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Points de vue

Ramadan 2013 : en finir avec le ramdam

Par Leïla Belghiti*

Rédigé par Leïla Belghiti | Jeudi 11 Juillet 2013



Ramadan 2013. Voilà que le brouhaha ramadanesque précède une fois de plus les invocations dues à ce mois si sacré. C'est que la lune nous en fait bien voir, à défaut de se laisser bien voir pour ceux qui ne jurent que par leur globe oculaire.

Pour l'heure, la détermination des premier et dernier jours du mois de Ramadan est une épreuve, au sens aussi bien profane que sacré du terme, pour les musulmans et leurs représentants. Un instant de vérité où éclatent au vu et au su de tous les dissensions internes de la communauté.

Pas beau à voir. Cette année, pourtant, on pensait avoir trouvé consensus, la majorité des composantes musulmanes ayant adopté la méthode du calcul astronomique après moult colloques réunissant les plus éminents savants et spécialistes en ce domaine. Des analyses complètes et précises ont été publiées depuis plus d'un an pour préparer les musulmans à cette petite révolution salutaire.

Or voilà. Quelques esprits bienveillants – qui nous rappellent quelque peu les temps obscurs de l'Eglise, réfractaire à tout mouvement en avant – en ont décidé autrement. À la toute dernière minute.

L'effervescence gagne aussitôt les réseaux sociaux et les téléphones. C'est peu dire si ces têtes bien pensantes ont de l'influence. La com', ça, ils maîtrisent, bien que ce soit une bid'a (innovation).

Ainsi, il faut pouvoir voir la lune à l'œil nu comme le faisait le Prophète : l'utilisation de tout autre moyen est une très mauvaise innovation, et ceux qui soutiennent le contraire sont très égarés. Absolument rien, pourtant, dans l'histoire de l'islam, n'en fait une injonction ; nombreuses sont les études, disponibles sur le Web, qui étayent ce point de vue. Car, à suivre cette logique, les musulmans iraient encore puiser l'eau du puits pour leurs ablutions et conduiraient des chameaux. Ce sont ces mêmes esprits bienveillants qui se vantent parfois de l'Âge d'or de l'islam. Pourtant aussi, nous sommes des milliers de musulmans – même en Arabie Saoudite – à suivre le calcul astronomique pour nos prières quotidiennes, depuis des décennies, sans que (plus) personne doute de la conformité avec la charia.

Schizophrénie ? Non, il est certes plus facile de se faire entendre par l'ordre et l'interdit, plutôt que par une intelligence et une facilité inscrites de facto dans la fidélité aux sources.

Oui à la divergence d'opinions, mais sous conditions

La divergence d'opinion est sans nul doute salutaire, lorsqu'elle est initiée dans de bonnes conditions. Elle l'est beaucoup moins lorsqu'elle prend l'allure d'un règlement de compte, qui plus est sur le bon dos des musulmans, qui en portent déjà assez lourd.

Les plus avisés auront vite reconnu l'opportunisme dont a fait preuve une certaine association musulmane de la région parisienne en se calquant sur la position saoudienne, se conférant une autorité religieuse autoproclamée appuyée par un Conseil des imams fantôme. Les SMS feront le reste. Un pied de nez fallacieux au Conseil français du culte musulman (CFCM) et à l'Union des organisation islamiques de France (UOIF), avec qui elle est en conflit depuis plusieurs années. L'opération de décrédibilisation du CFCM continue avec le ralliement, dans la journée du mardi, de la Grande Mosquée de Paris, elle-même membre du CFCM... C'est ainsi que d'incroyables alliances se lient : littéralistes et instances jugées habituellement par ces premiers trop « lights » mènent, main dans la main, l'insurrection !

L'union fait la force, dit le dicton. Pourquoi pas ? L'avenir des musulmans en France ne saurait acquérir la force d'une foi sereine, stable, sociable, épanouie et indépendante par de continuelles querelles de minarets. Une structure existe, avec ses handicaps et ses défis. Aidons-la à se relever et faisons-la ressembler à nos aspirations communes, dans la sincérité des intentions, avec confiance et détermination, avec l'exigence de plus de sérieux, de transparence et de courage. Main dans la main.

Ce début de Ramadan 2013 marquera pour longtemps les esprits. Une formidable leçon à tirer pour les années à venir. L'optimisme est de mise. La preuve par les États-Unis ou le Canada, où la méthode du calcul astronomique ne fait plus débat. En avant !

Quoi qu'il en soit, le Ramadan a été, est et sera. Que les petits musulmans se rassurent : ils pourront toujours piquer les petits pains au chocolat de leurs camarades.

* Leïla Belghiti est journaliste.