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Points de vue

Politique : face à la peur, le choix de l’engagement

Par Ammar Rouibah*

Rédigé par Ammar Rouibah | Mardi 9 Mars 2010



Politique : face à la peur, le choix de l’engagement
Les récents débats, autour des minarets en Suisse, de la burqa ou encore de l’identité nationale, ont certainement contribué à alourdir le climat actuel que nous vivons. Au lieu de trouver des solutions à la crise et de répondre aux préoccupations des Françaises et des Français, certains responsables politiques ressortent les thèmes habituels, à savoir : l’immigration, l’insécurité, l’islam…

À l’approche des échéances électorales, il leur faut séduire des électeurs en quête de réassurance quant à leur avenir... Stratégie ancienne, mais toujours efficace : pointer du doigt les populations les plus fragilisées et les présenter comme bouc émissaire, aujourd’hui elles seraient agent d’une dénaturation de l’identité française… Ce qui est injuste et préjudiciable, car la majorité des musulmans, pourtant respectueuse des valeurs de la République, voit son identité de plus en plus dénigrée et humiliée. Les acteurs politiques ne mesurent pas les graves répercussions de ce jeu particulièrement irresponsable…

Je ne suis guère surpris que le débat sur l’identité nationale représente une opportunité pour celles et ceux qui aiment à répandre leurs haines envers tout ce qui est étranger. Or, aujourd’hui, force est de constater que l’étranger stigmatisé, c’est le musulman et ce indépendamment de son origine géographique ou ethnique.

Cependant, je pense qu’il s’agit de distinguer ceux qui sont ignorants, voire manipulés, ceux qui le sont un peu moins et ceux qui sont clairement porteurs d’une idéologie du rejet et de l’exclusion. À mon sens, notre travail de pédagogie doit être orienté vers les deux premières catégories, afin de les rassurer et de leur présenter la complexité des choses, sereinement, et loin des logiques binaires et des schémas simplistes.

Aussi sommes-nous en droit de nous demander quelle est l’attitude à adopter face aux invectives racistes et xénophobes. Est-ce le repli et l’enfermement ou plutôt la participation et l’engagement ? Comme on peut le constater, une bonne partie des musulmans se montre démissionnaire de la chose publique, elle se comporte comme si elle n’était pas concernée. De ce fait, nombre d’entre nous ne réalise pas que le futur est en train se dessiner sans nous. D’où la nécessité d’être plus intelligent et plus lucide dans notre engagement.

Il n’est pas réellement pertinent de s’ériger en victimes, de dresser des constats, de se culpabiliser, de commenter les événements, ou de vivre en marge de la société. Cette posture est un aveu de faiblesse et nous maintient dans notre zone de confort. Notre posture, fondée sur notre spiritualité, doit être l’engagement à travers une participation positive, efficace et responsable. Une présence dans toutes les sphères qui nous concernent en tant que citoyens, un souci du bien commun et d’une société meilleure pour tous, le tout s’inscrivant dans la fierté d’appartenir à la communauté nationale.

La production intellectuelle, le dialogue, les partenariats, créer un climat de confiance dans les villes (cité, quartier, lieu de travail...), pousser à la réussite sociale et encourager la réussite scolaire sont des points qui, à mon humble avis, peuvent dissiper les préjugés et faire tomber beaucoup de barrières entre les Français de confession musulmane et leurs concitoyens.

Certains, par un discours prétendument républicain et laïc, poussent les musulmans à l’enfermement et désirent construire des frontières et des barrières insurmontables. C’est à nous d’avoir l’intelligence de dépasser ces obstacles et de montrer un visage plus rassurant, permettant ainsi de s’intéresser au fond et pas uniquement à la forme, aussi tronquée soit-elle.

Dans ce sens, une pratique religieuse humble, en évitant la provocation et en favorisant l’intérêt de la communauté sur les frustrations personnelles, peut calmer les esprits et orienter l’attention publique vers d’autres sujets de société plus importants, tels que l’amélioration de la situation socio-économique, le bien-être au quotidien et l’aspiration des citoyens à une vie digne et heureuse.

Une pratique islamique minimaliste, c’est-à-dire non envahissante, s’intéressant au fond plutôt qu’à la forme, un engagement citoyen, une logique appelant à faire respecter les droits civiques pour un traitement égalitaire sont pour moi les éléments qui changeront certainement la situation et qui feront que l’avenir des Français de confession musulmane ainsi que de leurs concitoyens sera meilleur. Ce futur doit être préparé aujourd’hui.


* Ammar Rouibah est un acteur associatif.