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#1AnAprès

Samia Hathroubi : Pas de société meilleure sans une réelle justice sociale

Rédigé par Samia Hathroubi | Lundi 11 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Samia Hathroubi, qui œuvre et mène des programmes de coexistence et d’interreligieux en France au sein de Coexister et à l’échelle européenne et dans les instances européennes pour la Foundation for Ethnic Understanding.



Samia Hathroubi oeuvre dans l’interreligieux en France au sein du mouvement Coexister et à l’échelle européenne pour la Foundation for Ethnic Understanding.
Samia Hathroubi oeuvre dans l’interreligieux en France au sein du mouvement Coexister et à l’échelle européenne pour la Foundation for Ethnic Understanding.
Finalement 2015 est passée. Elle a été douloureuse, tragique pour chacune et chacun d’entre nous, citoyens de cette terre qui nous a vus naître ou nous a accueillis.

Synonyme et porteuse de morts, de violences physiques et/ou psychologiques, elle m’a souvent plongée dans la torpeur face à ma page blanche, face aux caméras, au contact de mes partenaires associatifs, religieux, militants, je n’ai jamais autant pensé que les mots pouvaient être aussi impuissants face à l’ineffable.

Si nous avons été frappés par les nombreux attentats c’est qu’inconsciemment nous avons assimilés au plus profond de notre être que la violence ne pouvait pas nous toucher. Qu’elle soit le lot quotidien de peuples entiers en Syrie, en Irak, en Palestine, on le savait. Mais pas chez nous, pas ici, pas dans nos rues. Comme si le chaos, les guerres, celles que nous menons en tant que nation s’arrêtaient à nos frontières ou à la lucarne de notre écran de télévision.

Alors, oui, il y avait bien eu des signes avant-coureurs comme les premiers actes d’une tragédie grecque antique. Il y avait eu Mohamed Merah, puis ces chiffres de ces hommes et de ces femmes, nos concitoyens, qui allaient dans le Levant mener une guerre qui n’a de sainte que le nom. Tout cela, on l’entendait mais on ne voulait pas le comprendre.

Porter haut et fort les valeurs de l’identité plurielle

Il y a quelques années, alors étudiante puis enseignante d’Histoire, j’ai compris, et ce de manière cruelle, avec Hegel que l’homme ne tirait aucune leçon de l’Histoire. En fait, on tend à enseigner cette matière comme créatrice ou porteuse de morale. Tout cela est faux.

Preuve accablante, s’il en fallait une, est le retour de la déchéance de la nationalité qui refait surface des immondices de notre Histoire collective. Appliquée par le régime de Vichy pour déchoir les Juifs de leur citoyenneté, elle est aujourd’hui le symbole de la déchéance des valeurs de gauche comme venant bafouer l’égalité des citoyens français.

Je comprends la lassitude de mes concitoyens, de mes coreligionnaires, des femmes et des hommes de ma génération, à eux je leur demande de ne pas renoncer, de porter haut et fort les valeurs de l’identité plurielle.

À toutes et à tous, je nous souhaite de garder espoir et réalisme, ceux-là mêmes qui font agir des milliers de jeunes, de femmes et d’hommes qui, attentats ou non, agissent en silence pour pallier les inégalités de notre pays ou agissent pour le bien-être général à recréer du lien, du liant là où il n’y en avait plus ou si peu…

Je comprends aussi ceux qui, au plus proche de moi, sœurs et amis, ont décidé de se boucher les oreilles, de fermer les yeux et rêvent d’un ailleurs, d’un lieu où aucun média ni figure politique ni homme ou femme de lettres ne fait leur buzz sur leur dos sur l’autel de la liberté d’expression, de la laïcité ou de l’anticonformisme utilisés comme cache-misère d’un racisme et d’un rejet de l’autre qui ne se cachent plus.

L’unité de la société, un vœu pieu ?

En guise de conclusion partiale et partielle, je dirais que la société de demain n’est que celle que nous voudrons bien construire laborieusement. Je suis intimement convaincue qu’il ne peut y avoir de meilleure société ou coexistence (celle qui m’anime depuis quelques années) sans une réelle équité et justice sociale.

L’unité de la société tant acclamée et convoquée par le président François Hollande lors de ses discours post-janvier et novembre 2015 n’est et ne restera qu’un vœu pieu si la réalité empirique et le quotidien de nombreux Français sont parsemés d’injustices sociales ou légales.




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