Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Sarkozy-Royal.... et les musulmans

A une semaine du second tour

Rédigé par Youssef Chems | Mardi 1 Mai 2007

A une semaine d’un scrutin essentiel il reste deux candidats en lice: Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Analysons calmement ce qu’ils ont dit ou fait depuis qu’ils se sont mis en campagne et décidons alors en toute connaissance de cause.



Sarkozy-Royal.... et les musulmans

On va en prendre pour cinq ans


Dimanche 22 avril 2007, 20h. Sur une chaîne allemande Jacques Attali, commente à chaud les résultats sans surprise de ce premier tour présidentiel, « La France a retrouvé son lit naturel ». Voilà tout est dit et il a mille fois raison. Le peuple de Gaulle a entendu les sirènes centristes, alter mondialistes, trotskistes, vertes ou oranges, mais là, dans le plus secret des isoloirs il a aussi recouvré le bon sens terrien de ses ancêtres. « Ici, Monsieur, on est de droite ou de gauche, point…», passons enfin aux vraies questions. Le candidat est-il marié, divorcé ou en compagnie, catholique au moins ! Il passe comment à la télé, il à l'air d'un chef d'Etat ou pas ! Voila, les vieux critères vont remonter et avec eux les peurs et les espoirs des uns ou des autres. Les zincs vont ruisseler aux empoignades anisées et notre sort sera fixé pour un chapelet d'années. De toute manière notre hexagone est un bon et riche pays, nos administrations sont plus que compétentes et un «âne corse» pourrait sans trop de dégâts nous conduire aux prochaines urnes de 2012. Les riches ne seront pas plus pauvres et les pauvres pas plus riches. On aura simplement cinq ans de plus. Comme toujours.

L'actualité depuis de nombreux mois a été fort riche : révolte des quartiers populaires, loi anti-foulard, diabolisation de notre Foi, enlisements irakien et afghan, explosion du Liban, souffrances sans fin du peuple de Palestine. Tous les candidats se sont précipités dans les banlieues et ont égrené mille et une solutions sans application concrète. Ils nous ont promis tout et son contraire; plus de justice, plus de respect, plus de sécurité, plus d'emplois et de logements et, au final, qu'avons nous vu ?! Rien. Certains, comme José Bové et ses alter, ont paru mieux cerner la communauté musulmane. M. Bové a été jusqu'à offrir sa poitrine pour protéger Arafat en son temps, on s'en souvient encore! Merci Monsieur. Mais aujourd'hui à une semaine d'un scrutin essentiel il n'en reste plus que deux: Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Analysons calmement ce qu'ils ont dit ou fait depuis qu'ils se sont mis en campagne et décidons alors en toute connaissance de cause.
L'actualité depuis de nombreux mois a été fort riche : révolte des quartiers populaires, loi anti-foulard, diabolisation de notre Foi, enlisement irakien et afghan, explosion du Liban, souffrances sans fin du peuple de Palestine. Tous les candidats se sont précipités dans les banlieues et ont égrené mille et une solutions sans application concrète. Ils nous ont tout promis et son contraire, plus de justice, plus de respect, plus de sécurité, plus d'emplois et de logements et on a vu quoi ! Rien. Certains comme Bové et ses alter on ne sait plus quoi, ont paru mieux comprendre la communauté musulmane. José a été jusqu'à offrir sa poitrine pour protéger Arafat en son temps, on s'en souvient encore Monsieur, merci. Mais aujourd'hui à une semaine d'un scrutin essentiel il en reste deux, Sarkozy et Royal. Alors analysons calmement ce qu'ils ont dit ou fait depuis qu'ils se sont mis en campagne et décidons alors en toute connaissance de cause.

