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Points de vue

MM. Joël Mergui et Roger Cukierman, la plus grande condamnation !

Rédigé par Tariq Ramadan | Mardi 22 Juillet 2014



Roger Cukierman, président du CRIF.
Roger Cukierman, président du CRIF.
Je condamne, bien sûr et de façon ferme, les propos tenus par certains et les cris de « morts aux juifs » lors des manifestations, je condamne également les débordements, les casses et le comportement violent de certains meneurs instrumentalisant, ou instrumentalisés, au cœur des manifestations.

Je condamne en sus les propos trois fois indécents de MM. Joël Mergui (président du Consistoire central israélite de France) et Roger Cukierman (président du Conseil des institutions juives de France – CRIF) qui relaient la propagande israélienne en France et osent :

1. Justifier le massacre des civils, des femmes et des enfants (près de 75 % des victimes) en présentant Israël comme la victime en omettant de préciser que toutes les roquettes sont détruites et/ou détournées en vol. Il n’y a eu aucun mort dû aux roquettes ni aucune maison touchée jusqu’au début de l’invasion terrestre qui continue le massacre des civils.

2. Réduire la sympathie pour les Palestiniens aux seuls « musulmans » et ceux qui manifestent, disent-ils, instrumentalisent cette « guerre » car ils ne manifestent pas de la même façon pour « d’autres causes de musulmans » (dixit Joël Mergui). Représentants de la communauté juive, ils réduisent le soutien à la Palestine « à la communauté musulmane »… voilà un beau communautarisme mensonger. Les pro-Palestiniens ne sont pas uniquement musulmans, ils sont juifs, chrétiens, bouddhistes, hindous, athées, agnostiques, ce sont des femmes et des hommes de conscience et de justice qui refusent la déshumanisation de la population de Gaza imposée par l’Etat d’Israël pour nous faire croire qu’en détruisant des hôpitaux, des maisons et des ambulances, l’armée cible des « terroristes ».

3. Manipuler l’opinion en affirmant que l’opposition à la politique israélienne et le refus du massacre cachent des relents antisémites. Nous ne serions pas loin, en France, de « pogroms » et de « nuits de cristal » (dixit Roger Cukierman) ! Ils ont tenu de pareils propos avant la manifestation du 13 juillet et les ont répétés après la manifestation interdite du 19 juillet (interdiction qu’ils ont bien sûr demandée). Ce qu’ils retiennent de tous ces Français choqués par la politique ignoble d’Israël, c’est qu’il s’agirait de pro-Palestiniens i « musulmans »]i fondamentalement « antisémites ». Il faut donc que « la République » se protège !

La belle affaire…les plus grands communautaristes de France qui parlent « au nom de l’unité de la République », car enfin ces deux institutions, en l’état, jouent un rôle de propagandistes, en soutien total de la politique israélienne, et qui parlent au nom de « la communauté juive » et « des juifs de France ». Cela ne choque ni les politiques, ni les medias, étonnamment. Ce qui est le plus condamnable, néanmoins, c’est la teneur inqualifiable des propos et leur implication.

Ce sont ces prises de position qui entretiennent un climat délétère en France, montant une communauté contre l’autre, et le gouvernement français, en interdisant des manifestations pro-palestiniennes, et en affirmant qu’il ne tolérerait aucune « expression antisémite » (réduisant les manifestations à cette expression comme le suggèrent ces deux institutions) provoque les actions et réactions non maîtrisées et violentes qu’il dit vouloir éviter. La France fait fausse route et les conséquences de ces errances se paieront un jour ou l’autre, à plus ou moins long terme, soit par des violences (qu’il faut condamner et éviter), soit par les urnes et le choix de tous les citoyens libres (qu’il faut encourager).

Je condamne vos propos, MM. Mergui et Cukierman, et je le dis comme je le pense, vos prises de position sont dangereuses pour la France et son avenir. Et si le gouvernement français, embourbé dans ses calculs d’intérêts électoralistes et internationaux, ne le sait pas, il y a fort à parier que le peuple de France le lui rappellera. Avec ou sans les médias.

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Tariq Ramadan est, notamment, professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford (Royaume-Uni) et senior research fellow à l’université de Doshisha, à Kyoto (Japon). Il est également directeur du Centre de recherche sur la législation et l’éthique Islamiques (CILE), à Doha (Qatar). Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Dernier ouvrage paru : Au péril des idées (Presses du Châtelet, 2014).
Première parution de cet article sur tariqramadan.com

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