En plein cœur de l'été, l'enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord-africaine, a traversé l'épisode migratoire le plus violent de son histoire récente. En quelques heures à peine, le 30 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière terrestre ou rejoint les plages à la nage depuis le Maroc voisin, plongeant ce territoire de 19 kilomètres carrés dans une crise sans précédent et ravivant, à Bruxelles, un débat migratoire déjà miné par les divisions.
Un afflux sans précédent
Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, environ 72 000 personnes seraient entrées irrégulièrement à Ceuta en l'espace de quelques jours, un chiffre revu à la hausse mardi 4 août puisque les autorités évoquait celui de 50 000. Mais quelle que soit l'estimation retenue, l'épisode dépasse très largement celui de mai 2021, lorsque environ 10 000 à 12 000 migrants avaient franchi la frontière en quelques jours seulement.
La grande majorité des arrivants sont de jeunes Marocains qui ont traversé à la nage en longeant les digues des plages d'El Tarajal et de Benzú, ou en empruntant le rivage à pied. Des tentatives similaires ont également été enregistrées à Melilla, l'autre enclave espagnole du Maroc.
Le bilan humain est lourd : les autorités espagnoles font aujourd'hui état d'au moins 75 morts, pour la plupart des personnes noyées en tentant de contourner la digue frontalière à la nage.
La grande majorité des arrivants sont de jeunes Marocains qui ont traversé à la nage en longeant les digues des plages d'El Tarajal et de Benzú, ou en empruntant le rivage à pied. Des tentatives similaires ont également été enregistrées à Melilla, l'autre enclave espagnole du Maroc.
Le bilan humain est lourd : les autorités espagnoles font aujourd'hui état d'au moins 75 morts, pour la plupart des personnes noyées en tentant de contourner la digue frontalière à la nage.
Comment expliquer un tel afflux ?
Un élément avancé comme susceptible d'être un des déclencheurs de cette vague migratoire est une décision de la Cour suprême espagnole rendue le 8 juillet, qui précise que le renvoi immédiat sans procédure administrative préalable ne s'applique pas aux personnes arrivées par voie maritime. Cette décision, de portée technique, a été largement relayée - et déformée - sur les réseaux sociaux où ont circulé des rumeurs d'une prétendue ouverture de la frontière ouvrant un droit au sejour. Pour de nombreux jeunes Marocains, ces vidéos sont apparues comme une occasion à saisir sans délai.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a lui-même attribué la crise à une lecture malhonnête de cette décision de justice, évoquant l'influence de réseaux mafieux organisés autour du passage de migrants. Au Maroc, l'Association marocaine des droits humains a, pour sa part, réclamé l'ouverture d'une enquête indépendante pour faire la lumière sur les causes réelles de cet afflux.
Les événements survenus à Ceuta ont ravivé, rappelle Euronews l’une des questions les plus sensibles des relations maroco-espagnoles : la souveraineté sur les villes de Ceuta et Melilla, que Rabat considère historiquement comme faisant partie de son territoire depuis son indépendance vis-à-vis de la France et de l’Espagne en 1956.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a lui-même attribué la crise à une lecture malhonnête de cette décision de justice, évoquant l'influence de réseaux mafieux organisés autour du passage de migrants. Au Maroc, l'Association marocaine des droits humains a, pour sa part, réclamé l'ouverture d'une enquête indépendante pour faire la lumière sur les causes réelles de cet afflux.
Les événements survenus à Ceuta ont ravivé, rappelle Euronews l’une des questions les plus sensibles des relations maroco-espagnoles : la souveraineté sur les villes de Ceuta et Melilla, que Rabat considère historiquement comme faisant partie de son territoire depuis son indépendance vis-à-vis de la France et de l’Espagne en 1956.
Une réaction tardive du Maroc
Le gouvernement marocain, qui n'a fait état que de 11 morts dans ces événements, a longtemps observé un silence remarqué : ce n'est que cinq jours après le déclenchement de la crise, dimanche 2 août, que le ministère de l'Intérieur a pris la parole, dans une vidéo de près de six minutes. Son porte-parole a aussi attribué l'afflux à la diffusion de fausses informations laissant croire qu'il était facile de rejoindre l'espace Schengen, combinée à l'action de réseaux de passeurs, écartant ainsi l'hypothèse d'un mouvement spontané.
Cette réaction tardive, alors que le roi Mohammed VI célébrait au même moment les 27 ans de son règne, a suscité des interrogations jusque dans la presse marocaine. Le communiqué officiel a par ailleurs été perçu par plusieurs observateurs comme un exercice de communication prudent, insistant sur le rôle du Maroc comme partenaire fiable dans la lutte contre la migration irrégulière, tout en laissant de côté les causes sociales et économiques pointant le chômage des jeunes et la précarité comme moteurs du désespoir migratoire.
Cette réaction tardive, alors que le roi Mohammed VI célébrait au même moment les 27 ans de son règne, a suscité des interrogations jusque dans la presse marocaine. Le communiqué officiel a par ailleurs été perçu par plusieurs observateurs comme un exercice de communication prudent, insistant sur le rôle du Maroc comme partenaire fiable dans la lutte contre la migration irrégulière, tout en laissant de côté les causes sociales et économiques pointant le chômage des jeunes et la précarité comme moteurs du désespoir migratoire.
