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Points de vue

Farida Belghoul, histoire d’une imposture

Rédigé par Lounès Aly | Vendredi 25 Avril 2014



Farida Belghoul, histoire d’une imposture
Pour commencer, il faut rappeler une chose fondamentale. L’islam, c’est avant tout une morale et du bon sens. Donc chaque musulman normalement constitué condamne fermement le fait qu’on puisse altérer l’identité sexuelle de nos enfants. La morale et le bon sens s’opposent à la théorie du genre et c’est pour cette raison que jamais nous pourrons la tolérer au sein de la communauté et de la société.

Je pense qu’il fallait rappeler cet élément fondamental avant d’entrer dans le vif du sujet.

Farida Belghoul, qui, sur les réseaux sociaux, s’est montrée très virulente à l’égard de Tariq Ramadan et de l’UOIF, a créé toute une polémique autour de sa participation à la Rencontre annuelle des musulmans de France, qui a eu lieu au Bourget du 18 au 21 avril 2014. Invitée à une table ronde, elle a multiplié les attaques et monopolisé la parole de manière très irrespectueuse à l’égard du public et des différents intervenants présents.

Farida Belghoul a une obsession, à savoir cette vision binaire sur les JRE (Journées de retrait de l’école). Soit on est pour l’action des JRE et on devient des « résistants », soit on est contre et on devient le défenseur de la théorie du genre. Il faudrait expliquer à Madame Belghoul que nos objectifs sont communs et que l’islam nous appelle de fait à condamner cette théorie. Mais que nos moyens peuvent être différents. La finalité restera la même : préserver l’identité sexuelle de nos enfants.

Quand Tariq Ramadan s’oppose aux JRE, il le fait car il estime que ce n’est pas la solution la plus adéquate. Tariq Ramadan propose de s’investir davantage dans les conseils d’écoles et les fédérations de parents d’élèves, car il a une vision à long terme. Son expérience et son travail sur le terrain prouvent l’honnêteté de son action.

Au-delà du débat sur la pertinence d’une action comme les JRE, il faut se pencher sur l’attitude de Farida Balghoul. En voulant trouver des ennemis musulmans, elle intensifie des divisions au sein de notre communauté, au lieu de rassembler et de fédérer autour de son projet. Cette attitude est condamnable, car elle souhaite s’imposer comme un leader dans le militantisme musulman, sans prendre en considération tout le travail effectué par les différents acteurs depuis des décennies.

Pour se donner une légitimité, elle dit que « personne ne s’est sacrifiée autant qu’elle car elle a perdu son poste à l’Education nationale ». Quelle drôle d’époque où les militants font de la surenchère sur leur engagement ! Aucun grand personnage de l’Histoire ne s’est plaint de son engagement, car l’essence même de l’engagement, c’est de faire des sacrifices. C’est un non-sens de s’engager et de se plaindre de celui-ci. On ne combat pas sans être prêt à prendre des coups.

Combien des nôtres ont payé au prix de leur vie leur engagement ?

Cette haine et cette injustice envers Tariq Ramadan, seul Alain Soral le fait de manière récurrente et aussi virulente sur Internet. Farida Belghoul, qui a effectué un rapprochement avec le site Égalité et Réconciliation, ne cache plus les liens étroits qu’elle entretient avec le polémiste Alain Soral.

Il est facile de jouer avec l’émotivité des musulmans, mais nous n’accepterons pas qu’une femme qui sort de nulle part vienne nous insulter et nous diviser. Sur la page Facebook des JRE, elle parle de « masques qui tombent ». Effectivement, Mme Belghoul et M. Soral, il faut arrêter de jouer avec l’émotivité des musulmans, et de se servir de leur frustration. Nous ne sommes pas dupes de vos intentions. Votre combat contre le lobby sioniste ne doit pas servir à manipuler les musulmans.

Quant à l’UOIF qui a été critiquée par Mme Belghoul, il faut connaître ses réalisations avant de juger. L’UOIF c’est une dizaine d’établissements privés musulmans, dont le meilleur lycée de France (Averroès). C’est plus de 20 ans de travail humanitaire avec le CBSP et le Secours Islamique. C’est plusieurs maisons d’édition et un nombre incalculable d’ouvrages et de vidéoconférences. C’est le plus grand rassemblement de musulmans en Europe. C’est plus de 200 associations et mosquées en France. C’est 31 années d’existence, mais près d’un siècle d’histoire et quatorze siècles d’héritage.

Le bilan ne trompe personne. Il y a ceux qui construisent des écoles et qui travaillent depuis des années dans le silence. Et il y a ceux qui font du bruit et sèment la division au sein des nôtres. Il y a ceux qui persévèrent dans leur engagement et il y a ceux qui préfèrent quitter le navire quand la mer devient trop agitée. Farida Belghoul a dit elle-même, lors du café-débat à la Rencontre au Bourget, qu’elle a quitté la France pour l’Égypte, en 2010, car elle ne se retrouvait plus dans les valeurs qu’incarnait la France. Par contre, elle se retrouvait certainement dans la dictature Moubarak. S’il n’y avait pas eu la révolution de 2011, serait-elle revenue militer en France ?

Quitter la France quand il y a un problème et appeler les parents à enlever leurs enfants de l’école prouvent que Farida Belghoul n’a qu’une solution : s’abstenir. Comme lorsque Soral appelle les musulmans à l’abstentionnisme aux élections.

Or s’abstenir n’a jamais été une action à long terme. Construire, c’est cela le réel défi. Certains servent les musulmans ; d’autres essayent de se servir des musulmans. Et, effectivement, les masques tombent !

Première parution de cet article dans Havre de Savoir