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Alain Juppé joue gros

Rédigé par El abed Fatima | Mardi 30 Septembre 2003 à 00:00

           

Ils seront 27, dont Alain Juppé, pour trois semaines de procès devant le tribunal correctionnel de Nanterre. L’affaire commence en octobre 1995. Jacques Chirac est encore maire de Paris et président du RPR. Alain Juppé est maire adjoint aux finances de la capitale et secrétaire général du RPR. Président de l’UMP, ancien Premier ministre et actuellement député-maire de Bordeaux, M Juppé est un homme « présidentiable » pour les élections de 2007. Dans ce procès qui a ouvert hier, il doit s’expliquer sur le dossier des emplois fictifs au bénéfice du RPR. Il risque une peine d’inéligibilité de 5 ans.



Ils seront 27, dont Alain Juppé, pour trois semaines de procès devant le tribunal correctionnel de Nanterre. L’affaire commence en octobre 1995. Jacques Chirac est encore maire de Paris et président du RPR. Alain Juppé est maire adjoint aux finances de la capitale et secrétaire général du RPR. Président de l’UMP, ancien Premier ministre et actuellement député-maire de Bordeaux, M Juppé est un homme ' présidentiable ' pour les élections de 2007. Dans ce procès qui a ouvert hier, il doit s’expliquer sur le dossier des emplois fictifs au bénéfice du RPR. Il risque une peine d’inéligibilité de 5 ans.

' Retrouvailles ' du RPR devant les juges
M. Juppé s'est présenté comme 'un simple citoyen' au tribunal de Nanterre. Le 'député maire de Bordeaux' a expliqué qu'il était venu parce que c'était son 'devoir de citoyen' et son 'devoir de responsable politique'.

Le maire de Bordeaux, jugé pour 'prise illégale d'intérêt' a expliqué au tribunal qu’il avait 'mis de l'ordre' au parti gaulliste lorsqu'il était secrétaire général du RPR, de 1988 à 1994. Il a par ailleurs affirmé que Jacques Chirac n'intervenait pas dans les questions de budget et de fonctionnement du parti. 'Un certain désordre régnait en 1988. On était dans une 'période de non-droit', qui ne permettait pas un financement correct du parti. J'ai essayé dès ce moment de remettre de l'ordre en créant une direction administrative', annonce-t-il avant d’expliquer que : 'Le Président n'intervenait ni dans la préparation du budget, ni dans l'exécution, et encore moins dans le fonctionnement quotidien du RPR '.

Egalement poursuivi, Robert Galley, 82 ans, ancien trésorier du RPR, de 1984 à 1990, a par contre évoqué le rôle de Jacques Chirac dans le financement du parti gaulliste. Il a affirmé n'avoir pas eu connaissance du système des emplois fictifs.
Le budget du RPR était passé de quelques millions de francs au début des années 1980 à 358 millions de francs en 1993. Les enquêteurs pensent que le développement financier du RPR s'est fait par des détournements de fonds publics, par le biais des emplois fictifs.

La Ville de Paris dont Alain Juppé était adjoint aux finances de 1984 à 1995, aurait pris en charge directement les rémunérations d’au moins une dizaine de permanents du RPR. La présidente du tribunal a fait remarquer hier que les effectifs déclarés des employés du parti gaulliste étaient brutalement passés de 88 en 1992 à 151 en 1993.

Alain Juppé, 58 ans, candidat potentiel à la présidentielle de 2007, risque en théorie jusqu'à cinq ans de prison ferme, 75 000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité. Le président Chirac n'a pu être ni entendu ni mis en examen, en raison de son statut d'immunité pénale.

Les juges décideront de l’éligibilité d’Alain Juppé
Au moment des faits, Jacques Chirac était maire de Paris et président du RPR. Son nom figure donc dans l'ordonnance de renvoi du juge Alain Philibeaux. Mais 'le statut attaché à la fonction présidentielle qu'il exerce interdit d'aller plus avant dans l'examen de son éventuelle responsabilité'. Jacques Chirac échappe ainsi aux poursuites,

Les faits examinés recouvrent la période 1988-1995. Vingt-six personnes ont été renvoyées devant le tribunal : dix-neuf chefs d'entreprise et sept cadres du mouvement gaulliste. Parmi ceux-ci, Robert Galley et Jacques Boyon, deux anciens trésoriers du RPR ; Patrick Stefanini, ancien directeur de cabinet de Juppé et actuel secrétaire départemental de l'UMP à Paris ; et Louise-Yvonne Casetta, surnommée 'la banquière' du RPR et considérée comme ' ex-trésorière occulte ' du RPR.

Louise-Yvonne Casetta travailla pour le parti et fut remarquée par Jacques Durand alors trésorier du parti. Elle devint sa secrétaire en 1982 et gravit les échelons les un après les autres. Si bien que lorsque l’affaire éclate en 1995, elle est la première à être touchée. Elle sera placée en garde à vue le 6 juillet 1995. Puis sera mise en examen en 1997. Le fisc l'a poursuivie et lui réclame le remboursement des salaires versés par les deux entreprises qui l'ont salariée lorsqu'elle travaillait au RPR. 'Qu'aurais-je à révéler que je n'aie pas déjà dit devant le juge ? On a fait de moi la trésorière officieuse. Je ne suis rien de tout ça. Je n'ai jamais été autre chose qu'une exécutante.' Explique Mme Casetta pour sa défense. Egalement mise en examen pour 'complicité et recel de corruption', depuis le mois de décembre 2000, dans l'affaire des lycées d'Ile-de-France, elle a dû acquitter une caution de 300 000 francs (45 734,71euros). Elle s'attriste devant les traitements de faveur envers les dirigeants politiques : 'Les politiques, lâche-t-elle, combien on leur a demandé ?' Son souhait est de pouvoir relancer la question du niveau de responsabilité dans les infractions commises.

L'absence de Michel Roussin, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à l'Hôtel de Ville est à signaler pour ce procés. Mis en examen en 1998, M Roussin a obtenu l'annulation des poursuites engagées contre lui. En octobre 2002, il fut le seul à mettre Alain Juppé en cause.

Mais les charges qui pèsent sur Alain Juppé ont considérablement diminué. Elles sont parties de 'complicité' et de 'recel d'abus de biens sociaux et d'abus de confiance' pour devenir 'prise illégale d'intérêts' avant d’être aujourd’hui uniquement 'prise illégale d'intérêts'.

Le procès doit se poursuivre jusqu'au 17 octobre. Son principal enjeu reste l'inéligibilité possible d'Alain Juppé. La décision en revient désormais aux magistrats.





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