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Economie

Covid-19 : la crise sanitaire profite aux plus riches, le « virus des inégalités » dénoncé

Rédigé par Myriam Attaf et Lina Farelli | Lundi 25 Janvier 2021 à 18:15

           

A l'heure d'une crise sanitaire dont l'humanité ne voit pas encore la fin en ce début d'année 2021, l'ONG Oxfam alerte sur « le virus des inégalités » qui se creusent dangereusement en France et à travers le monde et appelle à « réunifier un monde déchiré par le coronavirus grâce à une économie équitable, durable et juste ».



©Marko Milivojevic
©Marko Milivojevic
A l’occasion de l'ouverture de l'Agenda de Davos, une semaine de dialogues virtuels organisés par le Forum économique mondial qui s’achèvera vendredi 29 janvier, Oxfam a publié, lundi 25 janvier, son rapport sur les inégalités mondiales dans un contexte profondément marqué par la crise du Covid-19. Et l’une des informations les plus marquantes de ce rapport est l'accroissement exponentiel des plus grosses fortunes du monde qui, selon l’ONG, sont ressortis indemnes, voire renforcés de la crise sanitaire. Un contexte où, « pour la première fois, les inégalités ont augmenté simultanément dans la quasi-totalité des pays du monde, une situation sans précédent depuis plus d’un siècle ».

Des riches toujours plus riches

« Ce rapport révèle comment les milliardaires ont récupéré en un temps record de la crise alors que des centaines de millions de personnes basculent dans la pauvreté. Ainsi, les 1 000 personnes les plus riches du monde ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant la pandémie en seulement neuf mois alors qu’il pourrait falloir plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie », explique l'organisation internationale.

« Pour les plus riches, la récession est terminée. » Les 10 milliardaires les plus riches au monde ont ainsi vu leur fortune augmenter de 540 milliards de dollars entre mars et décembre 2020, « une somme qui serait amplement suffisante pour financer le vaccin contre la Covid-19 pour toutes et tous et éviter que quiconque sombre dans la pauvreté à cause de la pandémie », indique Oxfam. Les sommes engrangés auraient donc pu enrayer les effets dévastateurs de la crise, ne manque-t-elle pas de souligner.

Autre exemple, l'ONG affirme que le PDG d’Amazon, Jeff Bezos, qui a vu sa fortune augmenter de 78,2 milliards de dollars durant cette période, aurait pu verser en septembre 2020 à ses 876 000 employés une prime de 105 000 dollars en demeurant toujours aussi riche qu’il ne l’était au début de la pandémie. Du côté d'Elon Musk, PDG de Tesla, son patrimoine net augmenter de 128,9 milliards de dollars.

En France, la fortune des milliardaires reconstituée

Le « virus des inégalités » n’a pas épargné la France, qui compte 43 milliardaires, soit « quatre fois plus qu’après la crise financière de 2008 ». Pendant la crise sanitaire, la fortune des milliardaires s’est reconstituée à hauteur de 175 milliards d'euros, la troisième plus forte progression après les Etats-Unis et la Chine, « l’équivalent de deux fois le budget de l’hôpital public français ». Ainsi, malgré la crise, la fortune de Bernard Arnault, le PDG de LVMH, a gagné près de 44 milliards d’euros entre mars et décembre 2020, un bond de 41 %.

« Dans le même temps, un million de personnes seraient tombées dans la pauvreté en France en 2020 selon les associations caritatives. Les femmes – et notamment les mères isolées -, les jeunes et les travailleurs précaires, qui sont les plus touché-e-s par cette crise, sont pourtant les grand-e-s oublié-e-s du plan de relance français », indique l’organisation, qui appelle l'Etat, entre autres mesures, à « rétablir une fiscalité plus juste sur les plus aisés via la réintroduction d’un impôt sur les grandes fortunes pérenne ».

Lire aussi : Taxer les milliardaires à 1,5 % pour réduire les inégalités extrêmes (vidéo)

Sur le plan mondial, la crise sanitaire a fragilisé des populations déjà dans une très grande précarité. D’après les données du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), « le nombre de personnes en situation de crise alimentaire a atteint 270 millions fin 2020 en raison de la pandémie, soit une hausse de 82 % comparé à 2019. Oxfam a estimé que 6 000 à 12 000 personnes pourraient ainsi mourir de faim chaque jour du fait de la crise avant fin 2020. »

Dans le même temps, « alors qu’une personne sur 10 se couche le ventre vide, les huit plus grandes entreprises du secteur alimentaire et des boissons dans le monde ont versé plus de 18 milliards de dollars à leurs actionnaires entre janvier et juillet 2020. Cette somme est cinq fois plus importante que les montants débloqués en novembre 2020 pour répondre à l’appel des Nations Unies pour lutter contre la Covid-19 ».

