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Société

La fraternité, une valeur mise à l'épreuve en France, lumière sur cette société civile en action

Rédigé par | Jeudi 1 Février 2024 à 13:00

           

En amont de la Journée internationale de la fraternité humaine, le Labo de la Fraternité a dévoilé, mercredi 31 janvier, les résultats et les enseignements clés du 6e baromètre de la fraternité, son enquête annuelle dressant un état des lieux du lien social en France. Une occasion renouvelée pour les associations œuvrant dans le champ des solidarités de sensibiliser le plus grand nombre à l’urgence de la fraternité.



La fraternité, une valeur mise à l'épreuve en France, lumière sur cette société civile en action
« Pour que la fraternité soit l’affaire de toutes et tous ! », tel est le leitmotiv des associations réunies au sein du collectif du 4 février, que l’ONU a décrété depuis 2020 Journée internationale de la fraternité humaine. Cinq ans après la signature de la Déclaration historique du pape François et du grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb sur la fraternité humaine, de nombreux acteurs et actrices mobilisés dans le vivre et le faire ensemble se sont donnés rendez-vous mercredi 31 janvier à la Maison de la Conversation. C’est dans ce tiers-lieu d'innovation sociale qui régénère le lien social dans le 18e arrondissement de Paris que s’est tenue la présentation du 6e baromètre annuel de la fraternité.

Cette valeur, bien qu'elle fasse partir du triptyque républicain, « n'est pas aussi documenté que les notions de liberté et d'égalité », souligne d'emblée Sofiene Harabi, directeur du Labo de la Fraternité qui, en partenariat avec le collectif du 4 février, a commandé une étude IFOP visant à apporter un nouvel éclairage sur la place de la fraternité dans notre société.

En ce sens, une nouvelle question a été introduite cette année auprès des 1 502 personnes interrogées du 9 au 15 janvier 2024 : « Quel ordre d'importance donnez-vous à chacune des valeurs (de la devise) ? » Seuls 9 % des sondés ont choisi en première position la fraternité, contre 65 % pour la liberté et 25 % pour l'égalité. En outre, ils sont 18 % à considérer la fraternité comme la valeur « la plus centrale dans notre société de demain », contre 51 % pour la liberté et 31 % pour l’égalité.

Des tensions fortes sur la notion de diversité

Seuls 49 % jugent que la France est un pays de fraternité contre 65 % en 2021, « le plus bas niveau enregistré depuis la mise en place du baromètre », rapporte François Legrand, directeur d'études à l'IFOP, qui note aussi « des tensions de plus en plus fortes autour de la notion de diversité ». 76 % sont d'avis à penser que la diversité « crée des problèmes, des conflits », contre 67 % qui la pense « enrichissante pour les individus ».

Si la diversité demeure en tête de ce qui caractérise la France chez les Français, la perception de celle-ci continue de se dégrader depuis 2019. Un déclin que l’IFOP explique par « une montée de plus en plus perceptible de doctrines nationales, européennes et internationales polarisées, voire ultrapolarisées dans le sens d’un repli identitaire ». L’institut de sondage note dans le même temps « une progression spectaculaire de la méfiance envers les autres » (79 % en 2024 contre 62 % en 2019) ainsi qu'un renforcement du sentiment de solitude, plus particulièrement parmi les jeunes de moins de 25 ans alors qu’ils sont plus connectés que jamais aux réseaux dits sociaux.

En dépit de ces points alarmants, des perspectives rassurantes se dessinent. 78 % déclarent ainsi se sentir « personnellement disposés à agir en faveur de la fraternité », tandis que 74 % se disent prêts à échanger et à agir davantage avec des personnes différentes d’eux, « ce qui témoigne incontestablement d’une majorité prête à mobiliser les leviers pour agir pour plus de fraternité ». Pour Sofiene Harabi, documenter la fraternité permet de « déboucher sur des initiatives » et, par là, « lui faire gagner de l'intérêt auprès des Français ». Une mission prise à bras le corps par les associations membres du Labo de la Fraternité, à l’instar du mouvement Coexister qui célèbre ses 15 ans en 2024.

La fraternité comme solution pour « résister aux crises »

« Apprendre à se connaître (…) permet de créer un tissu social solide qui participe à résister aux crises » agitant la société, affirme Nourya Dahan, trésorière nationale de Coexister, qui a fondé un groupe de rencontres entre jeunes pour parler interconvictionnalité à Alfortville, dans le Val-de-Marne. « Ensemble, construire un monde juste et fraternel, bâtir une fraternité universelle, c'est partir des personnes les plus en galères et ne laisser personne sur le bord de la route », affirme par la suite Hervé Perrot, aumônier national du Secours catholique. Si les résultats du baromètre annuel peut inquiéter, il faut « lutter à temps et à contretemps contre ces enfermements » qui posent un défi à la fraternité.

Elina Dumont sait ce qu'elle doit à la fraternité. La vice-présidente d'Entourage, le réseau social qui vient en aide aux sans-abri et aux personnes précaires, a eu un parcours cabossé la menant à la rue à ses 18 ans, et ce durant 15 ans. Une histoire bouleversante dont elle a su tirer une grande force qu'elle met aujourd'hui au service des autres. « Pour être fraternel, et plus encore en 2024, il faut oser défier toutes les lois et tous les protocoles mis en place par le gouvernement » et qui empêchent la fraternité de se réaliser pleinement, lance-t-elle.

Notons qu'une majorité de sondés (57 %) considèrent que la société civile agit suffisamment en faveur de la fraternité, ce qui n'est pas le cas du gouvernement (31 %), de l'école (31 %) ou encore des médias (24 %), des chiffres qui « mettent en lumière la marge de progression qu’il nous reste encore à franchir pour faire de la fraternité une valeur partagée par tous les acteurs de la société ».

« Impulser une dynamique » au-delà du 4 février

La fraternité n'est « pas une affaire politique ou juridique », « c'est forcément un investissement, un engagement personnel », affirme, pour sa part, Laurent Grzybowski, président de la Coordination interreligieuse pour le Grand Paris (CINPA). « La fraternité ne se décrète pas, elle ne peut que se vivre, se partager (...) et c'est dans cette optique que nous travaillons » au sein du collectif du 4 février.

A l'occasion de la Journée internationale de la fraternité humaine, une dizaine d'initiatives, « fruits de partenariats anciens ou plus récents », ont été recensées en France, parmi lesquelles des marches interconvictionnelles à Saint-Ouen, à Bordeaux, à Tours et à Grenoble. A l'Institut catholique de Paris (ICP), une soirée de réflexion autour de la Déclaration d’Abu Dhabi est organisée, mardi 6 février, par l'Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR) et Ensemble avec Marie. « L'idée est d'impulser une dynamique. Le 4 février n'est pas une fin en soi », appuie Agnès Willaume, responsable d'Action catholique des enfants (ACE). Pour le Labo de la Fraternité, « Il est temps d’unir toutes les énergies pour remettre au centre la fraternité, cette valeur trop souvent mise de côté et qui fait pourtant le ciment de notre société ».

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



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