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Points de vue

Vœux de Noël - Les grammaires du pluralisme religieux et de la communication institutionnelle doivent converger en Europe

Rédigé par Yahya Pallavicini | Samedi 25 Décembre 2021 à 11:00

           

La publication d’un document interne à la Commission européenne en octobre 2021 édictant une série de recommandations pour une « communication inclusive » a récemment déclenché une polémique. Les fonctionnaires étaient notamment invités à préférer l’emploi de l'expression « Joyeuses fêtes » plutôt que « Joyeux Noël », ceci pour respecter toutes les sensibilités religieuses. Il a fait l’objet de vives critiques du Saint-Siège. Yahya Pallavicini, président de la Communauté religieuse islamique italienne (COREIS), s’en est aussi ému de vive voix devant la présidente de la Commission européenne. Son message est ici reproduit.



Vœux de Noël - Les grammaires du pluralisme religieux et de la communication institutionnelle doivent converger en Europe
« Participons aux similitudes qui nous unissent, sans homologation.
Respectons les différences qui nous caractérisent, sans exclusivisme.
Reconnaissons les affinités spirituelles qui nous élèvent, avec gratitude !
Meilleurs vœux œcuméniques pour les bénédictions de Noël avec l’espoir d’une année 2022 pleine de santé, de développement et de collaboration. »


Imam Yahya Pallavicini, président de l'IHEI

A la demande de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, une réunion extraordinaire des leaders religieux a été convoquée vendredi 10 décembre au matin. La réunion a été introduite par le vice-président Margaritis Schinas, référent pour les programmes relatifs à l’article 17, portant sur le dialogue avec les organisations confessionnelles en Europe.

Dans la lettre de convocation adressée à l’imam Yahya Pallavicini, président de l’Institut des hautes études islamiques (IHEI) et de la Communauté religieuse islamique italienne (COREIS), il est précisé que l’intention de la réunion est de réaffirmer l’engagement de la Commission européenne au dialogue et à l’inclusion des communautés religieuses dans le programme européen. On renouvelle le « respect de toutes les religions comme valeur fondamental de l’Europe. Les valeurs communes ne reposent pas sur la négation des différentes identités mais sur la reconnaissance des différences, y compris religieuses, qui représentent l’Union européenne ».

La réunion fait suite au retrait des « lignes directrices » de la Commission européenne sur la « communication inclusive » dans lesquelles semblaient prévaloir l’opportunité de ne pas expliciter l’identité des festivités lors des vœux exprimées pour les fêtes de Noël.

A la réunion extraordinaire ont participé des représentants de sept confessions religieuses : l’évêque Noel Treanor, vice-président de la Conférence épiscopale auprès de l’Union européenne (COMECE), Lakshmi Viyas, président du Forum hindouiste européen, Ron Eichhorn, président de l’Union bouddhiste européenne, Albert Guigui, grand-rabbin de Bruxelles, Rev. Sorin Selaru, directeur de la représentation de l’Eglise orthodoxe roumaine auprès des institutions européennes (CROCEU), l’imam Yahya Pallavicini, coordinateur du Conseil des leaders musulmans d’Europe (EULEMA), Rev. Christian Krieger, président de la Conférence des Eglises Européennes (CEC). Nous publions ci-après l’intervention de l’imam Yahya Pallavicini.

« Toute fête religieuse peut offrir une noble occasion pour découvrir une convivialité entre croyants et citoyens d’Europe »

Excellences, chers collègues, je vous salue avec les vœux traditionnels de paix et de bien, vœux sincères et fraternels adressés comme citoyen européen et religieux musulman dans le respect plein et entier de l’identité des autorités spirituelles qui représentent le pluralisme religieux européen et des représentants institutionnels de la Commission européenne, que je remercie pour cette nouvelle invitation à la rencontre.

Je ne crains pas que mon intention bienveillante puisse être mal comprise ou instrumentalisée par quelque politique ou citoyen ou croyant si ce n’est dans la mesure d’une ignorance et d’un préjugé qui risque d’exprimer des sentiments de discrimination et d’exclusion, qui sont contraires à la vision des pères de l’Europe unie, comme Adenauer, De Gasperi, Monnet, Schuman, et qui s’opposent à l’universalité de l’Esprit, essence de toute doctrine religieuse. Mais si un tel sentiment devait se manifester, c’est qu’il y a précisément en cela une raison éducative et formative à développer !

En Italie, durant cette période de l’année, nous assistons régulièrement à un débat grossier porté par certains enseignants qui prétendent nier toute référence à la nativité de Jésus au prétexte que cela pourrait susciter de l’embarras chez les étudiants et les familles musulmanes. Régulièrement, notre communauté islamique a défendu la vérité historique, symbolique et sacrée de la nativité de Jésus, le respect des musulmans pour cette fête religieuse en particulier, et pour toute fête religieuse et culturelle de la société occidentale comme une occasion de compréhension, d’étude et de connaissance, et jamais d’occultation.

Il y a deux jours a eu lieu la fête de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, mère de Jésus. La doctrine islamique reconnaît elle aussi ce statut de pureté exceptionnelle dans la figure de Marie, à la différence d’autres interprétations propres au christianisme protestant ou à d’autres confessions religieuses qui présentent une position plus ou moins distante. En l’espèce, malgré le fait qu’on trouve des affinités et des similitudes entre catholiques et musulmans, ou des distances totales avec d’autres croyants, ce qui s’exprime c’est une sensibilité différente dans la façon de rendre honneur, ou simplement de respecter sans participer à cette fête.

Au cours des dernières semaines, la communauté hindoue a célébré la fête de Divapali, et la communauté juive a célébré pendant sept soirées la fête d’Hanoukka, et des membres de notre communauté musulmane ont été invités à partager la signification universelle et profonde de la Lumière qui illumine les cœurs et inspire nos responsabilités dans les cycles de la vie à travers les différentes villes d’Europe. Dans ce cas précis, il n’existe pas de correspondances entre la doctrine juive de la fête des lumières et les autres doctrines religieuses, mais on réussit néanmoins à donner un témoignage de proximité spirituelle, de fraternité et d’accompagnement culturel.

Parallèlement, nous assistons à d’autres célébrations ou festivités, qui vont de Halloween à l’adoption de vœux saisonniers pour l’hiver, le printemps, l’été et l’automne, qui se diffusent depuis peu en Europe, et qui n’ont aucun lien avec la culture européenne ou avec les festivités religieuses. Ces nouveautés nous surprennent, et nous ne manifestons aucune opposition, parce qu’il ne peut y avoir de remplacement d’une identité par une autre. Nous dénonçons cependant dans ce cas la tentative d’un réductionnisme pseudo-culturel consistant à insister sur Peter Pan à la place de Jésus, exactement de la même façon que, durant le mois de Ramadan, on confond la célébration du jeûne des musulmans avec une diète estivale !

Toute fête religieuse a une spécificité pour chaque communauté respective, mais elle peut également offrir une noble occasion pour découvrir une convivialité entre croyants et citoyens d’Europe, et pour dépasser l’ignorance et la méfiance, sans sombrer dans des syncrétismes sentimentalistes.

Les grammaires du pluralisme religieux et de la communication institutionnelle doivent converger en Europe, dans la pleine cohérence des identités respectives parce qu’elles sont inclusives et en dialogue respectueux et conscient.

Meilleurs vœux pour un Noël béni et pour un nouvel an de coopération interreligieuse.

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