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Points de vue

Les dix derniers jours du Ramadan : des moments de prière, de méditation, de dhikr et de dons

Rédigé par Azzedine Gaci | Jeudi 30 Juin 2016



Les dix derniers jours du Ramadan : des moments de prière, de méditation, de dhikr et de dons
Nous entamons les derniers jours de la dernière décade du mois béni de Ramadan, le mois du recueillement, de la distance vis-à-vis de soi et du recul par rapport aux préoccupations de ce bas monde. Tout est passé vite, si vite que nous avons l’impression qu’une longue période s’est écoulée au regard des évènements tragiques et révoltants survenus en cette période de jeûne.

Si la dernière décade du Ramadan est aussi importante, c’est aussi parce qu’elle compte l’une des nuits les plus importantes, Laylat al-Qadr (1), la nuit du destin, considérée comme étant « meilleure que mille mois » (Coran, s. 97, v. 3).

Ces dix derniers jours donc revêtent une importance toute particulière chez le jeûneur. Et bien que la fatigue et l’effet d’expositions répétées ou prolongées à des températures élevées se font sentir en cette période caniculaire, il est impératif pour le jeûneur de concentrer ses efforts sur cette période d’affranchissement du feu. Pendant ces dix jours, le Prophète (PSL) encourageait les musulmans à redoubler d’efforts dans l’accomplissement de la prière de la nuit, à lire le Coran, à effectuer une retraite spirituelle (2) et à multiplier les œuvres pieuses et les dons : « La meilleure des aumônes est celle effectuée pendant le mois de Ramadan » (rapporté par Tirmidhî). Son épouse Aïcha, l’épouse du Prophète (PSL) rapporte : « Quand les dix derniers jours du mois de Ramadan arrivaient, le prophète (PSL) veillait ses nuits, réveillait sa famille, redoublait d’efforts et serrait son izâr (3) » (Bukhârî et Muslim).

Il s’agit de purifier son corps, réformer son cœur et son intelligence et s’élever spirituellement par des exercices exigeants comme la méditation, les invocations et surtout ou le dhikr, c’est-à-dire le souvenir de Dieu ou le rappel intime. Nous l’avons dit et répété, jeûner ne consiste pas seulement à se priver de manger et de boire car « certains ne gagneront de leur jeûne que le fait d’avoir eu faim ou soif » (rapporté par Ibn Hibbân). Au-delà de la privation du corps, jeûner c’est fondamentalement renouer le rapport avec Dieu et avec le prochain, redécouvrir la miséricorde de Dieu et la place centrale qu’elle occupe dans la vie du musulman, cultiver les sentiments élevés de l’amour et approfondir les notions du pardon.

Si, aujourd’hui, les rapports entre les musulmans sont si compliqués, si froids et si conflictuels, c’est à cause de la dégradation poussée des valeurs morales et spirituelles. Nous nous sommes beaucoup éloignés des valeurs qui font la force de notre religion : l’amour, la fidélité, le respect, la miséricorde, la fraternité, la vérité, la bienfaisance, la solidarité avec les faibles et les pauvres, la chaleur humaine, l’honnêteté, le conseil sincère, le fait de montrer un visage ouvert et souriant, de s’exprimer avec douceur et tendresse et de parler de son cœur et avec son cœur.

Comment faire pour retrouver la confiance dans un monde marqué par la frénésie de la consommation et gagné par la montée de la violence et le déferlement de la haine ?
Comment lutter contre les déchirements qui nous habitent et qui oppressent nos cœurs ? Comment retrouver un peu de calme et de sérénité, un peu de sens et de lumière, un peu d’amour et de sagesse ?

Les dix derniers jours du Ramadan viennent justement nous rappeler que porter une foi est une épreuve, aimer est une épreuve, l’amour en Dieu est une épreuve, vivre au sein de notre communauté qui n’en finit pas de se déchirer est une épreuve. Pour faire face à toutes ces épreuves, il faut savoir s’isoler pour méditer, patienter, écouter, échanger, réfléchir et s’engager. Il faut apprendre à se nourrir de la confiance en Dieu en multipliant les prières surérogatoires.

Il ne s’agit pas de se lever la nuit pour prier mécaniquement, sans conscience. Il s’agit de bien prier, c’est-à-dire prier avec son cœur et son intelligence, une prière de l’amour, de la proximité et de tendresse. Il faut chercher au fond de soi la force de vivre avec les gens de notre communauté avec leurs défauts, leurs mensonges et leurs conflits comme nous le recommande le Prophète (PSL) : « Le musulman qui fréquente les gens et qui supporte leur agressivité est meilleur que celui qui ne fréquente pas les gens et qui ne supporte pas leur agressivité » (rapporté par Ahmad).

Il faut savoir trouver Dieu dans le silence de la nuit, échanger avec Lui, Lui parler dans la solitude, dans le silence de la nuit, Lui confier ses blessures intérieures, ses doutes et ses faiblesses : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent à Mon propos, alors Je suis tout proche ; Je réponds à l’appel de celui qui M’appelle quand il m’appelle (…) » (Coran, s. 2, v. 186).

Redoubler d’efforts durant les dix derniers jours du Ramadan, consiste à s’engager dans une réforme profonde de soi et de sa vie. Cette transformation radicale ne peut se réaliser que par une rigoureuse introspection intellectuelle (murâqaba), une profonde autoévaluation (muhâssaba) et un examen de conscience.

Notes
1. Le Prophète (PSL) dit : « Cherchez la nuit du Destin parmi les nuits impaires de la dernière décade du mois de Ramadan. » C’est à dire la nuit dont le lendemain correspond au 21, 23, 25, 27 ou 29 de Ramadan.
2. Itikaf.
3. Pièce d’étoffe qui se porte à la taille ou pagne.

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Azzedine Gaci est recteur de la mosquée de Villeurbanne et universitaire.





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