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Points de vue

Zacarias Moussaoui, kamikaze judiciaire

Rédigé par Nadia Ben Othman | Jeudi 25 Mai 2006

Le 3 mai dernier, les douze jurés du tribunal fédéral d’Alexandria en Virginie décidaient de la condamnation à la prison à vie de Zacarias Moussaoui, reconnu complice des attentats du 11 septembre. Un verdict controversé qui met fin à quatre années de procédure et deux mois de procès riches en rebondissements. Retour sur un procès historique.



Zakarias Moussaoui
Zakarias Moussaoui

Diversion

C'est le 11 décembre 2001 que débute ce que l'on nommera « l'affaire Moussaoui », avec la décision de l'accusation de poursuivre Zacarias Moussaoui pour avoir « activement participé » au complot terroriste de septembre 2001. Le choc encore trop récent des attentats contre une Amérique qui se croyait invincible et la polémique montante sur l'inertie des services secrets incapables de prévoir des attaques de cette envergure, font de Moussaoui le coupable idéal. Arrêté en raison de son comportement suspect dans une école de pilotage du Minnesota, Moussaoui est très vite présenté comme le complice indéniable des pirates de l'air du 11 septembre. Et le seul qui ait pu être appréhendé. Un procès voué à faire diversion devant l'incompétence avérée de services de renseignements censés être parmi les meilleurs du monde.

Remous

Au-delà du principe même du procès, c'est le déroulement de toute la procédure qui prête aussi à controverse. L'attitude de Moussaoui, présumé coupable, tout comme celle de l'Etat américain sont pour le moins improbables. Moussaoui d'abord, qui après avoir pendant plus d'un an refusé de plaider, puis décidé de plaider non coupable, « au nom d'Allah pour sauver et défendre (sa) vie en tant que musulman », le voilà qui dans un revirement incertain choisit le 22 avril 2006 de plaider coupable de complicité dans les actions terroristes du 11 septembre 2001. Le gouvernement ensuite, qui s'oppose à la comparution de témoins membres d'AlQaïda, décision que la Cour Suprême a refusé d'examiner. L'institution judiciaire, qui, après avoir interdit aux procureurs de requérir la peine de mort, cède aux souhaits du gouvernement qui souhaitait son application. Des rebondissements à répétition qui traduisent les tâtonnements de la justice face à une affaire aussi médiatique que controversée. Une justice qui condamne Moussaoui à purger sa perpétuité dans une prison du Colorado surnommée Supermax pour ses conditions drastiques de détention. Conditions qui seront renforcées pour Moussaoui qui sera à l'isolement durant toute la durée de sa peine, seule une heure de promenade, toujours seul, viendra ponctuer ses journées au mitard.

Schizophrénie

Mais plus que les aléas de la technique judiciaire, c'est surtout l'attitude de Zacarias Moussaoui qui marquera à jamais l'histoire et les esprits. Il refuse l'aide de la France et se voit, sur ordre de la juge Léonie Brinkema, imposer des avocats américains, qu'il va s'évertuer à contredire. De mensonges en versions contradictoires, Moussaoui, provocateur à outrance, élabore devant ses jurés le scénario invraisemblable d'un cinquième avion qu'il devait piloter en direction de la Maison Blanche. Une attitude qu'il justifie de façon presque péremptoire : « Ils veulent ma tête, je vais la leur donner sur un plateau ». Réaction singulière à une mascarade judiciaire qui fait d'une imposture, le procès exutoire du 11 septembre. Ses avocats ne savent plus où donner de la tête. Eux qui, au-delà d'une perte totale de crédibilité, endurent les imprévus d'une communication difficile avec un client qui les renie. Pour lui épargner la peine de mort, ils vont tenter, de le faire déclarer schizophrène, une « circonstance atténuante » pour laquelle il risque d'être emprisonné à vie, alors qu'en France la peine maximum aurait été de dix ans de prison. En vain. L'accusation, niant l'évidence le déclare sain d'esprit. Moussaoui qui déclare « croire en les attaques-suicide » aura raté son ultime tentative. Celle du suicide judiciaire.