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Hijab et monde du travail, une fonctionnaire mise à pied, un an sans salaire

Rédigé par Colin Zohra | Vendredi 8 Août 2003 à 00:00

           

Elle est fonctionnaire. Elle a 33 ans… Après une Maîtrise de droit des affaires, elle a passé un DESS de droit de la propriété avant de réussir le Concours de la Fonction Publique. Depuis février 1999, Najet Ben Abdallah est contrôleur du travail. Elle exerce comme contrôleur du travail des transports à Lyon. Il ne fait de doute qu’elle connaît le droit du travail en France. Pour avoir porté un hijab sur le lieu de son travail, cette syndicaliste CGT vient d’être mise à pied pour un an et sans salaire, par le Conseil de discipline de la Fonction Publique.



Elle est fonctionnaire. Elle a 33 ans… Après une Maîtrise de droit des affaires, elle a passé un DESS de droit de la propriété avant de réussir le Concours de la Fonction Publique. Depuis février 1999, Najet Ben Abdallah est contrôleur du travail. Elle exerce comme contrôleur du travail des transports à Lyon. Il ne fait de doute qu’elle connaît le droit du travail en France. Pour avoir porté un hijab sur le lieu de son travail, cette syndicaliste CGT vient d’être mise à pied pour un an et sans salaire, par le Conseil de discipline de la Fonction Publique. Une sanction extrêmement grave dans la hiérarchie des sanctions de cette institution.

Après l’affaire Tahri Dalila vainqueur contre la société ' Télé Performance ', après l’affaire Nadia contre le magasin Auchan et bien d’autres affaires peu souvent médiatisées, cette nouvelle ' affaire du voile ' pose l’urgence d’un débat ouvert et sincère sur un sujet où les passions laissent de moins en moins de place à la raison. Victime de discrimination religieuse ? Condamnée pour délit de pratique de l’Islam ? SaphirNet.info a voulu en savoir plus sur cette Affaire Nadjet Ben Abdallah qui ne fait que commencer.

SaphirNet.info : Votre métier est de contrôler le travail, vous connaissez donc le droit du travail. Qu'est ce qui vous a poussée, un jour donné, à vous présenter à votre travail avec votre hijab en sachant d’avance la réaction de vos supérieurs ?

Nadjet Ben Abdallah : Nul ne peut connaître l’avenir. Je ne m’attendais certainement pas à susciter une réaction aussi vive chez mes supérieurs hiérarchiques. Je ne suis pas seule dans mon travail. J’ai par exemple une collègue, en poste depuis 3 ans, qui effectuait ses contrôles en entreprise avec une croix autour du cou. Une grosse croix en argent. Le Directeur Régional m’a affirmé qu’il n’avait jamais remarqué cette croix ! Mais le même Directeur Régional dit avoir été ' choqué ' par mon petit foulard. Or sa secrétaire particulière porte un pendentif au ras du cou : une croix en or. Mais, encore une fois, le Directeur Régional dit ne l’avoir jamais remarqué non plus !

Quelles sont les raisons qui vous ont motivées à porter le hijab ?

Mon éducation religieuse de base m’a été dispensée par mes parents (qu’Allah les récompense). Ils m’ont transmis leur connaissance de notre religion. Mais sur certains points comme le voile de la femme musulmane, la transmission du religieux s’est trouvée mêlée de traditions plus ou moins injustes envers les femmes.

Par la suite, j’ai commencé à rechercher en revenant à la source du droit, c'est-à-dire le Coran et la Sunna (ndr : la tradition, l’exemple) de notre bien-aimé Prophète (Paix et Bénédiction sur Lui), ce qu’Allah nous demandait réellement de faire en tant que femme. J’ai compris qu’Allah nous demandait notamment de couvrir certaines parties de notre corps. Et, dans ma démarche vers notre Créateur, je me suis retrouvée un jour à éprouver une forte répulsion à l’idée de sortir sans me couvrir les cheveux. Cela se passa un week-end. Puis le lundi, je me suis rendue au travail (ndr : avec mon hijab).

Comment s’est déroulée votre mise à pied ?

