Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Hamou Bouakkaz : « La jeunesse a soif de France ! »

Rédigé par Hamou Bouakkaz | Samedi 6 Février 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Hamou Bouakkaz, président de l’association Paul Guinot et conseiller d’arrondissement du 20e arrondissement de Paris, auteur de « Aveugle, arabe et homme politique, ça vous étonne ? » (Desclée de Brouwer, 2011).



Hamou Bouakkaz est président de l’association Paul Guinot et conseiller d’arrondissement du 20e arrondissement de Paris.
Hamou Bouakkaz est président de l’association Paul Guinot et conseiller d’arrondissement du 20e arrondissement de Paris.
La France, notre France, celle dont la jeunesse est l’avenir, a été durement frappée en 2015. Ceux qui ont perpétré ces actes ne méritent pas tant d’être déchus de la nationalité française que d’être déchus de notre commune humanité.

En agissant ainsi, ils ont érigé une frontière infranchissable entre nous, les invitations à la vie, et eux, les porteurs de mort. Attenter à un cheveu d’un homme pour ce qu’il est ne mérite aucune indulgence.

Aujourd’hui, après la sidération, la mise en œuvre d’une riposte est nécessaire, il nous faut mobiliser nos énergies pour retisser ce pays qui ne se pense plus comme ayant un avenir. Chacun doit apporter sa pierre.

En premier lieu, nos élites doivent impérativement comprendre que l’urgence sociétale est aussi grande que l’urgence climatique. Le temps des politiciens professionnels vivant entre eux et obsédés par leur carrière est compté. Qu’est-ce que la France ? Est-ce un héritage ? Est-ce une rente sur laquelle plus on tire plus on est reconnu ? Est-ce une série de traditions multiséculaires ? Sans doute ! Mais la France est d’abord un projet ! Un projet dont les chefs sont les jeunes !

Pour les jeunes, le rêve français serait-il devenu un cauchemar ?

Qui sont les jeunes ? Sont-ce les jeunes des beaux quartiers, des bonnes écoles ? Sevrés de tout et vieux pour la plupart avant que d’être ? Sans doute ! Mais les jeunes, ce sont aussi ces millions d’habitants de nos quartiers en marge, mechtas collées à nos villes de lumière et ne parvenant presque jamais à y accéder. Les jeunes, ce sont ces millions de potentiels affamés, endormis par la drogue, abrutis par des prêches d’imams importés d’ailleurs, vecteurs d’une religion gérée presque exclusivement sous le prisme sécuritaire.

Cette jeunesse a pourtant soif de France ! Soif des lumières ! Soif de liberté, d’égalité et de fraternité ! Le candidat François Hollande avait demandé à être jugé sur la situation de cette jeunesse à l’issue de son mandat. Il lui reste 15 mois pour nous contredire, mais force est de constater que sa situation est plus préoccupante que jamais.

Fracturée par communauté, empêchée d’entrer sur le marché du travail par un patronat frileux et encore trop discriminateur, peu encouragée à entreprendre par des règlements tatillons et des charges trop lourdes, stigmatisée et consciente que la société est orientée vers le confort de la génération du baby-boom… Pour elle, le rêve français devient un cauchemar.

Les mieux formés sont attirés par les États-Unis, les plus fragiles et désorientés voient dans l’islam radical un exutoire à leur soif d’agir.

Poser des actes forts

Il appartient au pouvoir politique de poser des actes plus forts que ces mesures visant à faire sortir les plus fragiles des statistiques du chômage.

Il faut prendre des mesures spectaculaires de lutte contre le contrôle au faciès, encourager l’émergence de figures identificatoires en donnant dans chaque ville un nom de rue à une figure marquante de la France d’origine anciennement coloniale.

Il faut renoncer à cette réforme constitutionnelle qui ne fera que fracturer encore davantage notre société.

Si l’islam radical perd des centaines de jeunes, l’islam en sauve des milliers. Que cela plaise ou non, l’islam donne à nombre de jeunes un socle de valeurs, un sens à la vie, un sentiment d’appartenance que la République ne parvient pour l’instant que marginalement à délivrer.

Il faut refaire de la laïcité une valeur d’inclusion et retisser une relation avec la religion musulmane prenant acte de sa place dans la société française.

Un contrat entre la République et les musulmans posant les droits et les devoirs de chacun doit être passé de toute urgence.

La fondation de l’islam de France doit assainir et franciser le financement de ce culte. Une mesure symbolique pourrait consister à substituer aux fêtes du 8 mai et du 11 novembre celles de Kippour et de l’Aïd el-Kébir.

D’ici à deux ans, plus aucun imam ne devrait venir d’un pays étranger. Cela suppose de faire porter l’effort sur la formation homogène des imams de France en s’appuyant sur les universités françaises.

Mieux médiatiser l’inclusion en marche

Des dizaines d’initiatives sont prises par la jeunesse d’origine anciennement coloniale. À bas bruit, elle prend sa place dans le modèle universel français. De son sein émergent non seulement des sportifs et des vedettes de la téléréalité mais de plus en plus de chefs d’entreprise à succès, des universitaires, des médecins…

Il est indispensable de mieux médiatiser cette inclusion en marche. Même si on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure, même si la France s’est toujours construite contre un adversaire fantasmé et que celui-ci est aujourd’hui le musulman, il faut dépasser ces facilités et mesurer l’impact dévastateur du traitement zoologique du jeune de banlieue, étudié, disséqué, analysé comme le fut le tigre blanc par le dompteur.

À l’heure des réseaux sociaux, le traitement médiatique de la « question musulmane » est porteuse d’explosions dont aucun état d’urgence ne peut garantir le contrôle.

Si les terroristes n’ont pas fait plus de mort en novembre dernier, il semble qu’on le doive, malgré leur qualité exceptionnelle, moins aux services de police qu’à l’intervention courageuse et citoyenne d’une personne de confession musulmane. Cette jeunesse marginalisée est donc un rempart pour la France mais aussi une tête de pont pour l’accompagner dans ses échanges avec une zone géographique qui est sa profondeur stratégique.

La France est un projet ! Il nous appartient humblement et tous ensemble de l’écrire. La survie de notre pays est à ce prix.