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Le directeur du journal An-Nahar, Gebrane Tuéni, assassiné à Beyrouth

| Lundi 12 Décembre 2005 à 17:53

           

Le directeur du journal An-Nahar et député libanais Gebrane Tuéni a été tué lundi dans un attentat à la voiture piégée, qui a fait deux autres morts et une trentaine de blessés à Mkallès, banlieue chrétienne de Beyrouth. Gebrane Tuéni avait souvent critiqué l'influence de la Syrie au Liban et séjournait en France ces derniers mois de crainte d’être assassiné.



Une centaine de kilos de dynamite

La voiture de Gebrane Tuéni a explosé vers 09h00 heure locale, près d’une ruelle que le journaliste a l’habitude d’emprunter pour se rendre au siège d’An-Nahar. La voiture blindée, contenant une centaine de kilos de dynamite, a été projetée dans un vallon contigu, avant d’exploser sous le choc tuant Gebrane Tuéni, son chauffeur, son garde du corps et une quatrième personne, et faisant une trentaine de blessés alentour. C’est dans le quartier chrétien de Mkallès, à Beyrouth-Est que l'attentat s'est produit. Le groupe "Les combattants de l'unité et de la liberté au Levant" jusqu'à présent inconnu, a revendiqué cet assassinat dans un communiqué non authentifiable en menaçant quiconque s'oppose à l'"arabisme" au Liban.

Coïncidence avec la publication du rapport Mehlis

L'attentat coïncide avec la publication du rapport Mehlis. Dans un premier rapport, Mehlis a mis en cause des responsables de la sécurité syrienne et leurs homologue libanais dans l'assassinat de Hariri, qui avait suscité une vague hostile à Damas et précipité le départ du Liban des milliers de soldats syriens qui y étaient stationnés depuis près de 30 ans.
Gebrane Tuéni, élu député en mai au siège réservé à Beyrouth à la communauté grecque orthodoxe, a confié en août à la station française Radio Orient que son nom était "en tête d'une liste de personnalités politiques à assassiner" dont la commission Mehlis avait eu vent. La Syrie s'est défendue dément être impliqué dans cet attentat, qu'elle a condamné, tout comme le président libanais Emile Lahoud. "La Syrie dénonce ce crime qui a coûté la vie à des Libanais, quelles que soient leurs couleurs politiques", a déclaré pour sa part le ministre syrien de l'Information Mahdi Dakhl-Allah à la chaîne de télévision libanaise LBC. Dans un communiqué diffusé par leur agence de presse officielle, les autorités de Damas ont affirmé que le moment choisi pour assassiner Gebrane Tuéni indiquait que l'attentat était "programmé de telle sorte que la Syrie en soit accusée".

Rassemblement devant les bureaux d’ An-Nahar

Dans les locaux d'"An-Nahar" fondé par le grand-père de Gebrane Tuéni, des membres du personnel en larmes ont reçu des diplomates et d'autres personnalités venus présenter leurs condoléances. Dans le centre de Beyrouth, plusieurs centaines de personnes, des étudiants pour la plupart, se sont rassemblées devant les bureaux du quotidien, agitant des drapeaux libanais. Dans le quartier chrétien d'Achrafieh, la circonscription de Gebrane Tuéni, les cloches d'églises orthodoxes ont sonné alors que le corps du député était emmené dans un hôpital.

« Je redis la solidarité et l'amitié de la France pour le peuple libanais »

A Paris, le président Jacques Chirac a présenté Tuéni comme un représentant, qu'"on a voulu faire taire", du "combat du Liban pour la démocratie, l'indépendance et la liberté". "C'est un processus de libération qu'on veut entraver", a-t-il dit en ajoutant: "Le Liban n'est pas seul".
Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a "condamné très fermement l'attentat » qui s'est produit lundi matin.
"Face à tous ceux qui cherchent à déstabiliser le Liban, je redis la solidarité et l'amitié de la France pour le peuple libanais. La communauté internationale est unie et déterminée aux côtés du Liban, dans cette période cruciale pour son avenir", a ajouté M. Douste-Blazy qui s'exprimait à Bruxelles où il participait à une réunion avec ses homologues européens consacrée à la recherche d'une solution sur le budget des Vingt-Cinq.

Depuis un 14 février 2005…

Depuis l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafik Hariri au centre de Beyrouth le 14 février 2005, le Liban est le théâtre d'attentats à la bombe. Ces attaques ont particulièrement visé des fonctionnaires et personnalités publiques anti-syriens comme après Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, sans oublier les tentatives d’assassinats contre Marwan Hamadé, Élias Murr et May Chidiac. Gebrane Tuéni vient de rejoindre cette triste liste.




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