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Points de vue

Le travail comme voie spirituelle

Par Ghaleb Bencheikh*

Rédigé par Ghaleb Bencheikh | Jeudi 21 Octobre 2010



Ghaleb Bencheikh est président de la Conférence mondiale des religions pour la paix.
Ghaleb Bencheikh est président de la Conférence mondiale des religions pour la paix.
Le travail semble être à la fois le signe de la misère de l'homme et le moyen de sa libération. Rappelons tout d’abord l’étymologie latine connue du vocable « travail » : tripalium. Un instrument de torture après qu’il a été utilisé à maintenir les chevaux fougueux afin de les ferrer. Aussi difficile soit-il, le travail est nécessaire pour la subsistance des hommes.

Travailler, c'est se réaliser hors de soi-même. Lutter et affronter les arias de la vie pour se nourrir et subvenir aux besoins de sa famille est une caractéristique constante de l’aventure humaine. Tant il est vrai que le travail exprime à lui seul une grande part des contingences de la condition de l’homme.

Quel que soit le domaine dans lequel l’homme s’investit en travaillant, il acquiert avec le long apprentissage opiniâtreté, ingéniosité et virtuosité. Il aura, en fin de parcours, la satisfaction de l’artisan bâtisseur et le contentement de l’artiste créateur. Le chemin du bonheur est une route merveilleuse lorsqu’elle est jalonnée d’activités pratiquées avec goût et récompensées par une production tangible.

L'esprit de créativité guidant le génie humain, les inventions se succèdent et les innovations sont mises au service de l’homme : le travail assure la longue marche vers le progrès et, paradoxalement, vers aussi l’affranchissement des tâches harassantes. Le travail demeure ainsi le meilleur creuset dans lequel coulent les volontés humaines.

Accompli dans un élan de solidarité, le travail rapproche les esprits et unit les cœurs. Il a des valeurs et engage des vertus, son importance spirituelle et métaphysique est inséparable de sa haute signification morale. On rapporte qu’un homme se présentant devant le Prophète de l’islam s’est montré hésitant avant de tendre sa main calleuse, endurcie par le travail de la terre notamment, pour serrer celle du Prophète. Muhammad la lui retient entre ses deux mains et le rassure en lui disant que Dieu bénit cette main, parce qu’elle permet de ne pas vivre comme une charge pour la société.

Dans la tradition islamique, le travail est sanctifié et l’oisiveté, mère de tous les vices, est réprouvée. Le travail donne à l’existence d’ici-bas des repères : un ordre et une régularité salutaires. Il imprime à la quotidienneté un équilibre bénéfique. Alors que le temps de l’oisif est discontinu, hétérogène, chaotique. Il s’écoule au rythme des passions et selon les mauvais penchants, voire les pires inclinations de la nature humaine.

En outre, tous les métiers sont nobles, le Prophète réprouve le mépris et le dédain que certains manifestent envers certains travaux et certaines activités. Ainsi enseigne-t-il à ses compagnons que la dignité de l’être humain réside dans le travail quel qu’il soit, et que le déshonneur et la perte de la face consistent à quémander l’assistance d’autrui.

Il n'est pas acceptable d'un croyant de se laisser aller à la paresse et de ne pas chercher à gagner son pain quotidien par son labeur. Que la raison invoquée pour justifier cette oisiveté soit le fait de se consacrer à l’adoration ou au nom de la confiance en Dieu, elle est irrecevable. Tout citoyen sérieux, valide, apte à travailler, a fortiori mû par des considérations spirituelles, contribue, par ses activités manuelles ou intellectuelles, à l’édification d’une société solidaire et de progrès.


* Docteur en sciences et de formation philosophique, Ghaleb Bencheikh préside la Conférence mondiale des religions pour la paix. Il est également présentateur de l’émission « Islam » sur France 2.

Première parution dans Salamnews n° 11, septembre 2009.