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Ramadan

Ramadan 2013 : après le désordre, la communion des musulmans

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 11 Juillet 2013

Entre mardi et mercredi, le cœur des musulmans a vacillé. Retour sur un début de Ramadan plein de rebondissements qui n’a pas fait du bien à l’unité des musulmans de France. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui a maintenu la date de mardi comme premier jour du mois du Ramadan, nous donne ses impressions. Par-delà la polémique, les leçons doivent en être tirées. Les musulmans aspirent désormais à effectuer un mois de jeûne avec sérénité.



Ramadan 2013 : après le désordre, la communion des musulmans
Depuis mercredi 10 juillet, tous les musulmans du monde jeûnent ensemble. Ce ne fut pas le cas mardi en France. Pourtant, la date du début de ce mois de jeûne était actée depuis le 9 mai par le Conseil français du culte musulman (CFCM) : il s'agissait du mardi 9 juillet en se fiant à la méthode astronomique.

Tout a basculé lundi soir avec le soudain communiqué de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93), assistée de plusieurs mosquées de la région parisienne et de province : le croissant lunaire n’ayant pas été visible en France, le début du Ramadan ne pouvait être que mercredi 10 juillet. Une décision qui a été grandement confortée par celles qui furent prises dans la majorité des pays du monde musulman, à commencer par l’Arabie Saoudite.

« Vox populi, vox Dei ! »

Se référant à la traditionnelle constatation visuelle, de très nombreuses mosquées se sont alors alignées à cette décision, qui a semé le doute dans l'esprit des fidèles quant à la fiabilité de la méthode choisie par le CFCM. « Une erreur » pour certains, « une innovation » (bid’a) pour d’autres : le désordre, qui a été amplifié par les réseaux sociaux, a été total.

Alors que Mohammed Moussaoui avait assuré que le CFCM n’allait pas changer d'avis, coup de théâtre : la Grande Mosquée de Paris (GMP) a, en plein milieu de la journée de mardi 9 juillet, décrété que le premier jour du Ramadan sera mercredi 10 juillet. « Vox populi, vox Dei ! Nous avons décidé de nous adapter à ce souhait de la communauté musulmane », s’est alors justifié son recteur, Dalil Boubakeur, à la presse. Ce changement de dernière minute a pris de court les fidèles, à commencer par ceux qui avaient commencé à jeûner. Déjà bien entamée, la crédibilité du CFCM, présidé par la GMP, a été réduite à néant.

L’UOIF, adepte de la méthode astronomique, amère

Dans les rangs de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui faisait partie du CFCM jusqu’en juin, le constat est amer. La fédération qui, depuis des années, militait pour l’adoption en France du calendrier fondé sur le calcul scientifique, est restée ferme sur ses positions et a fustigé le rétropédalage de la Grande Mosquée de Paris, qui a eu pour conséquence de décrédibiliser le travail entrepris depuis des années sur le plan théologique à ce sujet.

Selon les données astronomiques, le croissant de lune n’a en effet pas été visible en France mais uniquement en Amérique du Sud lundi soir au moyen de télescopes. Une donnée scientifique précise connue de longue date, répètent inlassablement les responsables de l’UOIF. Elle avait permis aux fédérations composant le CFCM – y compris la GMP – de fixer la date en avance et en l’occurrence de choisir mardi, partant du principe que le mois lunaire est entamé dès lors que l’astre est visible dans une partie du globe [explications de Mohammed Moussaoui ici]. C’est pourquoi mardi 9 juillet avait été décrété premier jour du Ramadan.

Amar Lasfar, président de l’UOIF, a dénoncé « le double jeu » de la Grande Mosquée de Paris. « Nous avons eu une réunion très formelle (lundi soir, ndlr) avec tous les responsables du CFCM car la décision avait été annoncée le 9 mai. Tout le monde était d’accord et Dalil Boubakeur a envoyé un communiqué solennel au nom du CFCM » pour confirmer le choix du mardi, déclare-t-il. « Aux musulmans, on voulait leur épargner le doute. (…) Le résultat est indigne de responsables de la communauté musulmane. » Interrogé sur un éventuel retour dans le CFCM, il lance sans détour : « Jamais ! L’UOIF n’a pas à contribuer à cette mascarade. »

Un débat nécessaire

« Il y a divergence d’avis mais pas d’erreur », indique Ahmed Jaballah, ancien président de l’UOIF. Il appelle maintenant au calme pour faire régner l’esprit de fraternité pendant le mois du jeûne.

La défiance à l'égard du CFCM est au plus haut. Les virulentes critiques quant à la légitimité du CFCM ont resurgi à nouveau, occultant en partie le débat de fond théologique qui n'a indéniablement pas été suffisamment traité en amont avec l'ensemble des mosquées. La communauté, habituée à ne connaître qu'au dernier moment les dates de début et de fin du Ramadan lors des fameuses nuits du doute, à travers la méthode de l'observation oculaire, n’était pas encore prête à voir ses habitudes changer.

Le respect mutuel prévaut à présent. Reste à voir si le cafouillage se répétera à la fin du Ramadan lors de la détermination du jour de l’Aïd al-Fitr, fixé au jeudi 8 août par les calculs astronomiques. Souhaitons, pour l’unité des musulmans, que cette date restera la même pour tous les musulmans de France.






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