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Points de vue

Quelle politique africaine prochainement, pour la France ?

Par Fériel Berraies Guigny

Rédigé par Fériel Berraies Guigny | Mardi 1 Mai 2007

Aujourd’hui la France, en pleine mutation, doit s’attendre à une réelle remise en question de son vieux discours africain. Face au changement prochain de gouvernement, il n’ y aura plus la même vision africaine. Fini la France Afrique de de Gaulle et prochainement celle de Chirac.. Quelle sera donc la nouvelle politique pour l’Afrique ?



Quelle politique africaine prochainement,  pour la France ?
Aujourd’hui le trio des aspirants à la présidence française, composé de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou présente chacun sa vision de l’Afrique et explique les causes du marasme socioéconomique dans lequel elle est plongée.

Ségolène Royal déclarait à Frangy en Bresse le 23/08/2006 : "L'utopie réalisable du XXIe siècle, c'est que les pays pauvres, notamment l'Afrique, sortent de la misère grâce au co-développement. C'est là que se situe la vraie réponse au problème des migrations... Non seulement l'aide que nous apportons aux pays pauvres est parmi les plus faibles mais elle va à des pays peu démocratiques et la France est qualifiée de particulièrement performante pour la vente d'armes aux dictatures...nous devrons le changer si nous voulons être crédibles."

Nicolas Sarkozy devant le parlement béninois le 1905/2006 déclarait "Seule la démocratie peut répondre aux aspirations des citoyens. Seule la démocratie peut permettre à un pays de se sortir d'une crise interne, aussi grave et longue soit-elle. Quoi qu'on ait pu penser pendant si longtemps, la dictature, ce n'est pas la stabilité. Seule la démocratie peut créer les conditions de la stabilité en profondeur... Je crois indispensable de faire évoluer, au-delà des mots, notre relation. L'immense majorité des Africains n'ont pas connu la période coloniale. 50% des Africains ont moins de 17 ans. Comment peut-on imaginer continuer avec les mêmes réflexes ?"

Dans le même ordre d’idées, François Bayrou affirmait : "L'Afrique devrait être notre tourment. Tant que vous aurez les vingt pays les plus pauvres de la planète maintenus dans leur dénuement, à quelques centaines de kilomètres des dix pays les plus riches de la planète, vous aurez des vagues migratoires. Il n'y a qu'une politique juste et efficace de lutte contre l'immigration que nous devrions imposer à la communauté internationale et à l'Europe : C'est de garantir aux Africains qu'ils peuvent vivre convenablement en Afrique, de leur travail, comme des hommes debout."
Que de belles paroles pour des gens qui, ayant monopolisé le pouvoir au cours des 20 dernières années, n’ont rien fait pour l’Afrique si ce n’est fermé les yeux sur les guerres et génocides, sur le pillage organisé de ses richesses et avalisé dictature et atteintes aux droits de l’homme. Fermé la porte aux migrations et aux accès à la santé, comme cela a été le cas pour le Sida.

La politique sur l’immigration est bien le dossier qui interpelle le plus les consciences actuelles, et ces derniers temps les trois candidats ne s’en cachent pas. Mais il est à prévoir qu’au-delà de tous les discours « humanitaristes », il n’y ait pas de changements en profondeur. Car le pouvoir politique en France, reste tributaire des revendications corporatistes et les multinationales implantées en Afrique et ailleurs qui imposent leur dictat aux politiques français. Les multinationales françaises ont les moyens de déstabiliser n'importe quel régime africain (démocratique ou dictatorial) sans que le Quai d'Orsay n'est rien à redire.

Jean Daniel, dans une interview accordée à l’hebdomadaire tunisien Réalités, ce mois de février, a confié ses déceptions d’homme de gauche en expliquant sa vision de la gouvernance française « En ce moment, il est évident que s’agissant des problèmes locaux, je suis très déçu par le manque de courage des hommes d’Etat à résister contre les revendications corporatives. Il y a une dispersion des énergies, une contradiction des réalisations, une sorte de résignation des responsabilités. Les hommes d’Etat sont figés par l’impuissance devant les forces de revendication, c’est une chose très handicapante pour un pays désireux de faire des réformes. Nous avons des promesses de la part des deux candidats, mais pour quelqu’un comme moi qui est social démocrate et Blairiste, mais Blairiste à condition de récuser la guerre en Irak, on est loin du compte ».

S’il est clair que le prochain Président de la République française devra « faire du ménage » et rompre avec les mauvaises habitudes du passé il n’en reste pas moins que cela devra également marquer le début d’une nouvelle ère. Celle de la fin du clientélisme politique, du népotisme, et du soutien aveugle aux dirigeants locaux, illégitimes et corrompus. Un véritable mini révolution dans les rapports franco africains à envisager, induisant un véritable test de conduite pour celui qui la mènera. Utopie land ou pas, la France doit aujourd’hui redorer un blason quelque peu terni, et faire face à ses promesses. Fini les échanges inégaux, sous couvert de développement durable. Fini l’exploitation abusive des richesses. Fini la politique du bâton et de la carotte. Fini la complaisance par rapport à des régimes dictatoriaux. La Démocratie n’a pas de couleurs et surtout aucun compte bancaire !
Pour François-Xavier Verschave, depuis quarante ans, la politique française en Afrique est la continuation de l'ancienne logique coloniale : une suite d'actes criminels et de profits gigantesques.

