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Société

En Seine-Saint-Denis, la riposte s'organise contre les pannes d'ascenseurs et de chauffage

Rédigé par Imane Youssfi | Lundi 16 Janvier 2017

Lancé l’été 2016, le collectif « Plus sans ascenseurs » a pour but de faire pression pour accélérer la réparation des pannes dans les quartiers populaires de la banlieue nord de Paris. Ces bienfaiteurs, qui enchaînent les réussites sur le terrain, peinent toutefois à se faire entendre par les bailleurs et les pouvoirs publics. Désormais, l'hiver arrivé, c'est au tour des pannes de chauffage d'être dans le viseur du collectif.



En Seine-Saint-Denis, la riposte s'organise contre les pannes d'ascenseurs et de chauffage
« Ma mère a pété les plombs ! Elle restait cloîtrée à la maison, elle n'en pouvait plus de ne pas sortir. » Vanessa est encore furibarde. Pendant deux mois, sa mère handicapée moteur en fauteuil roulant est restée coincée dans son appartement HLM de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Contacté par la famille, le bailleur explique qu’il faudra patienter encore huit semaines car une pièce manquante empêche la réparation de l’ascenseur.

Lassée d’attendre des nouvelles du bailleur, c’est un ami de sa mère, Fouad Ben Ahmed qui prend les choses en main. Président de l’association le « Club des acteurs citoyens du 93 » (CAC93), ce militant au Parti socialiste est un acteur de terrain reconnu dans des quartiers populaires séquano-dionysiens. En 2013, il faisait les unes de la presse après que le jeune trentenaire ait désarmé un homme portant un fusil à l’UGC de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Son nom circule et atterri outre-Atlantique où il est récompensé du Prix Joann Bendetson de la diplomatie publique par la prestigieuse université américaine Tufts, près de Boston.

Face au problème récurrent des ascenseurs dans les banlieues défavorisées, Fouad Ben Ahmed réfléchit à une stratégie et décide d’inviter les médias à venir sur le terrain. C’est un véritable emballement médiatique qui s’en suit en plein été 2016. L’affaire provoque vite un tollé. « De huit semaines d'attente, on est passé à huit jours », raconte Vanessa. Cette opération coup de poing, largement relayée sur les réseaux sociaux mène à la naissance du collectif « Plus sans ascenseurs » dont Fouad Ben Ahmed est un des membres fondateurs. Trois mois plus tard, le groupe prend de l’ampleur et joue les Robin des bois dans les quartiers.

En Seine-Saint-Denis, la riposte s'organise contre les pannes d'ascenseurs et de chauffage

« C’est clairement de la discrimination »

Les problèmes d’ascenseur sont récurrents dans les quartiers populaires et privent les locataires d’élévateurs parfois pendant des mois, sans se soucier des désagréments liés à leur quotidien. « C’est clairement de la discrimination ! On se déplace plus facilement à Paris que dans les quartiers populaires », s’indigne Fouad.

Le bouche à oreille fonctionne et de nombreux locataires sollicitent le collectif, qui s’est déplacé à Aulnay-sous-Bois, à Sevran ou encore à Montreuil, toujours en Seine-Saint-Denis. « Lorsqu’il y a une panne, on organise une mobilisation soit en mairie, soit au pied du bailleur et on appelle les médias pour faire pression », explique-t-il. Les rassemblements produisent leur effet. Un lundi soir du mois de novembre 2016, le collectif préparait son intervention du lendemain. Un ascenseur était encore tombé en panne au quartier du chemin vert à Bobigny. Envois de textos, coups de fils et mobilisation sur Facebook, tout était prêt. Mais, la mobilisation n’aura jamais lieu. « L’ascenseur a été réparé dans la soirée, on annule », préviendra Fouad par sms à 23h. Un petit miracle qui se produit assez régulièrement ces derniers temps.

Quand l’union fait la force

La nouvelle ravit Evelyne. Cette retraitée de 63 ans et locataire d’un HLM à Bobigny a rejoint le collectif il y a un mois. Ancienne présidente d’une amicale des locataires au quartier Paul Eluard, elle a connu les problèmes d’ascenseur dans un bâtiment de 18 étages. « On essaye d'être toujours là à trois ou quatre quand on se déplace. Si on est seul ce n'est plus un collectif, l'union fait la force », explique-t-elle.

Dans un froid glacial, vêtue de sa doudoune noire et de sa grosse écharpe, elle déambule dans son quartier et fait grise mine en passant à côté de l’OPHLM, un bailleur qui la voit comme sa « bête noire ». Evelyne raconte des anecdotes qui l’ont marqué lors de ses interventions avec le collectif : « On a vu un bâtiment avec un ascenseur qui ne desservait ni le rez-de-chaussée ni le 15e étage, et un autre avec le bouton cassé, impossible d’appuyer dessus car trop dangereux. On a même des personnes qui ont fait des malaises dans les escaliers ! ».

« Notre ascenseur est retombé quatre fois en panne après la mobilisation de cet été. Mais ça a toujours été réparé dans la foulée, ils ont peur qu’on leur remette la pression », se félicite Vanessa. C’est un des points forts du collectif, une petite réussite qui a permis des réparations plus rapides dans les immeubles où ils sont déjà intervenus.

Des ascenseurs... aux chauffages

Seulement, Fouad Ben Ahmed ne compte pas s’en arrêter là. Il décide de faire remonter l’information au plus haut sommet de l'Etat. Il envoie une lettre à Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l’Habitat durable, en novembre 2016. Deux semaines après, une délégation du collectif et l’association Alliance citoyenne sont reçus par Jonathan Sorel, conseiller spécial de la ministre.

Ils demandent que puissent être réunis autour d’une table les acteurs concernés (bailleurs, maires, associations…) afin de définir un cahier des charges pour que les habitants ne soient pas lésés. Cependant, le collectif repart bredouille de cette rencontre : « Pour être honnête, j’avais l’impression qu’ils étaient aussi désarmés que nous sur cette question », indique Fouad. On leur dit seulement que cette problématique aurait pu faire partie de la Loi égalité et citoyenneté, une législation sur la jeunesse, la mixité sociale et contre les discriminations adoptée par le Sénat en octobre 2016.

Trois mois plus tard, c’est silence radio. Le collectif n’a aucune nouvelle du ministère du Logement mais s’occupe désormais d’un autre chantier : les pannes de chauffage. « Les gens ont vu que ça marchait pour les ascenseurs et nous ont contacté pour les chauffages », indique-t-il. Un problème d'autant plus important qu'avec l'hiver, le quotidien des habitants s'en trouve gravement impacté. Des actions régulières sont prévues par le collectif, qui n'entend pas se déresponsabiliser dans l'attente de solutions concrètes qui tardent à venir mais qui sont pourtant essentielles pour un mieux-vivre dans les quartiers défavorisés.

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