Une France à deux têtes


La campagne fût fort longue mais aussi très suivie, avec une participation record (83%), qui comme toujours profite aux partis de gouvernement en écrasant les extrêmes. Le vote utile s'est essentiellement porté sur Royal. Tous ceux qui depuis des décennies présageaient la fin du fait politique ont tout faux. Deux finalistes, primo-candidats, caracolent. La France voulait un match Sarko-Sego, elle l'a maintenant. La bipolarisation a largement imposé sa traditionnelle logique gauloise et les autres impétrants ont été sévèrement laminés, à commencer par le parti communiste qui ne s'en relèvera certainement pas. Le Pen renvoyé dans les cordes, la partie peut commencer et elle va être impitoyable entre deux candidats qui ont remisé Bayrou, désormais isolé avec quelques troupes chaque jour plus maigres. Deux courants s'additionnent, les TSS (tout sauf Sarkozy) et les TPS (tous pour Ségolène) et si Sarkozy a de bonnes cartes en mains, Royal n'en manque pas même si elle part avec un handicap, celui d'avoir déjà fait le plein des voix de gauche et assimilées. L'avertissement est net, les Français ne s'égarent plus, ils vont aller à un essentiel basique, droite ou gauche et basta ! Le vote utile a joué à plein, sans chèque en blanc à qui que ce soit. On veut désormais un débat précis, des engagements et surtout un projet d'avenir sérieux. Bayrou en réserve, pour une hypothétique mission future, les deux finalistes vont devoir s'expliquer et honnêtement, s'il vous plaît, devant le peuple français qui désormais renoue avec le choc frontal de la droite et de la gauche. Le bipartisme contribue, en principe, à une bonne stabilité tout en favorisant un conservatisme modéré. C'est ce qu'a toujours aimé la France, en mettant en son temps et à la trappe les tentatives avortées des Lecanuet, Barre, Balladur ou Bayrou. Ce qui n'empêche pas une nécessaire redéfinition au centre pour les vainqueurs, qui doivent ratisser large, au delà de leur propre camp. C'est çà aussi la démocratie moderne qui doit prendre en compte les paramètres de l'immigration et de la mondialisation comme un aimant qui culbuterait le camp conservateur plus à droite et le camp libéral plus à gauche. La majorité se gagne alors au centre, après avoir remplie son urne dans son propre parti. Equilibriste doué ou pas ! La vie politique française s'installe dans une confrontation de plus en plus équilibrée entre une gauche socialiste et une droite libérale. Les sirènes du juste milieu se sont noyées dans les urnes et désormais on sera de droite ou de gauche, ça a au moins le mérite d'être clair.

« Bayrou a perdu son pari » (de Robien)


Mais non monsieur, il ne s'agit pas d'un pari, ce n'est pas un jeu. Il s'agit de l'avenir et de la vie d'un peuple et pas des envies de pouvoir d'un prof de lettres. Diriger la France est un honneur et une charge avec des devoirs et des cicatrices. On s'appuie sur un groupe de pensées qui a des convictions et on avance à visage découvert. On dit alors ce qu'on pense et on s'affiche avec ceux et celles qui représentent le mieux ses propres valeurs. Le temps est venu pour cet homme de choisir un camp ou de retourner à ses études agrégatives. Aujourd'hui c'est terminé pour lui, il n'est plus du tout au « centre du  jeu », sa chance est passée, la parole est désormais aux électeurs, qui l'ont déjà remisé à une place qu'il n'aurait jamais du lâcher, faisant ainsi le lit des sans idée, sans avenir et surtout sans volonté. Il n'est propriétaire d'aucune voix et ceux qui depuis trente ans ont bâti l'UDF vont retrouver la famille libérale sans pour autant se fondre dans l'UMP. Le message est, on ne peut plus clair, et votre tentative restera lettre morte. Vous vivez certainement très mal cet échec personnel, vos sourires crispés et vos commentaires à chaud ont bien montré la limite de vos ambitions et de votre petite équipe arrachée aux bancs de l'Assemblée. Ils vont très vite retourner dans le giron sécurisé de l'UMP, là où ils assureront mieux leurs carrières. Vous aviez échoué en 2004 aux régionales d'Aquitaine, vous votiez la censure en 2006, quelques sondages de début de campagne vous ont fait croire et rêver à une ascension sûrement trop élevée et vous avez alors cru à la victoire. Mais vous n'avez pas convaincu à gouverner le pays, un Zénith n'est pas la France et votre assemblage hétéroclite n'a tenu ni la route, ni ses promesses.

