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Politique

El Yamine Soum : « Les élus doivent être soumis à un mandat impératif »

#IdéesPourLaFrance

Rédigé par | Vendredi 21 Avril 2017

El Yamine Soum est sociologue et professeur de relations internationales à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle. En cette fin de quinquennat, l’auteur de « Discriminer pour mieux régner » aborde la question du statut des élus de la République, mis en cause à diverses reprises ces dernières années, dernièrement avec les affaires Fillon, Le Pen ou encore Le Roux. Il en appelle à une réforme en profondeur des institutions et du statut des élus.




Saphirnews : La situation de faible représentation des minorités dans les élus a-t-elle progressée durant le quinquennat?

El Yamine Soum : Tout d’abord, il y a la question du blocage du système politique, ce qu’on peut appeler le « placisme », une règle selon laquelle chacun reste à sa place. Durant ces 50 dernières années, nous observons un recul de la représentation des classes populaires. C’est notamment dû au problème d’identification de ce que sont aujourd’hui les classes populaires. Pendant longtemps, nous avons pensé que l’ouvrier, c’était celui qui sortait de l’usine, en oubliant qu’il y a tout un tas de catégories aujourd’hui qui font partie de la classe populaire et qui sont exclus du jeu politique. L’aggravation de la crise a joué un rôle, mais aussi parce que l’encadrement du Parti communiste a reculé.

A l’intérieur de cela, il y a la problématique de la diversité, expression qui vient désigner les Noirs et les Arabes. Nous constatons depuis l’enquête menée il y a dix ans avec Vincent Geisser qu’il y a une progression quantitative et une installation progressive de la diversité dans le jeu politique. Cependant, nous continuons de parler de diversité pour des personnes d’origine maghrébine, mais pas pour des gens comme Manuel Valls (né en Espagne et naturalisé français à 20 ans, ndlr) . Nous avons vu, sur les deux derniers gouvernements, même à l’échelle municipale et des élus locaux, qu’il y a une progression statistique des personnes de la diversité.

Pourtant à l’assemblée nationale, si nous enlevons les représentants des Outre-mer, nous les comptons sur les doigts d’une main, non ?

El Yamine Soum : Il y a une poussée, mais elle n’est pas encore à l’échelle d’une représentation miroir si c’est de ça dont on parle. On a le même phénomène avec la parité. Nous avons une poussée effective, mais nous sommes loin du compte, surtout sur les postes de pouvoir comme les députés et maires. Aujourd’hui, nous avons des maires issus de la diversité à Aubervilliers (Meriem Derkaoui, ndlr) et Stains (Azzedine Taibi, ndlr). Même si c’est timide, cette évolution-là existe. Peut-être que demain, nous n’évoquerons plus la question en termes de diversité mais nous nous intéresserons plus au contenu, que la diversité sera banalisée.

El Yamine Soum : « Les élus doivent être soumis à un mandat impératif »

Que faire face aux abus de pouvoir que révèlent les affaires d’emplois présumés fictifs de François Fillon et de Bruno Le Roux ?

El Yamine Soum : D’un point de vue juridique, on peut embaucher sa femme, comme on pourrait le faire dans sa boulangerie. Sauf que la boulangerie, on l’aura acheté soi-même. Il y a là un débat entre morale et juridique. Peut-être qu’il n’y aura pas condamnation. Même avec de nouvelles règles, on peut faire des recrutements croisés : tu embauches ma femme, j’embauche la tienne…

On doit se demander aujourd’hui ce qu’on peut faire pour avoir « la République irréprochable » promise par François Hollande. Quid des indemnités en politique ? On doit revoir l’enveloppe des parlementaires et peut-être s’interroger s’il ne faudrait pas aller vers une professionnalisation de la vie politique. Leur faire signer un contrat auquel ils sont tenus, avec un certain nombre d’objectifs. C’est ce qu’on appellerait le mandat impératif. Comme dans une entreprise privée, ils devraient rendre des comptes s’ils ne remplissent pas leurs objectifs.

S’ils étaient mieux payés, aurait-on moins d’affaires ?

El Yamine Soum : Pas nécessairement. Je pense que ce qui déplaît le plus, ce n’est même pas tant la question du montant. Si un élu fourni du bon travail, il est légitime qu’il soit bien payé. Mais lorsqu'on est dans une entreprise et qu’on ne parvient pas à atteindre un certain nombre d’objectifs, on est sanctionné. Et c’est plutôt cela qui crée un décalage finalement entre la majorité de la société française et les élus. On a l’impression qu’ils peuvent s’amuser. C’est important d’avoir des collaborateurs et d'avoir une particule de travail qui est faite par des professionnels, mais le problème vient quand le boulot n’est pas fait.

Peut-on dire, paradoxalement, que ce quinquennat est positif avec toutes les révélations suivies de démissions et l’implication du Parquet national financier ?

El Yamine Soum : Il y une prise de conscience de la part de la société française autour de cette question, même si elle ne s’organise pas politiquement. Les affaires sortent aussi plus facilement car tout un tas de journalistes font bien leur boulot. Il y a eu des répercutions pour un certain nombre de politiciens. C’était moins le cas auparavant ; il y a eu quand même des affaires où les types se maintenaient au pouvoir et continuaient à se présenter. Cela existe encore aujourd’hui avec le cas François Fillon mais nous verrons comment va réagir le tribunal populaire que sont les élections.

Et du coup, pour le prochain quinquennat, que faire pour progresser dans le domaine de la transparence ?

El Yamine Soum : Au-delà de ce dont j’ai parlé concernant le mandat impératif et les indemnités, on pourrait peut-être expérimenter d’autres choses. On pourrait tirer au sort les élus comme à l’époque de la Grèce antique. Pourquoi la politique ne serait-elle réservée qu'à des personnes qui sont au pouvoir parce qu’elles évoluent dans certains secteurs de la société, que leur emploi du temps leur permet, parce que leur réseau leur permet ? Un certain nombre d’entre eux sont quand même des héritiers comme Marine Le Pen. Le tirage au sort, c’est une manière de nourrir la vie politique et de favoriser aussi d’autres regards issus de classes sociales qui sont aujourd’hui sous-représentées.

Et l’idée d’un mandat unique ?

El Yamine Soum : La question du mandat unique va avec la question de la rémunération aussi. De nombreux élus font la course au cumul pour maintenir un certain niveau de vie. Etre élu n’est pas seulement un privilège, c’est consacrer beaucoup de temps à travailler sur des dossiers, être à l’écoute des populations... Il faut espérer une révision législative pour interdire aux députés de travailler à côté puisque c’est aussi de là qu’un certain nombre de conflits d’intérêts proviennent.





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