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SaphirNews.com | Quotidien musulman d’actualité
 


 


Religions

Musulmans de France, à la recherche d’un nouveau souffle, se choisit un nouveau président

Rédigé par | Mercredi 23 Juin 2021 à 11:00

           

Musulmans de France (MF) a élu en juin un nouveau président en la personne de Mohsen Ngazou, succédant ainsi à Amar Lasfar. De grands défis attendent le directeur du collège-lycée marseillais Ibn Khaldoun, qui se voit léguer une institution plus fragile que jamais, avec de grands défis à relever.



Mohsen Ngazou a été élu le 13 juin à la présidence de Musulmans de France, succédant ainsi à Amar Lasfar. © Facebook / Ibn Khaldoun
Mohsen Ngazou a été élu le 13 juin à la présidence de Musulmans de France, succédant ainsi à Amar Lasfar. © Facebook / Ibn Khaldoun
Amar Lasfar n'est plus le président de Musulmans de France (MF). Le Conseil national de l'ex-Union des organisations islamiques de France (UOIF), composée de 32 membres, a élu Mohsen Ngazou pour succéder à l’issue d’une Assemblée générale élective qui s'est tenue samedi 12 et dimanche 13 juin à Paris. Il succède au président de la Ligue islamique du Nord, également recteur de la mosquée Lille-Sud et président du collège-lycée Averroès de Lille, qui est demeuré huit ans à la tête de MF dont le nom a été modifié au cours de son second mandat, marqué par la chute de Tariq Ramadan et la crise de la représentation de l'islam de France.

Un homme discret mais connaisseur de la maison

« Ce n'est pas une responsabilité que j’ai recherché activement », affirme Mohsen Ngazou auprès de Saphirnews. Mais maintenant qu'il est élu pour un mandat de quatre ans, « je ferai le nécessaire pour être à la hauteur de la mission » qu’il entend accomplir « avec cœur, sérénité et dévouement » pour la structure dont il connaît très bien les coulisses tout en étant de ces lieutenants les plus discrets.

Et pour cause, Mohsen Ngazou, 54 ans, né en Tunisie, est membre fondateur du Groupement islamique en France (GIF) en 1979, qui deviendra l’UOIF en 1983. Celui qui a été le premier président de l’Association des musulmans des Alpes-Maritimes (AMAM) à sa création en 1981 – devenu l’Union des musulmans des Alpes-Maritimes (UMAM) en 2011 – est membre du Conseil d’administration de MF depuis 1986, et ce « sans interruption », précise-t-il.

Ces dernières années, il a été vice-président chargé de l’éducation et de la structuration des associations du temps du court mandat de Fouad Alaoui puis vice-président chargé de la réforme sous l’ère Lasfar. Mohsen Ngazou a candidaté pour la présidence de MF en 2017 mais la volonté d’Amar Lasfar de renouveler finalement son mandat a sapé ses chances et celles des autres candidats. Pas cette fois : il a été élu face à trois autres personnes dont Abdallah Ben Mansour et Okacha Ben Ahmed.

Professeur de mathématiques, Mohsen Ngazou, est le directeur du collège-lycée musulman Ibn Khaldoun, à Marseille depuis son ouverture en 2009. L'établissement privé, situé dans les quartiers nord de la cité phocéenne, est sous contrat depuis 2015.

Mohsen Ngazou est également imam à la mosquée Mariam, qui jouxte le collège-lycée. « C’est ça qui fait ma force : je ne veux pas me couper de la base, qui est plus jeune que sénior. C’est dans cette assistance, cet auditoire, que je prends source et des ressources », nous indique-t-il.

Le nouveau président de MF se décrit comme un homme « fédérateur ». « Je ne suis pas clivant mais cela ne veut pas dire que je ne prendrai pas les décisions qui s’imposent quand il le faudra, après avoir écouté le Conseil national », affirme-t-il.

