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Points de vue

les caricatures de la haine: vers un délit d'islamophobie!

Rédigé par Elmahdi ALLOUCHI | Jeudi 9 Février 2006

La douzaine de caricatures initialement publiées en septembre 2005 par le quotidien danois « Jyllands-Posten», mettant en dérision le prophète de l’Islam a suscité d’intenses manifestations de colères au sein du monde musulman, la situation a évolué très rapidement en tournant à un brusque soulèvement populaire, lorsque d’autres journaux ont décidé par une solidarité de provocation d’emboîter le pas début janvier au journal danois en reproduisant les mêmes dessins dans un but de relancer l’idée du "choc des civilisations" imaginée aux Etats-Unis par Samuel P. Huntington.



En France, les provocations se multiplient, nombreux sont les intellectuels et les hommes politiques qui continuent de jeter de l'huile sur un feu déjà ardent en lançant des surenchères pour une liberté d'expression des jusqu'au-boutistes notamment quand celle-ci porte gravement atteinte au respect et à la dignité de la population musulmane de ce pays.  

Si le débat reste ouvert entre les savants musulmans sur la possibilité d'une représentation figurée ou non des prophètes et des anges, bon nombre de journalistes et d'intellectuels peu scrupuleux se sont rapidement engouffrés dans la brèche en faisant croire au citoyen « lambda » que le fond du problème réside dans sa propre forme, c'est à dire, le fait même de représenter caricaturalement le prophète de l'islam, repassant ainsi le contenu choquant véhiculé par ces caricatures diaboliques au second plan.
L'objectif inavoué est de porter par cet inversement des rôles, le chapeau de l'intolérance aux musulmans accusés d'hypocrisie, puisque, si la réalité montre que ceux ci usent et abusent de l'image sous toute ses formes dans le monde arabe, pourquoi s'émeuvent ils à ce point pour quelques minables caricatures ?.

Au passage, disons que ces mêmes intellectuels ne manquent pas de talents pour puiser des ordures dans certaines presses « poubelles » du monde arabe, ils ont salué le courage du rédacteur en chef du journal jordanien « Shihane» qui s'est distingué par la publication des trois caricatures controversées en signant un éditorial posant la question: « Qu'est-ce qui pose plus préjudice à l'islam, ces caricatures ou bien les images d'un preneur d'otage qui égorge sa victime devant les caméras ...? ».
Or, poser la question de cette manière, c'est demander au lecteur « Qu'est-ce qui pose plus de préjudice à sa santé entre la peste et le choléra», autrement dit, nos brillants intellectuels, au lieu de s'impliquer dans un débat constructif sur la manière et les moyens permettant de préserver le droit à l'expression sans heurter les sensibilités religieuses d'un groupe de personnes ou d'une communauté, se sont mis à l'œuvre pour enfermer les musulmans dans une logique qui leur enjoint comme à l'accoutumé de se contenter de comparaître puis d'hiérarchiser le pire et le mauvais, le terrorisme et la diffamation .

Les hommes politiques suivent la même tendance, Nicolas Sarkozy qui déclare que : «Mieux vaut l'excès de la caricature que celui de la censure. [...] Tout ce qui est de l'amalgame est odieux parce que l'islam ne veut pas dire le terrorisme. [...] Mais on ne va pas faire une législation spécifique pour une religion.», a donné sa bénédiction aux caricatures en approuvant leur excès insultant, c'est le nouveau permis de diffamer adjoint au droit de s'exprimer que notre ministre de l'intérieur et accessoirement des cultes vient d'octroyer à tout islamophobe en herbe.

La loi établit des lignes rouges à la presse, et les journalistes savent bien ce qu'ils peuvent et ce qu'ils ne peuvent pas écrire et diffuser … la liberté d'expression s'arrête là où le législateur a mis une limite, c'est à dire lorsqu'elle commence à diffamer et à attiser délibérément la haine d'autrui, aucun journaliste, aucun écrivain, aucun conférencier de France et de Navarre n'ose s'aventurer par exemple sur le terrain du révisionnisme ou du négationisme sans prendre le risque d'être traîner devant les tribunaux et de se voire infliger des peines assez dissuasives.

Antisémitisme : « c'est la doctrine ou l'attitude d'hostilité à l'égard des juifs », c'est ainsi que le petit Larousse définit ce terme au nom duquel faut il le rappeler la chaîne « Almanar » est interdite de diffusion en France et des dizaines de livres ne peuvent y voir le jour, Alors que les délits d'islamophobie, constitués souvent d'atteintes aux convictions religieuses des musulmans, se multiplient çà et là dans la presse et les médias dans une impunité totale.

Enfin, au nom de l'égalité de tous devant le droit, n'est il pas temps pour les musulmans de presser le législateur à l'institution d'un délit d'islamophobie comme on a institué un délit d'antisémitisme ?