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Culture & Médias

« Dégagements », un an après la fuite de Ben Ali, la parole est aux artistes

Rédigé par Pauline Compan | Samedi 28 Janvier 2012

Il y a un peu plus d'un an maintenant, la « révolution de jasmin » tunisienne poussait le dictateur Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, à la fuite. Depuis, le pays a pu organiser ses premières élections démocratiques et tente désormais d'aller de l'avant face à ses contradictions et à ses espoirs. Plusieurs artistes tunisiens et du monde arabe ont été réunis par l'Institut du monde arabe (IMA) pour une exposition montrant l'importance de l'art comme support d'expression sociale, face à un monde en mutation.



Photos de Jellel Gastelli à "Dégagements".
Photos de Jellel Gastelli à "Dégagements".
L'exposition « Dégagements » à l'IMA propose un véritable parcours artistique à travers toutes les étapes du lancement de la « révolution de jasmin » en Tunisie. Elle réunit une vingtaine d'artistes présentant un travail inspiré des premières protestations, de ses conséquences et même des prémices de ce mouvement populaire inédit dans le monde arabe. Leurs œuvres sont à découvrir du 17 janvier au 1er avril prochain, à l'IMA*.

Si l'Histoire retiendra que le processus révolutionnaire a été entamé avec le suicide par immolation du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, l'envie de changement de la jeunesse arabe et la lassitude face aux abus des dictateurs arabes, en place depuis des décennies, étaient déjà palpables dans la création artistique arabe contemporaine.

L'exposition « Dégagements » retrace le parcours de cette création et s'attarde longuement sur ce que les artistes avaient à exprimer sur cette période de changement.

Une chronologie artistique

Des peintures pré-révolution du Tunisien Nidhal Chamek à l'imposante peinture de Nabil Saoubia, montrant Ben Ali au chevet de Mohamed Bouzizi, sur son lit d'hôpital le 28 décembre 2010, la propagande des années Ben Ali est largement dénoncée par les artistes, tout au long de l'exposition.

Autre trait caractéristique du régime, la censure. Sous le nom de code Ammar # 404, les internautes tunisiens, shootés par Hichem Driss, ont tous participé à faire de ce mouvement une révolution 2.0. Des photographies qui côtoient des installations inventives, comme ce ring de boxe géant invitant à se défouler contre les assignations d'identité, ou des projets sonores retraçant l'euphorie de l'après-Ben Ali.

L'artiste Ali Cherri devant ses sérigraphies.
L'artiste Ali Cherri devant ses sérigraphies.

De la question de l'immolation

« Je me suis demandé ce qui pouvait pousser quelqu'un à l'immolation. C'est un geste très violent mais qui a été déterminant en Tunisie », explique pour sa part Ali Cherri, artiste libanais qui a travaillé sur l'immolation dans ses réalisations. Son questionnement ? L'envie de comprendre cette vague d'immolation qui a parcouru le monde arabe après le geste de Mohamed Bouazizi.

Il livre deux sérigraphies épurées : un bidon d'essence et une boîte d’allumettes. « Tout ce dont on a besoin pour s'immoler », déclare-t-on. Une volonté de mettre le geste dans son contexte pratique pour tenter de mieux le comprendre, dans une société où le suicide, qu'interdit l'islam, n'est pas dans la culture et où pourtant ce geste fort a été à l'origine de changements importants.


*Exposition « Dégagements », à voir jusqu'au 1er avril à l'IMA, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard / Place Mohammed V - 75005 Paris.
Tarif : 7 € (plein), 5 € (réduit), 4 € (moins de 26 ans).







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