La pandémie, révélateur d'« un racisme systémique »

Sans surprise, le rapport souligne aussi que la pandémie n’a fait qu’alourdir le poids des discriminations subies par les minorités et les groupes racisés, révélant ainsi « un racisme systémique ». Oxfam indique qu’aux Etats-Unis, entre le début de la crise et décembre 2020, les communautés noires et latino-américaines auraient déploré 22 000 morts de moins si les taux de mortalité entre ces deux groupes de populations et la population blanche avait été le même. Constat similaire au Brésil où les personnes afrodescendantes sont 40 % plus susceptibles de mourir de la Covid-19 que les personnes blanches : « Avec un taux de mortalité identique à celui des communautés blanches, la population afrodescendante aurait déploré 9 200 morts de moins entre le début de la crise et juin 2020. »

La crise représente aussi une lourde tribut à payer pour les femmes. Oxfam indique que 740 millions de femmes à travers le monde travaillant dans l’économie informelle ont vu leurs revenus chuter de 60 % pendant la crise, ce qui représente une perte de 396 milliards de dollars. Les femmes qui sont, par ailleurs, surreprésentés dans les secteurs d’activité les plus touchés par la crise, sont également poussées « de manière disproportionnée vers le chômage, notamment du fait des répercussions des confinements et de la distanciation sociale dans les secteurs du service, employant une grande majorité de femmes, comme le tourisme ».

Si le rapport n’avance pas de chiffres précis pour les populations immigrés en Europe, il affirme tout de même que la crise sanitaire n’a pas amélioré la situation des minorités sur le Vieux continent. « La colère et la défiance à l’encontre des migrant-e-s, des réfugié-e-s, des personnes vivant dans la pauvreté et de groupes ethniques et religieux spécifiques se sont intensifiées au cours de la pandémie. Des agressions verbales, des actes de vandalisme dans les habitations et les entreprises, des agressions physiques et des cas de bannissement dans les écoles et les espaces publics ont été signalés dans toute l’Europe », indique Oxfam.

Lire aussi : Sinophobie et racisme anti-asiatique au prisme de la pandémie du Covid-19

« La transparence, la confiance et le partenariat avec les communautés sont incontournables pour contrôler la Covid-19. Il ne s’agit pas seulement de préjugés et d’actes individuels ou isolés de discrimination, mais de l’expression d’un racisme systémique très largement institutionnalisé qui s’inscrit en faux avec les principes des droits humains, l’équité et la solidarité qui doivent être au cœur des réponses nationales et mondiales à la pandémie de coronavirus. »

Sortir de la pauvreté 860 millions de personnes

« En cas d’aggravation des inégalités après la crise, les effets sur les niveaux de pauvreté seront profonds et durables. (…) Ainsi, avec une augmentation des inégalités de deux points de pourcentage par an, soit le pire scénario avec une récession de 8 % dans le monde, 501 millions de personnes supplémentaires vivraient encore avec moins de 5,50 dollars par jour en 2030, comparé à un scénario où les inégalités n’augmenteraient pas » analyse, l'ONG, avant d’encourager les gouvernements à agir.

Si des mesures « concertées pour réduire les inégalités de 2 points de pourcentage par an » étaient prises, « quelques 860 millions de personnes en moins vivraient dans la pauvreté par rapport à un scénario où les inégalités augmenteraient. » « La lutte contre les inégalités doit être au cœur du plan de sauvetage et des mesures déployées pour la reprise. Elle doit inclure l’égalité de genre et l’égalité raciale », plaide-t-elle aussi.

S'agissant de la France, où « moins de 1% du plan de relance est dédié à la lutte contre la pauvreté, tandis que des milliards d’euros ont été versés aux entreprises sans aucune contrepartie contraignante », Oxfam en appelle le gouvernement à « investir massivement dans les services publics – santé, éducation, protection sociale – pour assurer les besoins de base », « revaloriser les minimas sociaux et les bas salaires », « faire en sorte que les plus riches et les grandes entreprises payent leur juste part d’impôts » et « mettre en place des contreparties sociales et écologiques contraignantes pour les grandes entreprises ».

Oxfam rappelle l’absolue nécessité de construire dès aujourd’hui un monde plus égalitaire. « Nous sommes à un tournant de l’histoire de l’humanité. Il n’est pas concevable de revenir au monde brutal, inégal et non durable d’avant la crise du coronavirus », précise l’organisation, qui plaide pour un monde « qui n’est pas dirigé par quelques milliardaires, mais par des voix diverses et multiples, de manière collective, dans le respect des principes de la démocratie et des droits humains ».

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