Et nous, les musulmans qui respectons infiniment la France, nous n'oublions pas vos prises de position contre le voile de nos petites sœurs et votre intervention toute gratuite au moment de l'affaire des caricatures, alors que l'on ne vous demandait rien. Ils sont où aujourd'hui les électeurs que vous souhaitiez rameuter ce jour là en nous blasphémant ! Vous nous avez abusés monsieur, même s'il n'y a pas plus de « vote musulman » que juif, chrétien ou protestant. Et pourtant notre communauté, lorsqu'on l'interrogeait, se montrait sensible à votre action. Vous étiez comme on disait dans les banlieues « le moins pire », mais ils oubliaient tout simplement que vous n'étiez pas de taille, que le costume était trop grand pour vous et qu'il vous fallait encore quelques années d'apprentissage à l'école de la France, celle où l'on dit ce que l'on pense, celle où l'on n'hésite pas, celle où l'on se détermine face aux grands soucis du siècle.

Sarkozy et l’Islam


Net et clair, en juin 2004 à La Courneuve une balle perdue tue un enfant, il déclare tout simplement dans le feu de ses emportements qu'il va « tout nettoyer au Kärcher », avec des CRS si nécessaire. Quelques mois plus tard il remet çà à Argenteuil et promet alors de débarrasser les banlieues de toute « sa racaille ». Il demande alors aux policiers qui le protègent de « faire non plus de l'ordre public mais d'interpeller ». Il les somme de conduire désormais une politique de répression (26.02.2007). Ses idées sur l'immigration sont encore plus claires et il les exprime avec son cynisme habituel, haut et fort. « Personne n'est obligé d'habiter en France, mais quand on y vit on n'est pas polygame, on n'excise pas ses filles, on n'égorge pas le mouton dans sa baignoire (5.02.2007 sur TF1) et il en remet une couche inoxydable « je suis un ami d'Israël, je l'ai été lorsque les autres ne l'étaient pas et je continuerai à l'être » en n'oubliant pas de préciser en septembre 2006 juste après avoir serré la main de Bush qu'« Israël est la victime, qu'il n'a jamais été l'agresseur et que lui  Sarkozy n'en a jamais été aussi proche !». On est atterré par tant de désinvolture à l'égard de notre communauté, mais soyez certains, Monsieur Sarkozy, que nous n'oublierons pas davantage vos condamnations envers le peuple palestinien et les hommes courageux qui se sacrifient pour en défendre les pauvres droits.

Royal et l’Islam


Pas moins lumineux, lorsque le 13.11.2006 elle hurle qu'elle dédie son combat pour la laïcité aux « femmes voilées, femmes mutilées, femmes excisées, femmes violées, femmes écrasées », et pour alourdir l'amalgame elle signe une proposition de loi 3236 dont l'article 7 prévoit que les chefs d'entreprises pourront désormais réglementer le port de signes religieux. On ne peut être plus net. Elle règle sans état d'âme les délinquances par des « placements d'office en encadrements militaires » et plombe ses vaticinations en menaçant de « mettre sous tutelle les maigres allocations familiales des plus déshérités». De son côté, Hollande, son compagnon et patron du PS, tonne avec son approbation et au nom de groupe socialiste « qu'il est plus que satisfait de la politique du Premier ministre israélien mais qu'il s'oppose définitivement à celle de l'Iran et de la Syrie. » Pour bien faire comprendre où vont ses préférences, il ne préconise pas moins que « d'épurer le personnel du ministère des Affaires étrangères sous le prétexte d'une connotation pro-arabe trop prononcée. Il va falloir, dit-il, en nettoyer le personnel et assainir les grandes écoles comme l'ENA ». Qu'il demande alors à Sarkozy de lui confier pour un moment son fameux Kärcher.

