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Points de vue

Le père Manuel Musallam, curé à Gaza de 1995 à 2009, lance un appel pour la paix

Par Manuel Musallam*

Rédigé par Manuel Musallam | Lundi 19 Novembre 2012

Le père Musallam s’est rendu en France au printemps 2010 à l’occasion de la sortie de son livre d’entretiens avec Jean-Claude Petit, président de Chrétiens de la Méditerranée. Dans cet ouvrage, intitulé « Curé à Gaza, un juste en Palestine » et publié aux Editions de l’Aube, le père Musallam décrit la vie quotidienne des habitants de Gaza au moment de l’opération « Plomb durci » et la souffrance, particulièrement celle des enfants, dont il a été le témoin des jours et des nuits durant.

Le père Musallam vit depuis 2010 dans sa famille à Bir Zeit, près de Ramallah. Il a désormais la responsabilité de la Commission islamo-chrétienne en Palestine et du Département des chrétiens, dont la présidence lui a été confiée par l’Autorité palestinienne. Ce Département a pour mission de développer contacts et dialogue avec les chrétiens du monde entier et de toutes confessions, ainsi qu’avec tous les acteurs de paix, quelles que soient leurs origines.

Il lance ici un appel pour la paix, rappelant avec force que rien ne peut se comprendre ni se résoudre du conflit israélo-palestinien, si l’on ne prend pas en considération d’abord et avant tout ce qui en constitue la racine et le cœur : l’occupation des Territoires palestiniens au mépris du droit international et l’humiliation mortifère qui s’ensuit.



Chers Amis de France,
Paix et Joie dans le Christ Jésus !

Au sujet des événements de Gaza, je viens vous donner des nouvelles et vous lancer un appel.

Les Gazaouis ne dorment pas la nuit en raison des bombardements incessants, et des tirs. Dix-huit personnes civiles sont mortes, notamment des enfants et des personnes âgées. Les voici de nouveau confrontés à l’insoutenable.

Manuel Musallam, curé de Gaza jusqu'en 2009 : « Plus on donne du temps pour que la paix se construise, plus elle s’éloigne, au risque de ne jamais advenir !  Plus la guerre s’accroît, plus on s’éloigne de la paix avec son cortège de morts et de souffrances indicibles ! »
Manuel Musallam, curé de Gaza jusqu'en 2009 : « Plus on donne du temps pour que la paix se construise, plus elle s’éloigne, au risque de ne jamais advenir ! Plus la guerre s’accroît, plus on s’éloigne de la paix avec son cortège de morts et de souffrances indicibles ! »
Cette situation de violence s’origine, pour les Palestiniens, dans la longue histoire de la dépossession et de l’occupation de leur terre (ici, Gaza), dans la destruction de leurs villages et dans la dispersion de milliers de réfugiés chassés de chez eux par Israël. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus acculés à une extrême pauvreté, et toujours et encore à l’humiliation quotidienne.

À Gaza, les habitants souhaitent avant tout récupérer leur maison, leur terre, leur vie, alors que l’Autorité d’occupation maintient, et même accroît son statu quo. C’est pourquoi les Palestiniens défendent leur pays et réclament l’ensemble de leurs droits, y compris celui au retour.

Israël humilie les habitants de Gaza. Il fait en sorte que le monde ne comprenne pas ce dont il s’agit. Ainsi préfère-t-il montrer avec force aux médias du monde entier qu’il est agressé, alors que c’est lui qui est l’auteur de ces malheurs à travers l’occupation insupportable et illégale de notre pays.

Il y a une perversion dans la présentation faite par Israël de maintenir l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, sous couvert de défendre la liberté de son peuple. En réalité, il prive, par la force et l’illégalité, le peuple palestinien de sa liberté. Celui-ci ne peut que résister à tant d’injustice.

Israël défend l’occupation qu’il pratique depuis 60 ans au mépris du droit international ; il ne travaille pas pour la liberté de Gaza et de la Cisjordanie.

Le gouvernement israélien veut en réalité le statu quo, invoquant les menaces terroristes que les pères fondateurs du sionisme furent les premiers à utiliser à l’encontre des Anglais et des Palestiniens qui occupaient les lieux à l’époque.

Chers Amis de France, aidez-nous à faire entendre la vérité au monde, y compris dans votre propre pays !

Je veux profiter de cet appel pour attirer aussi votre attention sur le Saint Sépulcre, à Jérusalem, et sur l’ensemble des Lieux saints visités par les croyants et les touristes du monde entier. Je dénonce ici la volonté de l’État d’Israël de vouloir récupérer des arriérés colossaux d’eau et d’électricité auprès des Églises orthodoxes, catholiques, arméniennes, alors que la venue en grand nombre de pèlerins assure une manne financière considérable au pays. Il s’agirait plutôt d’inverser la « donne », en demandant à l’État d’Israël de reverser ce qui revient légitimement aux Églises.

En réalité, l’État d’Israël veut changer un statu quo établi depuis plusieurs décennies. Après que les Anglais eurent libéré Jérusalem, tout comme la Jordanie, du joug ottoman, il était convenu de ratifier un statut de Jérusalem permettant son accessibilité à la communauté internationale et spécialement aux chrétiens et aux musulmans. Nous en sommes de plus en plus loin.

De plus, de quel droit l’État d’Israël s’autorise-t-il à assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur du Saint Sépulcre ? Veut-il affaiblir l’Église tout entière ?

Aujourd’hui, les chrétiens autochtones de Jérusalem résistent à ces agissements. Il faut les soutenir. Je lance donc un appel aux chrétiens du monde entier. Mobilisez-vous pour que ces hauts Lieux saints de prière soient libérés de l’humiliation !

Je veux enfin vous faire part de la grave préoccupation qui s’empare des chrétiens et des musulmans, depuis que des Israéliens extrémistes, de confession juive, incendient ici une église, là une mosquée et s’en prennent à des couvents de religieux et religieuses. Les croyants de chaque confession, unis dans le respect mutuel et soutenus par des rabbins courageux, dénoncent la malveillance de tels actes.

Chers Amis de France, pour qu’enfin la paix advienne les habitants de Gaza et avec eux tout le peuple palestinien ont plus que jamais besoin de votre compréhension, de votre soutien et de votre solidarité. Nous comptons sur vous.

Dans l’espérance de l’Avent qui approche et prépare la venue de l’Enfant-Dieu, je vous adresse mes fraternelles pensées.

Birzeit, vendredi 16 novembre 2012.

* Abouna Manuel Musallam est membre de la Commission islamo-chrétienne en Palestine et président du Département des chrétiens.