Cette suspension de mes fonctions d’une année sans salaire a été prononcée à l’issue d’un Conseil de discipline tenu en avril 2003. J’ai continué à travailler cependant jusqu’au début juillet au moment où l’administration a décidé de faire appliquer la sanction. Ainsi, depuis cette date, je ne travaille plus. Je ne perçois aucun revenu puisque ma situation n’ouvre pas de droits à l’ASSEDIC. Ainsi le Ministère du travail a attendu le jugement du tribunal sur ma première sanction pour faire appliquer la suspension d’une année sans traitement

Vous croyez à l’action syndicale puisque vous êtes à la CGT. Quel regard portent vos collègues syndicalistes sur ce combat que vous menez ?

En général et pour des raisons historiques, les syndicats sont craintifs à l’égard du religieux. Il est donc évident, pour mes collègues syndicalistes, qu’il ne leur incombe pas la tâche de défendre la liberté religieuse du fonctionnaire. Hormis Force Ouvrière, les syndicats ont toutefois dénoncé la discrimination religieuse menée par le Ministère du Travail qui invoque l’obligation de neutralité uniquement à mon encontre.

Votre histoire va déclencher l’ouverture d’un débat sur le port des insignes religieux. Pensez-vous que cela réglera le problème du foulard à l’école et dans la fonction publique ?

Je pense qu’il serait utile à notre société d’ouvrir un réel débat sur l’égalité des droits, dans notre pays, entre citoyens musulmans et non musulmans. Car, si la Constitution et la loi en général accordent des droits égaux pour tous, il en est autrement dans la vie de tous les jours. J’ai été traduite en commission de discipline deux fois dans l’année. Cela est un exploit pour le Ministère du travail. Or, autour de moi, un grand nombre de mes collègues à l’Inspection du travail du Rhône portent des signes religieux depuis longtemps sans être inquiétés. Je ne comprends pas que l’administration puisse me reprocher de ne pas être neutre parce que je porte un foulard qui me couvre les cheveux alors qu’un collègue de Lyon porte une kipa depuis 30 ans et qu’une autre collègue continue de travailler avec sa croix de plus de 6 centimètres autour du cou.
Concernant l’école, le débat doit également s’ouvrir sur notre droit en tant que musulmans et musulmanes à bénéficier de la loi. Depuis 1989, le Conseil d’Etat qui a pour rôle de préciser ou de compléter les règles administratives a affirmé que, sous certaines conditions, les manifestations extérieures de religion sont autorisées à l’école publique laïque. Par conséquent, on peut dire que la loi a tranché, depuis longtemps déjà. Mais les problèmes persistent car une partie du corps enseignant, soutenue la plupart du temps par le Ministère de l’éducation nationale, refuse l’application de la loi pour les musulmanes et vont même organiser des manifestations pour exclure des élèves du fait de leur appartenance religieuse. Ces manifestations d’hostilité contre une religion, initiées par des fonctionnaires tenus d’être neutres, se déroulent encore une fois en toute impunité.
Ainsi, il est véritablement nécessaire de prendre conscience que les lois qui existent en France aujourd’hui protègent les musulmans et contrairement à de fausses idées répandues, elles ne les empêchent pas de vivre librement leur foi au même titre que les autres citoyens. Il suffit tout simplement de nous laisser en bénéficier.

Etes-vous soutenue par des organismes ou autres structures de défense des droits ?

Pour le moment, je n’ai pas cherché à me mettre en contact avec des organismes particuliers hormis le Conseil Régional du Culte Musulman de Rhône-Alpes que j’ai rencontré récemment. Il a publiquement indiqué son étonnement sur cette suspension d’un an sans salaire qui figure parmi les plus graves dans l’échelle des sanctions administratives alors que je suis une fonctionnaire bien notée et sans reproche sur la qualité de mon travail. Il a également souligné la gravité du jugement du tribunal administratif de Lyon, rendu le 8 juillet 2003 qui affirme que mon appartenance à l’Islam est de nature à faire douter de ma loyauté vis-à-vis des institutions de la République et que mon voile est une atteinte à l’honneur.






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