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Société

Sarcelles : la manif pour Gaza dégénère, ce qu'il s'est passé

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 21 Juillet 2014

Des violences ont éclaté, dimanche 20 juillet, en marge d'une manifestation pro-palestinienne à Sarcelles (Val d'Oise). Celle-ci avait pourtant très bien commencé. Mais des jeunes, pour beaucoup échaudés par la présence annoncée de la Ligue de défense juive (LDJ) dans cette commune comptant une forte communauté juive, ont fini par s'affronter aux CRS avant de retourner leur colère contre des commerces et des voitures. Ces actes de vandalisme, que le gouvernement met sur le compte de l’antisémitisme, ont provoqué une pluie de réactions de la classe politique.



Sarcelles : la manif pour Gaza dégénère, ce qu'il s'est passé
La préfecture du Val d’Oise avait décidé d’interdire toute manifestation pro-palestinienne, dimanche 20 juillet, à Sarcelles, à l’annonce d’un rassemblement le même jour de la Ligue de défense juive (LDJ). Le Collectif des citoyens Garges-Sarcelles, soucieux de marquer son indignation du nouveau massacre commis par Israël contre la bande de Gaza, a bravé l’interdiction, l’estimant injuste et injustifiée.

Rendez-vous au parvis de la gare de Garges-Sarcelles, desservi par le RER D. Entouré d'un important dispositif policier, plusieurs centaines de personnes ont répondu, dans le calme, à l’appel de l’association, soutenu par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste ou encore Europalestine, en signe de solidarité au peuple palestinien.

Les organisateurs ont signifié l'importance de rester placide pour ne pas jeter le discrédit sur le combat antisioniste à mener. Ils ne sont pas entendus par tous, une minorité dans les faits. Selon de premiers éléments à notre disposition, des sms qui font acte de la présence de la LDJ auraient en effet fait leur apparition : elles tournent vite et les manifestants, appelés à se disperser, vont en ville. Des affrontements entre les forces de l’ordre et des jeunes qui se dirigeaient vers la synagogue finissent par avoir lieu.

La présence du groupe extrémiste, placé devant le lieu de culte et derrière les CRS, est avérée et autorisée, comme en témoigne cette vidéo où l’on voit des jeunes danser, agitant un drapeau israélien. Cette information importante délivrée, précisons aussi que le scénario du 13 juillet, qui révélait une provocation délibérée de la LDJ, n'est pas tout à fait celui qui s'est reproduit ce dimanche. Mais beaucoup retiendront qu'elle était là, jouissant d'une protection de la police.

Des commerces vandalisés

Incendie, braquage, détérioration... Des casseurs, sans idée des conséquences que font courir leurs actes déplorables pour le soutien à la cause palestinienne, s’en sont très vite pris à plusieurs commerces sarcellois, dont une épicerie casher déjà prise pour cible en 2012, un magasin Simply Market et une pharmacie. Une femme qui y était présente a été intoxiquée par les fumées. Des véhicules ont également été détériorés et incendiés tandis que les rails du tramway abimés. Dix-huit personnes ont été interpellées, dont 11 étaient toujours en garde à vue lundi matin, selon des sources policières.

Le calme est revenu à Sarcelles mais une forte présence policière y était maintenue lundi 21 juillet. Au lendemain des heurts, le ministre de l'Intérieur a résumé les incidents à des actes « antisémites ». Il a condamné des « événements graves » et « intolérables » devant la synagogue. « On peut dans la République exprimer de son indignation. On peut dire son souhait de voir la paix l'emporter face à la guerre » et que « les enfants de Gaza » soient « protégés face à la mort », a lancé Bernard Cazeneuve. « Mais il est intolérable qu'on s'en prenne à des synagogues où à des commerces parce qu'ils sont tenus par des juifs », a-t-il poursuivi.

« Rien ne peut justifier de telles violences », a insisté le ministre. « Ce qui s'est passé à Sarcelles est intolérable, s'attaquer à une synagogue, à une épicerie casher, c'est tout simplement de l'antisémitisme, du racisme », a jugé Manuel Valls, un peu plus tard. Pour François Pupponi, le maire de Sarcelles, les casseurs ont exprimé « un antisémitisme primaire » avec l’intention claire de « casser du juif ».

Pharmacie saccagée.
Pharmacie saccagée.

L'antisémitisme, « cause nationale »

Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a été invité dans la journée à l’Elysée avec Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France, et les représentants de diverses communautés religieuses de France. A leur sortie, c'est un appel à l’apaisement qui a été lancé.

« A nous d’éviter certaines dérives, certaines outrances, certains groupes non-contrôlés qui dénaturent l’adhésion de la communauté musulmane à la communauté nationale », a déclaré devant la presse Dalil Boubakeur, martelant que « la communauté musulmane n'est pas antisémite ». « Il a été rappelé par le président de la République que la lutte contre l'antisémitisme sera une cause nationale, avec des moyens qui y seront adaptés », a indiqué Joël Mergui à ses côtés.

Les incidents à Sarcelles pour promouvoir l’interdiction ?

Ces incidents ont eu lieu le lendemain de la manifestation interdite à Barbès. Interrogé par BFM TV, Dalil Boubakeur a souligné qu’il y avait eu moins de désordre dans les villes où les manifestations étaient autorisées.

A ceux qui estiment que l’interdiction des rassemblements a jeté le feu au poudre, le ministre de l’Intérieur, a rappelé sur la même antenne qu'à Lille et à Nice, il n'y a « pas eu de violences » après la décision de ne pas les autoriser samedi. Dans le cas de Sarcelles, « si je n'avais pas interdit cette manifestation, ça aurait été sans doute pire », a-t-il jugé. « Ce n'est pas l'interdiction de la manifestation qui fait la violence, c'est la violence qui fait l’interdiction de la manifestation », a-t-il également déclaré devant la synagogue sarcelloise.

« Si elles peuvent se tenir dans le calme, elles se tiendront », a ajouté le ministre concernant les manifestations à venir. Dans la capitale, deux sont prévues mercredi 23 et samedi 26 juillet. L’émotion que suscitent les massacres à Gaza est forte en France. L’empêcher de s’exprimer, comme le souhaitent l’UMP ou encore le CRIF, est une faute qui fusille la liberté d’opinion : celle de critiquer Israël et sa politique criminelle contre les Palestiniens.






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