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Monde

Manif pour Gaza interdite : « une décision politique » contestée en justice

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 18 Juillet 2014

Partout, dans le monde, des millions de personnes manifestent leur soutien à l’endroit du peuple palestinien, traversée par une nouvelle tragédie à Gaza. En France, la solidarité est mise au placard : la préfecture de police de Paris a décidé, vendredi 18 juillet, d’interdire toute nouvelle manifestation. Les organisations de défense des Palestiniens crient à l’injustice et font appel de cette décision aussi politique qu’arbitraire.*



Manif pour Gaza interdite : « une décision politique » contestée en justice
La vérité autour de la manifestation du 13 juillet à Paris doit être rétablie. C’est avec ces mots d’ordre que ses organisateurs ont convoqué la presse. Une vingtaine de médias, dont Saphirnews, ont fait le déplacement dans le siège parisien de l’IREMMO (Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient) où a été fixé le rendez-vous à 11 h.

La décision que tout le monde attendait est tombée le matin même. Si elle n’est pas pour favoriser l’apaisement, elle réjouira aussi bien le CRIF que la LDJ : la préfecture de police de Paris a formellement interdit dans la capitale les manifestations de solidarité pour Gaza prévues ce samedi 19 juillet, invoquant « les risques importants de troubles graves à l’ordre public ». « Une confirmation d’accusation fallacieuse » à l’endroit des sympathisants de la cause palestinienne, résume Youssef Boussoumah, représentant du Parti des indigènes de la République (PIR). Alors que les preuves s’accumulent contre la LDJ, ce sont les pro-Palestiniens qui sont aujourd'hui pénalisés par une décision qui n’est « pas juridique mais politique », surenchérit-il.

A leurs côtés, Me Hosni Maati annonce l’introduction d’un référé-liberté pour contester la décision préfectorale devant le tribunal administratif de Paris et la suspendre d’urgence.* « La liberté est le principe, l’interdiction est l’exception », lance l’avocat, citant l’arrêt Benjamin rendu par le Conseil d’Etat en 1933 qui consacre la liberté de réunion. Si le risque de troubles à l’ordre public devait à chaque fois être invoqué, « il n’y aurait aucune manifestation en France ».

* Mise à jour vendredi 18 juillet au soir : Le tribunal administratif a confirmé l'interdiction de la manifestation parisienne. La préfecture de police de Paris lance un « appel à respecter cet arrêté d'interdiction qui a été pris dans un souci d'apaisement des tensions » mais les appels à manifester continuent d'être relayés.

Aux origines de la décision, une manipulation médiatique

Le choix d’interdire la manifestation « n’est pas fondée sur des faits réels » mais « sur des affabulations. Il n’y a pas eu d’attaques à la synagogue ! », insiste Youssef Boussoumah. « On était parti pour une manifestation de quelques centaines de personnes » mais ce sont plus de 20 000 qui ont rejoint Barbès, raconte Alain Pojolat, du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Le service d’ordre, bien que « surpris » par les proportions, a été « parfaitement à la hauteur de la situation », déclare-t-il.

Emmeline Fagot, membre du bureau national de l’Union juive française pour la paix (UJFP), rapporte que leur présence à la manifestation du 13 juillet a été chaleureusement applaudie et rappelle l’absence de slogans antisémites dans le cortège. Une telle manifestation de solidarité pour la Palestine « permet de lutter contre l’amalgame, contre l’antisémitisme et pour le vivre-ensemble », dit-elle, en regrettant, elle aussi, la décision préfectorale.

Faucher l’élan de solidarité pour Gaza

Les organisateurs ont pourtant eu l’occasion, jeudi, de présenter leur version des faits à la préfecture mais n’ont finalement pas eu gain de cause. « La décision était déjà prise », entend-on dire. C’est avec « honneur » que le préfet, par lettre, a en effet informé les associations qu’il envisageait d’interdire le prochain rassemblement : la réunion n'a été que « formelle ». « Le gouvernement a commis une faute politique grave », commente Tarek Ben Hiba, de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR).

Le gouvernement veut « faucher l’élan citoyen et le fracasser contre un mur froid de mensonges » et « de racisme » pour Youssef Boussoumah. Car « l’attitude du gouvernement était raciste » à l’égard des manifestants, essentiellement constitués de jeunes de l’immigration postcoloniale. Ces populations, « déjà grandement stigmatisées », ont été « gravement diffamées » en faisant croire qu’elles ont « participé à des opérations de pogroms », juge-t-il.

Manif pour Gaza interdite : « une décision politique » contestée en justice

La manifestation toujours dans l’agenda

Le rassemblement, ce samedi, au départ de Barbès est toujours à l’ordre du jour : ses initiateurs, dans l’attente de la décision du tribunal administratif, pensent encore qu’il est possible de manifester, un droit qui n’est que « l’expression légitime d’une émotion et d’une colère » face aux agissements criminels d’Israël mais également à la position de François Hollande, exprimée dès le 9 juillet, qui « place la France (…) en situation de belligérance ».

Tous mettent les autorités devant leurs responsabilités : à elles d’assumer les risques de troubles à l’ordre public qu’induirait la confirmation de l’interdiction de manifester. Face à des journalistes qui demandent si les organisateurs n’entendent pas lancer un appel au calme, Me Hosni Maati appuie la nécessité de « ne pas inverser les charges ». « Les organisateurs ont anticipé sur une émotion mais ils en sont empêchés, c’est à l’Etat d’assumer les conséquences », déclare le PIR. « Du fait de l’escalade, la colère est très grande et elle va vouloir se manifester », souligne, pour sa part, Alain Pojolat.

La LDJ, le « trublion de fascistes » selon les termes de Youssef Boussoumah, a réussi son coup pour les organisations pro-palestiniennes. En provoquant les troubles près de synagogues, insuffisamment relevés à ce jour, les militants sionistes « veulent faire taire les critiques légitimes contre Israël », déclare Emeline, déplorant que le piège tendu par la milice a détourné en France l’attention médiatique de Gaza.

La même question, posée depuis des années, anime toujours les esprits : la dangerosité de la LDJ est de notoriété publique. Alors comment se fait-il que cette milice sioniste, interdite aux Etats-Unis et en Israël, peut-elle jouir d’un exercice total des libertés en France ? Personne n’a d’ailleurs été arrêté de son côté le 13 juillet malgré l’existence de vidéos et de déclarations sur les réseaux sociaux à charge. La complicité des autorités est à ce titre flagrante et n'est pas pour redorer le blason de la République.

Pendant ce temps, à Gaza, la crise politique et humanitaire s’aggrave, Israël ayant opté pour une offensive terrestre après 10 jours de bombardements intensifs.






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