Corruption, meurtres, guerres, soutien aux dictatures, détournement de l'aide publique au développement... tous les moyens sont bons pour mettre la main sur les ressources des pays africains.

Dans ce réquisitoire contre la Françafrique, le livre de François-Xavier Verschave, paru en 2000, accusait notamment l'entreprise Elf et les réseaux Foccart, Pasqua ou Mitterand.

Alors comme le disait dernièrement, l’économiste Serge Michailof « A quoi ça sert d’aider le Sud » ? (Editions Economica, 2006) une question qui brûle les lèvres des contribuables du Nord, reflet de la politique gouvernementaliste occidentale actuelle. Même si l’on n’est plus dupe et que l’on a fini par comprendre que les intérêts de l’Occident sont et resteront toujours l’intérêt de l’Occident. Comment s’attendre alors, à ce que cela soit autrement ?
Et si aujourd’hui, on redonne une seconde chance à l’Afrique, sortons des discours angélistes, cela sera uniquement pour la Sécurité du Nord. Dans le contexte de frilosité actuelle, commençons à assurer les arrière de l’Europe, avant celle de l’Afrique.
Alors les théories les plus optimistes, comme celles de Philippe Hugon (Géopolitique de l’Afrique, éditions Armand Colin 2006), aussi nobles puissent elles être, n’auront aucun prise sur la vision réaliste de la relation françafricaine. l’Afrique est un acteur émergent dans les relations internationales, certes, mais à certaines conditions !

Même dans sa chasse aux sorcières afin de contenir l’immigration clandestine, la France ne devra pas ménager ses efforts en vue de permettre un réel développement de l’Afrique. Et pour cela, l’application de la sélection pour l’immigration choisie en France, procédure chère à Sarkozy, ne devra avoir aucune chance de perdurer sous peine d’handicaper irrémédiablement les nations africaines.

Pascal Boniface, dans sa lettre ouverte (Lettre ouverte au futur « e » Président « e » de la République Française, éditions Armand Colin 2006) n’a pas caché que la politique intérieure de la France, est indissociable d’une politique extérieure avisée. Gageons qu’outre la politique arabe, la politique africaine de la France, devra connaître une véritable mini révolution, mais est ce bien raisonnable ?

Pour sortir du statut de subalterne, la relève devra également provenir des Africains du continent et de la Diaspora. L’heure est au Panafricanisme le plus absolu. Le Président Wade en est fermement convaincu, une nouvelle fièvre, un nouvel éveil pourrait peut être nous sortir de cette longue léthargie. L’Afrique devra dans un premier temps, tout faire pour relever le défi de l’ingérence politique et économique. Elle devra se réapproprier son histoire, et peut être même la réinventer. Le roman de Abdourrahman Waberi « Les Etats-Unis d’Afrique, JC Lattés 2006), aussi burlesque soit-il, relève peut être de la science fiction, mais la fiction s’inspire également de réalités.

L’Afrique doit renaître de ses cendres et devenir un véritable acteur de son futur. Il est temps de mettre fin à la victimisation passéiste, il est temps aussi de contribuer à l’indépendance véritable du continent. Il est temps de mettre en place, des consciences avisées, proches du peuple, capables de mettre en place des gouvernances saines et transparentes.

L’Afrique peut alors devenir à son tour un « équilibre » et influer sur le monde. A condition que les dirigeants africains actuels, comprennent le concept de démocratie participative, que le pouvoir et les richesses ne soient plus dilapidées, aux profits d’intérêts individuels. Que l’Afrique revienne au peuple africain et non à ces dirigeants. Et qu’à leur tour, les dirigeants fassent pleinement participer leurs populations à la construction de leur propre histoire.

Dans ce contexte et face aux superpuissances du monde, l’Afrique pourra alors négocier, forte de ses richesses naturelles, unie au prix d’une cohésion sociopolitique durable. Un échange équitable Nord Sud pourrait alors devenir possible, sur des bases égalitaires. L’Afrique ne doit plus servir d’arrière cour pour les profits européens, et encore moins de décharge d’ordures publiques. Une politique des étapes, des changements structurels en profondeur, l’instauration de la liberté et de la démocratie, l’annulation de la dette des pays les plus endettés, le transfert des connaissances et des nouvelles technologies en vue de former un personnel compétent, l’instauration d’une monnaie souveraines sont les pré requis indispensables pour la nouvelle AFrique.

Bibliographie :

Pascal Boniface. Lettre ouverte au futur »e » Président »e » de la République Française. Editions Armand Colin.2007

Philippe Hugon .Géopolitique de l’Afrique. Editions Armand Colin.2006

François xavier Vershave, Françafrique. Le crime continu. Editions Tahin Paris.2000

Serges Michailof .A quoi ça sert d’aider le Sud ? Editions Economica.2006

Abdourahman A Waberi. Aux Etats-Unis d’Afrique. Editions JC Lattés.2006
L'ancien président de la Côte d'Ivoire Félix Houphouët-Boigny inventa l'expression France-Afrique en 1955 pour définir les bonnes relations qu'il voulait établir avec la France. L'expression dérivée « Françafrique » a ensuite été forgée par François-Xavier Verschave. De Gaulle avait également utilisé l’expression France Afrique pour parler des liens étroits qui caractérisait ce pays avec le Continent, suite à la décolonisation.