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Sur le vif

Une musulmane discriminée par la justice canadienne soutenue sur Internet

Rédigé par La Rédaction | Jeudi 5 Mars 2015



Une juge de la Cour du Québec a refusé d’entendre Rania El-Alloul parce qu’elle portait un hijab au tribunal.
Une juge de la Cour du Québec a refusé d’entendre Rania El-Alloul parce qu’elle portait un hijab au tribunal.
Une campagne de soutien à Rania El-Alloul, une musulmane canadienne discriminée, prend de l’ampleur sur la Toile. Cette dernière n’a pas été entendue lors d’une audience parce qu’elle portait un hijab au tribunal.

« La première question que la juge m'a posée, c'est "Pourquoi portez-vous ce foulard sur la tête?" Je lui ai répondu que c'est parce que je suis musulmane », raconte Rania El-Alloul, venue pour tenter de récupérer sa voiture saisie. Après avoir suspendu l’audience pendant 30 minutes, la juge Eliana Marengo explique à Rania El-Alloul que les tribunaux sont des lieux séculiers, qui doivent être dépourvus de symboles religieux.

« L'article 13 des règles de pratique de la Cour du Québec prévoit que toute personne qui se présente en cour doit être convenablement vêtue. Selon moi, vous ne l'êtes pas », dit-elle ensuite. Chapeaux et lunettes de soleil étant interdites, « je ne vois pas pourquoi il en serait autrement des foulards », a poursuivi la juge, alors qu’il n’existe pas de directives quant au port de symboles religieux au tribunal.

« Dans ces circonstances, je ne vous entendrai pas si vous portez ce foulard, tout comme je ne permettrais pas que l'on porte un chapeau ou des lunettes sur la tête ou tout autre accessoire qui ne convient pas à la cour », a conclu la juge. Rania ayant refusé de retirer son foulard, elle est repartie sans avoir été entendue, et son cas suspendu.

Plus de 50 000 dollars donnés par des internautes

« Ce foulard, c'est une partie de moi, ce n'est pas un symbole. Ce hijab est très important pour nous. Nous respectons tout le monde et nous voulons être respectés », a expliqué cette dernière, qui réfléchit à l'opportunité de porter plainte.

L’histoire de Rania a rapidement fait le tour des médias canadiens et du Web, et les messages de soutien se sont multipliés. Des Canadiens, mais aussi des politiques et des groupes de défense des droits ont condamné la décision de la juge. Une campagne de crowfunding, lancée pour l’aider à acheter une nouvelle voiture a déjà permis d’enregistrer plus de 50 000 dollars de dons. En 24 heures, le seuil des 20 000 dollars fixé par les organisateurs Nouman Ahmad et Rayan Rafay était franchi. Ces derniers ont indiqué que les fonds supplémentaires seraient versés à Rania pour lui permettre de faire face à ses frais de justice.

Rania s’est dite touchée de ces marques de solidarité. « Je reçois des soutiens de partout, parce que je sais que j’ai dit la vérité » a-t-elle déclaré. « Le plus important, c’est d’être respecté », a poursuivi Rania, « je l’ai respecté, elle ne m’a pas respectée, je ne veux pas que la même chose arrive à quelqu’un d’autre. »

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