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Ramadan

Ramadan : Donner la zakat aux réfugiés via l'ONU, c'est possible !

Rédigé par Myriam Attaf et Hanan Ben Rhouma | Mercredi 5 Mai 2021 à 11:55

           

L'initiative semble nouvelle mais elle existe pourtant officiellement depuis 2019. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) offre la possibilité aux musulmans capables de donner la zakat de venir en aide aux populations vulnérables dont l'agence a la charge.



Permettre aux musulmans à travers le monde de donner la zakat al-maal, l'aumône obligatoire annuelle, et la zakat al-fitr, l'aumône de la rupture du jeûne du Ramadan, au profit des populations déplacées en raison des conflits, c’est l’objectif du Fonds de zakat pour les réfugiés. Officiellement lancé en 2019 par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), ce dispositif permet de reverser ces deux aumônes légales aux plus démunis dans plus d’une dizaine de pays, notamment au Liban, en Jordanie, en Egypte, au Yémen, au Nigéria ou encore au Bangladesh et en Malaisie où sont réfugiés les Rohingyas persécutés par le pouvoir birman.

« La majorité des réfugiés dans le monde sont des musulmans. C’est pourquoi le HCR a consulté divers érudits musulmans pour savoir si l’organisation est éligible pour recevoir et distribuer la sadaqa et la zakat », fait-on savoir. C'est bien le cas puisque le fonds a été certifié par des institutions et des savants réputés comme Dar al-Ifta, l'institution à laquelle préside le grand mufti d'Egypte, le Conseil supérieur des savants du Maroc, ou encore le cheikh Abdallah Bin Bayyah, président du Conseil de la fatwa des Émirats arabes unis. Tous ont émis en ce sens une fatwa pour faire en sorte que l'agence puisse bénéficier de la confiance de donateurs musulmans.

« Les réfugiés sont légitimes pour recevoir votre zakat, car ils entrent dans quatre des huit catégories de bénéficiaires de la zakat », plaide l’organisation qui, depuis 70 ans, a démontré « son expertise dans l’assistance aux réfugiés en difficulté du monde entier, quelle que soit la cause de leur détresse ». Le fonds est, par ailleurs, « soumis à une gouvernance et à des contrôles rigoureux, garantissant la plus grande transparence tout au long du processus ».

En ce sens, le HCR a mis en place un programme d’aide en espèces aux familles, « une façon innovante de garantir que 100 % des dons de la zakat soient versés aux personnes qui en ont le plus besoin, sans frais généraux ». Car l'agence onusienne applique une politique selon laquelle 100 % des fonds de la zakat sont versés aux bénéficiaires : « Les dons versés sur la page de la Zakât ne feront l’objet d’aucuns frais généraux ni coûts de fonctionnement (0 %). »

12 % des dépenses du HCR couvertes grâce au fonds

De nombreux rapport font la lumière sur les actions menées grâce au Fonds de zakat depuis le lancement d’une opération pilote en 2016 à destination des familles de réfugiés en Jordanie, au Liban et au Yémen. Dans le premier rapport publié en avril 2019, le HCR indiquait alors qu’entre 2016 et 2018, le fond a permis de verser 14,4 millions de dollars (11,2 millions d’euros) à 6 888 familles. Quelque 5 300 d’entre elles, constituées de réfugiés syriens et irakiens installées en Jordanie, ont bénéficié de 77 % des fonds alors collectés. Selon l'agence, 48 % des réfugiés syriens déclaraient que cette aide avait changé leur vie de manière significative, à l’instar de 58 % des réfugiés irakiens.

En 2019, les dons se sont largement démultipliés puisque le Fonds a reçu plus de 43 millions de dollars (plus de 35 millions d’euros) qui ont été redistribués, selon le rapport annuel publié en avril 2020, à plus de 191 000 familles (près d'un million d'individus) dans huit pays dont le Bangladesh, où près de 584 000 Rohingyas ont été aidés. L’institution avance que la générosité des donateurs lui a permis de couvrir 12 % de ses dépenses globales visant à assurer ses missions de soutien aux réfugiés et aux populations déplacées. Fort de ce succès, le HCR permet depuis août 2019 aux particuliers et aux organisations musulmanes de diriger leurs dons ponctuels non obligatoires (sadaqa) vers son Fonds de zakat.

Une générosité essentielle en croissance continue

Dans un contexte marqué par la crise sanitaire, le HCR s’est employé à venir en aide à près de 1,8 millions de réfugiés grâce aux 55, 2 millions de dollars (plus de 43 millions d’euros) de dons collectés auprès des musulmans : 46 millions de dollars (83 %) ont été perçus grâce à l’aumône obligatoire, 9,2 millions de dollars grâce aux dons spontanés (sadaqa), indique l'Agence onusienne dans son dernier rapport consacré aux opérations menées au cours de l’hiver 2020. Les Yéménites, qui font face à une crise humanitaire catastrophique, ont bénéficié de plus de la moitié des fonds récoltés.

Le HCR ne se contente pas des moyens classiques pour attirer de nouveaux donateurs. A l'occasion du mois de Ramadan 2020, l'organisation internationale s'est unie à TikTok pour lancer la campagne « Chaque cadeau compte », un challenge encourageant les utilisateurs du réseau social à produire des vidéos en intégrant le hashtag #EveryGiftCounts. Une initiative qui entrainé la création de plus de 36 000 vidéos qui ont fait plus de 173 millions de vues. Elle a joué un rôle important dans l’obtention d’un soutien indispensable à 41 000 personnes pendant toute une année.

Sa stratégie porte ses fruits puisque les dons reçus par le fonds ont augmenté de 12,5 % entre 2019 et 2020, ce qui a donné l’occasion au HCR de venir en aide à 59 % de réfugiés supplémentaires. Et la générosité des donateurs n'a pas faibli en 2021. Depuis le début de l'année, le fonds a pu apporter un soutien économique à 2 700 familles grâce à quelque 4 600 dons qui ont généré 2,5 million de dollars (2 millions d'euros). Autant d'argent qui contribue au bon fonctionnement d'une organisation internationale qui œuvre auprès des déracinés depuis 70 ans maintenant.

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