’est aussi confié la mission de conseil et d’assistance financière et technique aux gouvernements qui voudraient promulguer des lois et élaborer des politiques pour améliorer la situation et le statut des femmes dans leurs pays respectifs.

L’agence cherche aussi à mettre en œuvre des partenariats avec les organisations non gouvernementales et la société civile, afin de faire progresser l’égalité des sexes et la protection des femmes et d’inciter les pays membres de l’ONU à se conformer aux normes internationales et aux résolutions de la communauté internationale relatives aux femmes.

Place aux femmes saoudiennes

Pour garantir une visibilité et une efficacité à cette nouvelle agence onusienne, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon a nommé Michelle Bachelet, l’ancienne présidente du Chili, comme son directeur exécutif, justifiant un tel choix par sa qualité de femme politique capable de créer une synergie entre cette nouvelle entité et les autres agences onusiennes qui œuvrent pour les mêmes objectifs, et de mobiliser la société civile pour la cause des femmes.

ONU Femmes commencera ses activités dans les 80 pays où se trouve déjà une représentation de l’UNIFEM. En politique habile et avertie, Michelle Bachelet saura éviter l’intervention directe dans les politiques des pays membres, tout en mettant le savoir-faire humain et technique de son agence à la disposition des États désireux d’améliorer le sort et le statut des femmes dans leur pays.

Autant la nomination du directeur exécutif a fait l’objet d’un consensus, autant la formation du conseil d’administration de l’ONU Femmes a donné lieu à des négociations très tendues et à un vote serré. En effet, plusieurs États convoitaient les 41 sièges de ce conseil, notamment l’Iran qui a fait face à un bouclier occidental qui a favorisé un autre État asiatique, le Timor-Oriental.

Quant à l’Arabie Saoudite, elle a gagné un siège à ce conseil comme pays donateur. Par ailleurs, ce pays dispose d’une « ambassadrice » de taille Mme Thoraya Obaid, la directrice exécutive de l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population), qui a déjà contribué à plusieurs programmes pour améliorer la santé des femmes dans les pays pauvres et pour l’éducation et la promotion des droits des jeunes filles.

En effet, Mme Obaid est un visage féminin qui fait honneur non seulement à son pays mais à toutes les femmes arabes et musulmanes. Son action en faveur du développement humain et pour la protection des femmes et des enfants est reconnue et appréciée par toutes les ONGs actives dans le domaine.

Parmi les contributions notoires de l’UNFPA, on peut mentionner la campagne menée actuellement pour lutter contre la fistule obstétricale (qui touche 2 millions de femmes dans le monde) et la mortalité maternelle, un fléau qui touche les jeunes mamans dans des pays pauvres tels que l’Ethiopie, la Somalie (99 % des 358 000 morts maternelles recensées en 2008 l'ont été dans des pays en voie de développement et plus de la moitié en Afrique subsaharienne). Elle est causée par les accouchements rapprochés et le manque d’hygiène et de soins pour les jeunes mamans, souvent mariée à un âge très précoce.

Cette campagne est menée par plusieurs ONG, notamment le réseau Femmes de foi pour la paix, qui coordonnent les programmes d’éducation et de formation conduits par les associations locales qui viennent en aide aux victimes de cette maladie. Le 6 décembre prochain, ce réseau organise une rencontre d’évaluation de l’action menée sur le terrain en présence des différentes organisations et fondations donatrices de fonds et des femmes de Tanzanie et de l’Ouganda, représentant les associations locales.

Femmes : de victimes assistées, devenez actrices de vos propres vies

L’espoir avec la nouvelle agence onusienne pour les femmes est que de telles actions gagnent en efficacité et en portée ; que l’intégration de tous les organismes œuvrant pour la promotion des femmes consolident leurs efforts et leurs moyens, que l’approche des problèmes soit plus exhaustive et plus réaliste et que les réponses soient plus adéquates.

En effet, si tout le monde est d’accord pour améliorer le sort des femmes, les différences persistent quant à l’appréciation du rôle de organisations internationales, car plusieurs pays craignent que la question de la femme ne devienne un cheval de Troie par le biais duquel certains pays profitent pour déstabiliser la structure sociale et culturelle d’autres pays, voire faire des pressions sur eux à des fins politiques.

Pour dépasser ces craintes, il faut que la nouvelle agence onusienne tienne compte des différentes cultures et différent environnements sociaux et qu’elle implique plus les femmes dans le changement de leur situation, car c’est elles qui savent mieux que quiconque leurs besoins. L’autonomisation des femmes consiste à les sortir de l’état de victimes assistées à celui d’agents de changement et d’actrices de leurs propres vies.

Mme Bachelet semble convaincue que le rôle des agences onusiennes est d’aider les femmes à accéder à la justice, aux ressources à la formation et aux positions de « décideurs », cela semble un bon début, nous attendons l’année 2011 pour voir comme évolue l’action de ONU Femmes.


En savoir plus : ONU Femmes


* Mehrézia Labidi-Maïza est coordinatrice de Femmes croyantes pour la paix et co-auteure de Abraham, réveille-toi, ils sont devenus fous ! (avec Laurent Klein, Éd. de l'Atelier, 2004).





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