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Politique

Claude Dargent : « Le fait de pratiquer une religion pousse à participer aux élections »

Rédigé par Lionel Lemonier | Vendredi 15 Avril 2022 à 17:15

           

Le premier tour de l'élection présidentielle 2022 a été caractérisé par un engagement fort des classes populaires – dont un grand nombre de musulmans – en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Retour sur le phénomène avec Claude Dargent, agrégé de sciences sociales et docteur en science politique. Professeur de sociologie à l’université Paris 8 de Saint-Denis, il est également chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Ses recherches portent sur trois domaines : les religions, les facteurs sociaux et culturels des comportements politiques, et les opinions, attitudes et valeurs.



Claude Dargent : « Le fait de pratiquer une religion pousse à participer aux élections »

Saphirnews : Les appels pour convaincre les musulmans de voter Jean-Luc Mélenchon se sont multipliés sur les réseaux sociaux dans les derniers jours précédant le premier tour de l’élection présidentielle. Le « vote musulman » existe-t-il ?

Claude Dargent : Attention à cette expression qui peut donner l’idée que les fidèles musulmans obéiraient à des indications données par les autorités religieuses. Rien n’est plus faux. Ce vote massif à gauche est caractéristique d’une population très modeste attirée par les mesures sociales des candidats de gauche. Les musulmans sont très présents dans les quartiers populaires.

L’apparition d’électeurs se réclamant de la religion musulmane est d’ailleurs assez récente. Elle date du début des années 2000. Les immigrés présents en France dans les années 1960, 1970 et 1980 ne se revendiquaient pas de l’islam. Les électeurs qui se réclament aujourd'hui de l’islam dans les enquêtes sociologiques sont des enfants ou petits-enfants d’immigrés. Leurs parents cherchaient à se fondre dans la société française, ce qui ne les a pas empêchés de vivre des formes multiples de discrimination.

Renvoyés à leurs origines, leurs descendants affirment leur différence jusque dans la religion. Mais s’ils votent à gauche, c’est plutôt en réponse aux discriminations dont ils sont victimes et en fonction de leurs caractéristiques sociales individuelles.

69 % des musulmans ont voté Jean-Luc Mélenchon le 10 avril 2022. Est-ce une surprise ? Qu’est-ce que cela dit de la communauté musulmane ?

Claude Dargent : Ce n’est pas une surprise. Ce choix est dans la continuité des résultats d’enquête depuis vingt ans. Les électeurs qui se réclament de la religion musulmane sont majoritairement orientés à gauche. Deuxième caractéristique, ils participent massivement aux élections. Alors que les personnes issues de l’immigration et qui se décrivent comme sans religion sont plus marquées par l’abstention et s’ils votent, leur choix est plus diversifié.

Catholiques ou musulmans, le fait d’appartenir et de pratiquer une religion semble engendrer une forme d’intégration sociale qui pousse à participer aux scrutins électoraux.

Claude Dargent : « Le fait de pratiquer une religion pousse à participer aux élections »

Peut-on anticiper le vote des électeurs vivant dans les quartiers populaires – notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon – au second tour ?

Claude Dargent : On peut déjà constater que « le vote utile » a été très bien entendu chez les électeurs issus des classes populaires. La France Insoumise a siphonné l’électorat des autres forces de gauche. Mon hypothèse est que ses électeurs vont éviter de voir arriver Marine Le Pen à l’Élysée. Bien entendu, le report sur Emmanuel Macron sera plus facile pour les électeurs musulmans qui connaissent les positions de l’extrême droite à leur égard.

Mais un grand nombre de gens se décident au dernier moment. C’est d’ailleurs une caractéristique du vote des Français : la cristallisation des votes est de plus en plus tardive. On peut juste prédire que la tentation abstentionniste sera plus ou moins forte selon les positions prises par l’actuel Président de la République pendant cette campagne du deuxième tour.

Les autorités religieuses ont adopté un positionnement différent concernant le second tour de la présidentielle. Alors que des fédérations musulmanes appellent à voter Emmanuel Macron au deuxième tour, les évêques de France sont beaucoup plus réservés. Qu’en pensez-vous ?

Claude Dargent : Ce choix n’est pas surprenant. En 2017 déjà, alors que les autorités musulmanes avaient clairement appelé à voter Emmanuel Macron au deuxième tour, les évêques catholiques n’avaient pas donné de consignes explicites. On peut y voir une forme de prudence car il y a aussi des catholiques pratiquants qui votent à l’extrême droite (40 % des catholiques, pratiquants ou non, ont voté Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Eric Dupont-Aignan le 10 avril 2022, selon un sondage IFOP pour La Croix, ndlr).

Lire aussi : Quelle consigne de vote des représentants religieux pour le second tour ? Tour d'horizon des prises de position

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