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Politique

El Yamine Soum : « La théorie selon laquelle les Français ne sont pas prêts à voter pour des candidats de la diversité est fausse »

Rédigé par | Vendredi 23 Juin 2017

Le nombre de députés dits de la diversité a ostensiblement augmenté à la suite des élections législatives de 2017. Ils sont passés d'une dizaine d'élus en 2012 à une trentaine en 2017, représentant aujourd’hui 6 % des parlementaires de l’Assemblée nationale. Analyse de ce phénomène nouveau avec El Yamine Soum, sociologue et professeur de relations internationales à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle. Il a publié en 2008, avec Vincent Geisser, l’ouvrage « Discriminer pour mieux régner » sur la gestion de la diversité dans le milieu politique français.



El Yamine Soum : « La théorie selon laquelle les Français ne sont pas prêts à voter pour des candidats de la diversité est fausse »

Saphirnews : A-t-on enfin le renouvellement tant attendu à l'Assemblée nationale ?

El Yamine Soum : La poussée est assez indéniable, que ce soit en termes de nombre de femmes, d'élus d’origine africaine ou de culture musulmane. Jean-Luc Mélenchon avait théorisé le « dégagisme » mais c’est finalement Emmanuel Macron qui l’a réalisé. Les parcours des élus d’En Marche sont assez pluriels. On retrouve des anciens responsables du Parti socialiste ou des Républicains qui ne sont pas des novices. Au milieu de cela, on a un casting parfois un peu surprenant avec des personnes qui n’ont pas eu de carrière politique derrière eux.

Faut-il relativiser ces avancées en considérant, comme le disait Edwy Plenel, que « même un âne avec l’étiquette La République En Marche » aurait été élu ?

El Yamine Soum : Ce que cela démontre, c’est que la théorie selon laquelle les Français n'étaient pas prêts à voter pour des candidats issus de l'immigration est fausse. On voit qu’il n’y a pas à attendre que la société évolue davantage. On ne parle pas de Mounir Mahjoubi (secrétaire d'Etat chargé du Numérique, élu député dans le 19e arrondissement de Paris, ndlr) comme un candidat de la diversité alors que, à l’époque de Nicolas Sarkozy, on parlait des « ministres de la diversité » ou du « préfet musulman » (Aïssa Dermouche en 2004, ndlr). A contrario, on voit que les votes communautaires ne fonctionnent pas non plus.

Le sociologue El Yamine Soum
Le sociologue El Yamine Soum

Mais il n’y a cependant jamais eu autant de candidats se revendiquant de l’islam si on ajoute à cela le parti Français et Musulmans ainsi que l’UDMF.

El Yamine Soum : Les listes identitaires ont toujours plus ou moins existé dans le paysage français. Il y a eu des mouvements régionalistes et cela s’inscrit dans cette tradition. Nous sommes dans une phase où il y a moins d’enjeux à parler de diversité. Cela reviendra peut-être. N’oublions pas la thèse de la diversité contre l’égalité : la diversité des couleurs peut être mise en avant pour ne pas aborder la question de l’égalité réelle dans la société.

Peut-être que la véritable diversité, c’est celle qu’apporte François Ruffin (de la France Insoumise, élu député à Amiens, ndlr) qui va se salarier au Smic et qui propose le mandat impératif. Ces débats (sur la diversité) étaient probablement une étape à franchir et les nominations des Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade (durant l'ère Sarkozy, ndlr) ont fait leur effet.

Le fait que beaucoup de personnes issues de l’immigration africaine aient soutenu Emmanuel Macron et rejoint son mouvement constitue-t-il une claque supplémentaire pour le PS ?

El Yamine Soum : Ce phénomène est vérifiable dans toutes les autres composantes de la société. Beaucoup de gens ont quitté le navire PS. L’usure du pouvoir et les promesses non tenues ont suscité un rejet important. Même le président François Hollande n’a pas vraiment apporté de soutien à Benoît Hamon lors de la présidentielle.

Avez-vous identifié un profil type de ces nouveaux élus à l’Assemblée nationale ?

El Yamine Soum : Parmi les élus de la diversité, on retrouve la même pluralité de parcours que chez les autres députés. On a des anciens militants des partis traditionnels ainsi que des membres de la société civile. La question qui va se poser pour ces nouveaux venus en politique, c’est celle de l’expérience et de la compétence. Quel rapport vont-ils avoir avec les institutions, comment va-t-on les gérer ? Ils ne sont plus de la société civile désormais, ils sont de la société politique. Une autre interrogation va naître, celle de la représentativité. Quid des catégories ouvrières et populaires qui se sont abstenues ou ont voté Front national ? Elles sont peu représentées.

Du côté des Républicains, on n’a toujours aucun député issu de l’immigration africaine. Est-ce peine perdue pour ce mouvement ?

El Yamine Soum : En premier lieu, il y a la question du vote. On a identifié le fait que les personnes héritières de l’immigration africaine votent plus à gauche. Il n’y a pas vraiment eu de stratégies mises en place pour capter ce vote, sauf dans les Hauts-de-Seine avec Charles Pasqua lorsqu’il voulait récupérer les mairies communistes. Puis il y a aussi un conservatisme historique qui va être amené à évoluer. Les lignes ont bougé et les appareils politiques vont être obligés de s’adapter.

Les nouveaux députés peuvent-ils amener une nouvelle façon de faire de la politique ?

El Yamine Soum : Il faut voir comment ils vont apprendre leur nouveau métier, les rapports qu’ils vont avoir avec les gens en retournant dans leur circonscription. Peut-être qu’on va avoir une génération d’élus qui vont faire un seul mandat puis partir. Ce sera peut-être ça, la véritable rupture. Certains seront possiblement incompétents, incapables de mener un certain nombre de dossiers, de répondre aux demandes de leurs territoires ou de s’investir complètement. Emmanuel Macron pourrait mettre fin au concept des carrières politiques à vie.





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