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Pourquoi l'affaire Shamima Begum, l'ado partisane de Daesh, passionne le Royaume-Uni

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 21 Février 2019



Pourquoi l'affaire Shamima Begum, l'ado partisane de Daesh, passionne le Royaume-Uni
Shamima Begum, une jeune Britannique qui a rejoint les rangs de Daesh après avoir fugué en Syrie en 2015 alors qu’elle n’avait que 15 ans, peut-elle rentrer au Royaume-Uni ? Cette question se situe au cœur des débats outre-Manche où les avis sont divisés.

« Mon message au clair : si vous avez soutenu des organisations terroristes à l’étranger, je n’hésiterai pas à empêcher votre retour. » Ces mots catégoriques du ministre de l’Intérieur, Sajid Javid, témoignent de la position du gouvernement britannique sur l’éventualité du retour de Shamima Begum. « Si vous parvenez à revenir, vous devez vous attendre à être interrogé, à faire l’objet d’une enquête et à être éventuellement poursuivi », a-t-il ajouté.

Signe de sa fermeté, Londres a décidé de déchoir de la citoyenneté britannique la jeune femme, qui se trouve avec son bébé récemment né dans un camp de réfugiés au nord-est de la Syrie avec plusieurs centaines de proches des membres de l’EI.

Lire aussi : Qu’est-ce que les promesses faites aux jeunes par les groupes extrémistes violents nous disent sur notre société ?

Elle veut revenir mais ne regrette rien

Le secrétaire d’État à la Sécurité intérieure, Ben Wallace, a aussi été catégorique sur le non-retour de Shamima Begum. « Les gens qui sont allés là-bas (en Syrie) en amateurs sont maintenant des terroristes professionnels ou des soutiens professionnels du terrorisme », a-t-il assuré le 14 février.

Il faut dire que Shamima Begum n’a pas su déclencher de vagues de sympathie à son égard : elle, qui a quitté le sol britannique à 15 ans avec deux autres adolescentes, a en effet déclaré lors d'une interview ne pas regretter d’avoir rejoint Daesh* mais indique n'avoir commis aucun crime. A son arrivée en Syrie, elle a épousé un combattant de Daesh de nationalité néerlandaise de qui elle a eu trois enfants dont deux ont été décédés à la suite de maladies.

À l’annonce de sa citoyenneté perdue, la jeune mère de 19 ans a réagi en estimant qu’il s’agit d’une décision « injuste » pour elle et son fils. « J’ai entendu dire que d’autres personnes étaient renvoyés en Grande-Bretagne, donc je ne sais pas pourquoi mon cas est différent des autres », s’est-elle exprimée.

Pourquoi l'affaire Shamima Begum, l'ado partisane de Daesh, passionne le Royaume-Uni

Sa famille plaide le retour d'une enfant atteinte du « syndrome de Stockholm »

« L’envie de bannir la femme d’un jihadiste qui n’exprime aucun remord est compréhensible, mais le Royaume-Uni vaut mieux que ça », a écrit Antony Loyd du quotidien Times qui est allé à la rencontre de Shamima Begum. Sa famille appelle à la « compassion » envers une fille qui, à leurs yeux, souffre du « syndrome de Stockholm ».

Tandis qu'un ancien dirigeant du MI6 a affirmé que la jeune femme mérite « une chance » si son pays respecte ses valeurs, l’association Cage a plaidé en faveur du retour de Shamima Begum pour qu'elle puisse « apprendre et connaitre combien l’organisation qu’elle a rejointe a dévié des principes de base de l’islam ».

Lire aussi : L’école de Daesh, bien éloignée des principes de l’islam (2/3)

Les Pays-Bas et le Bangladesh refusent de l'accueillir

Le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB) a également émis un communiqué le 15 février en faveur du retour de cette jeune femme. « Shamima Begum doit être autorisée à rentrer chez elle et à faire face à des poursuites. Elle doit pouvoir faire face à la justice et à la légalité, qualités qui manquaient cruellement à la mort et à la destruction de Daesh », a déclaré l’organisation musulmane. Quant à la décision de l’Intérieur de déchoir cette partisane de Daesh de sa nationalité, le MCB a affirmé que cette décision « amplifie les craintes d’un système de citoyenneté à deux vitesses, crée un précédent dangereux et témoigne d’une abdication de la responsabilité ».

Des experts estiment qu’il va s’avérer difficile, d’un point de vue légal, de lui refuser l’accès au pays, étant donné qu’elle possède un passeport britannique et que celui-ci ne peut lui être retiré qu’en cas de double nationalité – qu’elle n’a pas – ou de condamnation pour crime. Mais le gouvernement britannique refuse de revenir sur sa décision. Seul son fils serait autorisé à venir sur le sol britannique. Les Pays-Bas, de son côté, a fermé la porte à l'accueil de Shamima Begum, tout comme le Bangladesh dont elle est originaire et où elle ne s'est jamais rendue de sa vie.

*Mise à jour lundi 25 février : Alors que la Grande-Bretagne refuse toujours le retour de Shamima Begum, celle-ci s'est décidée à émettre des regrets d'avoir rejoint Daesh, en souhaitant « vouloir inspirer les filles britanniques à ne pas commettre la même erreur » qu'elle.

*Mise à jour mardi 12 mars : L'enfant de Shamima Begum est décédé à l'âgé de trois semaines des suites d’une pneumonie. L’ONG Save The Children a pointé du doigt la part de responsabilité des autorités britanniques dans ce décès, estimant qu'il aurait pu être évité. « Tous les enfants associés à l’EI sont des victimes du conflit et doivent être traités comme telles », estime-t-elle. « La situation périlleuse dans laquelle se trouvent ces enfants souligne la nécessité pour les pays d’origine d’assurer de manière urgente la sécurité de leurs citoyens et de les rapatrier. »

Lire aussi :
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