Mais reconnaissons honnêtement au projet PS ses avancées significatives sur l'immigration : partenariat avec les pays d'origine, lutte quotidienne contre la haine de l'autre, régularisation après dix ans de résidence, droit au regroupement familial pour protéger les enfants scolarisés, fermeté contre les clandestins et démantèlement des filières maffieuses, journée du citoyen pour rendre plus solennelle l'accession à la citoyenneté française…Les grandes et belles idées de la gauche sont là, celles qui ont fait de la France la patrie des Droits de l'Homme et du respect de l'individu. Notre communauté sait aussi apprécier ceux qui la comprennent et s'en souvenir.

Duel au sommet


Ces deux finalistes dont les scores n'ont jamais été aussi élevés dans leur propre famille politique se doivent de séduire à tout va. Leurs propres fans ne suffiront pas, il faudra une pincée de centre, mais sans Bayrou qui finalement n'est propriétaire de rien sinon de son propre bulletin. La réserve de Royal est mince, très mince. Ses lieutenants vont battre le pavé pour recruter des phares de centre gauche. Sarkozy de son côté peut sans trop de difficultés appeler toutes les droites à le rejoindre, il a tout dit et fait pour cela. Mais son résultat personnel, si encourageant soit-il, devra s'acoquiner avec une poignée de centres-droits prêts à accepter quelques prébendes, salaires de leur trahison. Il va subir un véritable « référendum, tout sauf Sarko », loin du simple et sincère débat démocratique. Tout va se jouer à quelques centaines de milliers de voix, les français vont juger Sarkozy sur sa sincérité et Royal sur sa crédibilité. Juppé, bon analyste d'une campagne qu'il regarde passer du haut de sa suffisance « chartronesque », dit justement que la politique intéresse encore et encore les Français et que même si tout se présente bien pour celui qui l'a supplanté, rien n'est tout à fait acquis.

Espérons que notre pays, ne soit pas désormais dirigé par un « conseil d'administration » aux ordres du CAC 40 mais par des hommes qui voudront bien faire triompher les valeurs humaines sur celles de la bourse, qui conjugueront urbain avec humain, qui encourageront l'Europe du travail sur celle de la fortune, avec une priorité à l'éducation, avec une épaule attentive et affectueuse pour les familles les plus malheureuses, et qui arrêteront une fois pour toute de cultiver les peurs…En un mot il faut une personne de caractère pour la France du troisième millénaire, une personne de cœur aussi, qui sache écouter et faire siennes toutes les détresses d'un petit peuple qui lui, de gré ou de force, participe avec sa sueur à la richesse et à la renommée de notre Pays.

Monsieur Sarkozy souvenez-vous qu'il y a peu nous vous recevions avec beaucoup d'espoir et tellement de confiance, que vous avez lutté à nos côtés pour que le Conseil français du culte musulman (CFCM) existe, alors aujourd'hui plût aux cieux que votre langage s'adoucisse, que votre poitrine patine ses raisons aux fiertés et aux espoirs des émigrés qui eux ne veulent que vivre correctement et honnêtement dans cette France qui a su vous recevoir vous aussi !


« Je n'aime pas un bonhomme qui est au pouvoir Dieu veuille que nos ancêtres soient fermes
C'est tout ce que nous leur demandons Rien n'est plus dangereux pour celui qui est au dessous comme la bonhomie de celui qui est au dessus » (Peguy)

Youssef Chems, Ecrivain
A paraître « Hadj Amor » (Pour l'amour de Dieu)