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Grâce à nos différences

Les riches ont fait sécession !

Rédigé par | Jeudi 29 Novembre 2018



Manifestation, à Paris, le 23 septembre 2017, contre les réformes du travail du président Emmanuel Macron. (Photo © Jeanne Menjoulet)
Manifestation, à Paris, le 23 septembre 2017, contre les réformes du travail du président Emmanuel Macron. (Photo © Jeanne Menjoulet)
Ici, la vraie vie ! Les Français parlent aux Français ! Le top ne répond plus ! Mayday Mayday Mayday, avons-nous perdu toutes les communications ?

Jamais les plus riches de notre pays n’avaient été aussi égoïstes, individualistes et isolés du reste de la société ! Il serait téméraire de désigner un responsable ou un bouc émissaire, me dira-t-on, mais la réalité est sans équivoque : oui, les riches ont fait sécession !

Nous sommes une nation. Parmi nous, les 1% les plus fortunés – ayant eu la capacité par le mérite mais aussi la chance, l’héritage, la vie, les opportunités, d’accumuler des biens de manière importante et durable – participaient auparavant en première ligne à l’effort de l’intérêt général et du bien commun.

Le séparatisme social des plus riches

Depuis la fin de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) les grands gagnants sont donc ces 1% qui économisent des avoirs dont ils avaient appris à se passer, et dont ils n’avaient surtout pas besoin, même s’ils en avaient envie !

Il est bon de se rappeler que la part de la valeur ajoutée attribuée à la rémunération du capital, c’est-à-dire à une toute petite minorité d’actionnaires, a doublé en France depuis 15 ans, alors que la part attribuée au travail, c’est-à-dire à l’augmentation des salaires, a presque stagné sur la même période.

Seulement 1 % des Français gagne plus de 8 850 € net chaque mois. Et ces 1% là ne connaissent que très peu de personnes faisant partie des 99 % restants. Les 1 % les plus riches concentrent près de 7 % des revenus de tous les Français. Les 10 % en concentrent 28 %.

La Fondation Jean-Jaurès publie une étude sur le comportement de repli qui caractérise les plus riches depuis 1985, et ce repli est spectaculaire. Les 60 familles les plus riches de France possèdent, à elles seules, la moitié de la valeur disponible en France. Ce séparatisme social pointé par l’auteur de l’étude, Jérôme Fourquet, s’incarne par une incapacité à fréquenter des personnes issues d’un autre univers économique que le siens, notamment en investissant des centres-villes où les résidents sont toujours de plus en plus riches et donc de moins en moins nombreux sur des surfaces habitables toujours plus grandes par individu. C’est ainsi que la population de Paris baisse, par exemple.

La générosité des riches n’est pas innée

La fin de l’ISF, c’est une perte de 3 milliards d’euros de dons aux associations qui n’ont été compensés par aucune politique publique. Ce sont les plus petites structures qui sont les plus touchées, les associations de proximité, les clubs de sport, de peinture, de culture, d’aventure. Les géants de la solidarité et de l’humanitaire en France, comme les Restos du cœur ou la Fondation Abbé Pierre, déplorent une baisse de la générosité de 6 %.

La baisse du don et l’abolition de l’ISF sont liées. Les riches ne sont pas généreux par nature ! Ils le sont soit par contrainte pour la plupart, soit par choix personnel pour une infime minorité.

Pour sortir de ce séparatisme, il faudrait un volontarisme politique et coercitif. Mais comme la finance est désormais mondiale, nous aurions besoin d’une gouvernance nécessairement mondiale.

Dans plusieurs siècles, la mémoire collective célébrera la fin de l’esclavage, de la peine de mort, du colonialisme et… du capitalisme ! Aujourd’hui, la question est d’acter la date de cette abolition, nécessaire et inévitable.

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Chronique publiée en partenariat avec RCF et Médiapart



Samuel Grzybowski
Samuel Grzybowski est entrepreneur social et militant associatif. Il est fondateur de Coexister... En savoir plus sur cet auteur