Une crise politique qui perdure
Sur le terrain, la situation s'est en partie normalisée dès le 1er août : Madrid assure que la quasi-totalité des migrants entrés à Ceuta sont retournés au Maroc, sous la surveillance de l'armée espagnole et de la Guardia Civil. Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a évoqué une situation qui n'a, en 48 heures, plus rien à voir avec le pic de la crise.
Mais l'onde de choc politique, elle, ne s'est pas dissipée aussi vite. Vingt-deux chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, parmi lesquels l'Italienne Giorgia Meloni et l'Allemand Friedrich Merz, ont réclamé dans une lettre commune la tenue d'une visioconférence d'urgence des ministres de l'Intérieur, dénonçant le risque que « des franchissements massifs et incontrôlés (...) donnent le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Et qu'une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal ».
Pedro Sánchez a répliqué en critiquant l'attitude qu'il a qualifiée d'égoïste de certains partenaires européens, tout en se retrouvant relativement isolé sur la scène européenne. L'Italie a décidé de renforcer les contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne, une position également suivie par le Portugal et la France, où l'extrême droite profite, comme partout en Europe, des évènements à Ceuta pour fustiger l'immigration.
De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé les 27 à construire « une réponse européenne commune », insistant sur la nécessité de renforcer les frontières extérieures aux points les plus sensibles.
Mais l'onde de choc politique, elle, ne s'est pas dissipée aussi vite. Vingt-deux chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, parmi lesquels l'Italienne Giorgia Meloni et l'Allemand Friedrich Merz, ont réclamé dans une lettre commune la tenue d'une visioconférence d'urgence des ministres de l'Intérieur, dénonçant le risque que « des franchissements massifs et incontrôlés (...) donnent le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Et qu'une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal ».
Pedro Sánchez a répliqué en critiquant l'attitude qu'il a qualifiée d'égoïste de certains partenaires européens, tout en se retrouvant relativement isolé sur la scène européenne. L'Italie a décidé de renforcer les contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne, une position également suivie par le Portugal et la France, où l'extrême droite profite, comme partout en Europe, des évènements à Ceuta pour fustiger l'immigration.
De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé les 27 à construire « une réponse européenne commune », insistant sur la nécessité de renforcer les frontières extérieures aux points les plus sensibles.
« Un test pour la résilience européenne »
C'est dans ce climat tendu que les ministres de l'Intérieur de l'UE se sont réunis mardi 4 août en visioconférence, sous la présidence tournante irlandaise, pour tenter d'apporter une réponse coordonnée à la crise et d'en tirer les leçons pour l'avenir de la politique migratoire européenne.
Le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, a jugé que ces derniers jours avaient testé « la résilience » de l'Europe et la sécurité des frontières extérieures, avant d'assurer, à l'issue des échanges, que la crise était désormais derrière.
Cherchant à afficher un front uni, les Européens ont voulu couper court aux critiques qui ont visé l'espace Schengen. Le ministre français, Laurent Nuñez, a assuré que tous les États membres, sans exception, avaient exprimé leur solidarité avec l'Espagne, les États membres s'accordant à considérer Schengen non comme le problème, mais comme la solution, selon lui. Son homologue espagnol a affirmé que l'espace de libre circulation n'avait, à aucun moment, été réellement menacé.
Plusieurs mesures concrètes ont été évoquées : renforcement de la lutte contre les réseaux de passeurs et les campagnes de désinformation en ligne, déploiement de Frontex (une trentaine d'agents déjà présents à Ceuta) et d'Europol en soutien à l'Espagne, et accélération de la mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l'asile. Bruxelles a également confirmé qu'un accord de partenariat stratégique global avec le Maroc, comportant un volet migratoire, restait en cours de négociation ; un dossier dont l'issue pourrait peser sur la capacité de l'UE à prévenir de nouveaux épisodes de ce type.
Le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, a jugé que ces derniers jours avaient testé « la résilience » de l'Europe et la sécurité des frontières extérieures, avant d'assurer, à l'issue des échanges, que la crise était désormais derrière.
Cherchant à afficher un front uni, les Européens ont voulu couper court aux critiques qui ont visé l'espace Schengen. Le ministre français, Laurent Nuñez, a assuré que tous les États membres, sans exception, avaient exprimé leur solidarité avec l'Espagne, les États membres s'accordant à considérer Schengen non comme le problème, mais comme la solution, selon lui. Son homologue espagnol a affirmé que l'espace de libre circulation n'avait, à aucun moment, été réellement menacé.
Plusieurs mesures concrètes ont été évoquées : renforcement de la lutte contre les réseaux de passeurs et les campagnes de désinformation en ligne, déploiement de Frontex (une trentaine d'agents déjà présents à Ceuta) et d'Europol en soutien à l'Espagne, et accélération de la mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l'asile. Bruxelles a également confirmé qu'un accord de partenariat stratégique global avec le Maroc, comportant un volet migratoire, restait en cours de négociation ; un dossier dont l'issue pourrait peser sur la capacité de l'UE à prévenir de nouveaux épisodes de ce type.







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