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Points de vue

Pourquoi je ne soutiens pas Dieudonné

Rédigé par El Ma Abdelhaq | Mardi 16 Mars 2004

PAF !! Voilà ce qu’a reçu l’humoriste Dieudonné en pleine tête. Le Paysage Audiovisuel Français (PAF) n’a pas raté sa cible. Pour avoir joué un mauvais sketch en direct à la télévision en décembre 2003, il s’est vu reprocher un humour douteux. Dieudonné a été alors accablé de la fameuse étiquette d’antisémite même si rien n’est moins sûr puisque le comédien a ouvertement reconnu qu’il n’était pas antisémite. En réalité, l’ostracisme dont il est victime actuellement résulte simplement de sa critique de la politique actuelle du gouvernement israélien.



Je n’ai pas perdu la mémoire

Quelques voix se sont tout de même élevées pour soutenir le pauvre Dieudonné présenté comme une victime innocente. Parmi ces défenseurs du malheureux on trouve de nombreux musulmans. Quoi de plus normal me direz vous !

Le musulman n’est-il pas promoteur de la justice et de l’équité ?  Ou peut-être que, par manque d’informations ou par manque de discernement, certains s’aventurent à penser que « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

Ils en oublient ainsi le discours du vrai-faux innocent Dieudonné sur l’Islam et les musulmans. Car les propos tenus par M. Dieudonné sont non seulement insultants pour les Musulmans eux-mêmes mais s’avèrent dangereux pour l’ensemble des personnes qui considèrent que la liberté de conscience constitue l’une des libertés fondamentales qui prévaut dans ce pays. Je n’ai rien oublié de l’animosité de M. Dieudonné envers ma religion et je ne peux donc pas le soutenir.

Bien avant de devenir le vilain petit canard du show biz national, notre comédien a connu un rayonnant succès avec « Pardon Judas ». Son opportunisme lui avait inspiré le port d’une barbe bien fournie pour donner à ses sketches plus de réalisme. La critique était bonne et élogieuse ; une ovation à la hauteur du talent que M. Dieudonné déployait à parodier de grands personnages religieux comme le Bouddha, le prophète Jésus et, bien entendu, le prophète Mohammad. Peut-être n’ai-je pas encore le sens de l’humour approprié, mais j’avoue que pour moi, la pilule n’est pas passée.

En tant que croyant, il m’est difficile d’accepter que l’on se moque des hommes de Dieu. En tant que musulman, avec le respect que j’éprouve pour sa personne, son œuvre et sa mémoire, j’ai beaucoup de mal à admettre que l’on se moque délibérément du Prophète de l’Islam rien que pour amuser son public. Les thèmes comiques sont nombreux et les comiques le sont tout autant. Pourtant, vous constaterez que tous ne surfent pas sur le thème du sacré. Certains s’y livrent et en tirent de juteux profits. D’autres se le refusent par respect pour les croyants qu’ils pourraient offenser. Et je suis en accord avec ces gens car j’estime que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

Par certains aspects, « Pardon Judas » porte atteinte à l’honneur des musulmans. Ce blasphème n’a été souligné ni par le PAF, ni par les Musulmans eux-mêmes. Et voilà ces mêmes musulmans voler au secours du gentil Dieudonné parce que certains Juifs n’ont pas toléré son outrage à leur mémoire collective. Sommes-nous amnésiques à ce point ?.

Dieudonné soutien Houellebecq contre l’Islam

Je vois d’ici les autoproclamés défenseurs de la liberté d’expression (artistique ?) s’emporter : « Ce n’est que de l’humour », diront-ils ! Mais voilà, les déclarations tenus par Dieudonné en dehors du théâtre sont on ne peut plus inquiétants. Comme pour se défendre face à ses détracteurs qui le taxent d’antisémite, il use de la panoplie des armes à sa disposition parmi lesquelles le dénigrement pur et simple de l’Islam. En effet, qu’est ce qui peut calmer le lobby sioniste si ce n’est une virulente critique de l’Islam ?

Lorsque Michel Houellebecq déclare que « l’Islam est la religion la plus con du monde », Dieudonné répond qu’il est « plutôt d’accord ». Cette seule confidence m’interdit d’apporter un quelconque soutien à M. Dieudonné. Cet extrémiste athée n’hésite pas à ajouter, dans le quotidien Libération (édition du 20 février 2004) : « C'est vrai que le Coran est une trahison du prophète Mahomet. Il serait là aujourd'hui, il ne pourrait pas accepter d'être enfermé dans ce petit bouquin. » Il m’est difficile de penser que quelqu’un comme lui a une réelle sympathie pour l’Islam et les musulmans. Quelle considération avons-nous à ses yeux, nous qui adhérons à « la religion la plus con du monde » ? Je ne peux évidemment pas supporter une personne qui n’accorde aucune valeur pas plus pour ma foi que pour mes coreligionnaires.

La position du comédien sur la question du port des insignes religieux (qui se résume en fait à une loi sur le port du voile islamique) vient conforter mon opinion. Non content de voir l’interdiction des signes religieux dans les écoles publiques, il aurait préféré une loi nettement plus sévère renvoyant la religion à la sphère privée sans aucune place dans l’espace public. Celui-là même qui crie aux loups lorsque sa liberté d’expression est menacée n’hésite pas à bafouer une autre liberté sacrée, la liberté de culte, une liberté inscrite dans la Constitution française et reconnue par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Chacun y voit ce qu’il veut, je n’y vois aucune bonne foi de la part de M. Dieudonné.

Il est maladroit d’opposer esclavage et Shoah

Au-delà de cette « affaire Dieudonné », ce sont les thèses qu’il défend qui apparaissent dangereuses. Stigmatiser le fait religieux et tenter de le cantonner à la sphère privée relève d’une grande intolérance. Cette attitude est un déni de la diversité culturelle au profit de la culture dominante.

C’est le signe d’une profonde méconnaissance, voire d’un mépris des apports des religions dans une société en pleine crise identitaire. Il est plus qu’incertain que gommer toutes nos différences nous permettra de mieux vivre ensemble. C’est au contraire par la richesse de nos expériences les plus diverses et le respect d’autrui que nous pourrons retrouver une certaine cohésion sociale.

Et M. Dieudonné qui est riche de sa double culture camerounaise et française, devrait comprendre le respect du sacré. Qu’il relève de la mémoire collective ou de la croyance personnelle, le sacré mérite d’être respecté dans notre société. Plutôt que d’accepter une telle évidence, M. Dieudonné ne cesse d’opposer une horreur historique, l’esclavage des peuples d’Afrique Noire, à une autre horreur historique, la volonté nazie d’exterminer certains peuples notamment les Juifs. Envers les religions il a voulu semer la graine du ridicule. Je ne vais pas pleurer aujourd’hui parce qu’il a un juste retour de bâton. Quelque part, il y a longtemps qu’il méritait ce juste retour…