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Points de vue

Pourquoi il convient de combattre le Front national

Rédigé par Asif Arif | Mardi 25 Avril 2017



Pourquoi il convient de combattre le Front national
L’élection présidentielle a amené un vent nouveau dans le paysage politique français. Mais elle a également marqué la normalisation du discours du Front national, qui n’a pas suscité autant de désarroi que lors de la présidentielle de 2002. En effet, on peut – ou plutôt on devrait – s’étonner de la montée d’un discours qui vise une politique de repli identitaire, à l’heure d’un monde globalisé.

A l’heure où on devrait favoriser l’unité, la politique du Front national, qui vise à renfermer la France sur elle-même à travers une économie déconnectée du monde, une innovation inexistante et surtout une politique migratoire indécente, apparaît comme bénéfique pour près de 8 millions d’électeurs.

Ces individus ne seront pas inquiétés pour leurs opinions politiques. Il convient certes de les comprendre mais également d’adapter notre politique aux mécontentements croissants des administrés. Au fond, le vote « Front national » demeure, encore aujourd’hui, un vote sanction, visant indéniablement à sanctionner un précédent gouvernement à raison d’une politique qui n’a pas satisfait les électeurs.

Faire porter le fardeau de la crise aux étrangers n’est pas une solution

Quoi qu’il en soit, la solution aux maux du monde ne peut pas porter le nom du Front national. C’est un parti républicain qui pourra sauver la mise en restaurant une démocratie respirable pour tous, et surtout à l’écoute de tous. La France a perdu la faculté de l’écoute et se limite désormais à suivre des programmes bien définis. Or, les Français ne peuvent pas avoir de vision à cinq ans, sauf pour certaines questions. Le monde est en constante mutation et un homme politique ne peut pas non plus avoir une telle vision des choses.

Il faut donc marcher dans une direction : celle qui vise à faire porter le fardeau de la crise aux étrangers n’est pas une solution qui doit attirer des propos laudatifs, bien au contraire. Il s’agit d’une solution irréaliste, qui ne prend pas en compte que l’immigration est une force économique et non un cache-misère de la crise. Il faut également comprendre que nos différences, aussi singulières et particulières soient-elles, doivent être la base de notre union républicaine. Il ne faut pas qu’elles deviennent des éléments sur lesquels il convient de s’appuyer pour nous affaiblir les uns et les autres.

La solution se trouve dans un juste équilibre

Car la crise, ce n’est pas un Français qui la subit. Tous les Français sont concernés. Les entreprises, si elles ne recrutent pas, c’est en effet le travail du futur chef de l'Etat de faire les efforts nécessaires à pousser les capitaux à revenir ici, en France, sans se laisser aller aux intérêts capitalistiques trop importants. En réalité, la solution se trouve dans un juste équilibre. Or, un parti qui attise la haine de l’Autre, qui appelle à une laïcité dont la teneur est totalement modifiée ne peut pas être le président d’une France qui avance vers la promotion de sa diversité et du multiculturalisme.

Il s’agit en effet d’une donnée nécessaire et indispensable. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas voter pour un parti dont le programme va contribuer à notre division et à la perte de la République.

Bien que les choses soient présentées de manière à la renforcer, il s’agit en réalité d’une vision biaisée d’une République qui le sera tout autant. A n’importe quel attentat, il faudra concéder un peu plus de nos libertés individuelles. Pendant cinq années, nous devrons accepter que nous ayons voté pour un parti dont les propos étaient considérés comme « racistes » il fut un temps.

« Racistes », ne l’oublions pas.

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Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, spécialiste de l’islam et de la laïcité. Il est auteur du livre France-Belgique, la diagonale terroriste avec Sébastien Boussois (La Boîte à Pandore, octobre 2016).

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