De grands défis pour éviter l’effondrement

Mohsen Ngazou a fort à faire. Il prend la tête d’une institution en perte de vitesse pour le moins qu’on puisse dire, un fait que la crise sanitaire n’a pas créé mais a accentué. « MF paye le prix de ne pas avoir su s’adapter et donner les clés à la jeunesse », signale un observateur auprès de Saphirnews. La facture à payer est lourde.

L’écroulement de Jeunes musulmans de France (JMF) dans les années 2010, et le délitement d’Etudiants musulmans de France (EMF) sur lesquels s’est longtemps reposée l’ex-UOIF ont donné un coup d’arrêt à son dynamisme, longtemps louée parmi les fédérations musulmanes qui pouvaient lui jalouser le Rassemblement annuel des musulmans de France (RAMF). Mais sa fréquentation n’a eu de cesse de baisser ces dernières années, au point de menacer l'édition 2020, au bout du compte officiellement annulée en raison de la Covid-19. Une annulation prolongée en 2021 et qui a porté un sérieux coup au moral et aux finances de MF.

Si le renouvellement générationnel des cadres n’est pas assuré avec une jeunesse née et socialisée en France, ce qui n'est toujours pas engagé pour l'heure, MF court assurément à sa perte, confirment d'anciens cadres ayant pris leurs distances avec la structure.

A l’évocation de ce constat, Mohsen Ngazou admet la réalité. En guise d'explications, voici ce qu'il déclare : « Notre discours, à un moment donné, ne s’est pas réformé, ne s’est pas précisé. Le salafisme nous a tous endormi et la vague d’attentats (à partir des années 2015, ndlr) nous a pris notre énergie. Il fallait éteindre le feu de partout, rassurer les uns et les autres… Tout cela a demandé du travail et on s’est éparpillé. »

Toutefois, « ce n’est pas une fatalité. Dans toute institution, il y a un moment de relâchement. Il faut des hommes et des idées nouvelles pour revivifier l’élan. Je ne me résigne pas et je vais faire en sorte que les choses changent, je pense en être capable », indique l’homme d’un ton assuré.

« Je m'attellerai à reconsolider l'institution pour qu'elle soit unie et forte et fier de ce qu’elle est et ce qu’elle sera », déclare Mohsen Ngazou, qui place parmi ses chantiers prioritaires une réforme interne de sorte à « ressouder les structures et les membres, redéfinir les priorités et les orientations qui ont été floutées par deux années de Covid ». « Nous avons des savoir-faire mais pas des faire-savoir. Je m’attèlerai à la conception de ce faire-savoir et je remettrai la communication, l’information et la transparence au cœur de notre action », ajoute-t-il.

« Amar Lasfar a incarné notre volonté commune »

Mohsen Ngazou n’en oublie pas moins le dossier « islam de France ». MF a entrepris sous l'ère Lasfar un rapprochement stratégique avec la Grande Mosquée de Paris (GMP). Alors que l'organisation souffre d'un déficit d'image de longue date auprès de la classe politique nationale, elle fait partie des signataires de la charte des principes pour l'islam de France avant de rejoindre en mars dernier une nouvelle coordination des organisations musulmanes dissidentes du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Sur ce point, « Amar Lasfar a incarné notre volonté commune. Il a parlé au nom de l’institution et toutes les positions qu’il a prises, les déclarations qu’il a faites, sont en cohérence avec la volonté du Conseil national. J’agirai de même. Les acquis, je ne les dilapiderai jamais mais je les continuerai à ma façon », déclare le nouveau président, qui entend donc rien changer des alliances jusqu’ici construites avec la Grande Mosquée de Paris et le Rassemblement des musulmans de France (RMF). Leurs deux dirigeants, Chems-Eddine Hafiz et Anouar Kbibech, étaient d’ailleurs tous deux présents à l’AG élective de MF et se sont tous deux fendus par la suite d'un message de félicitations.

Mohsen Ngazou saura-t-il redonner un nouveau souffle à l’organisation et relever les challenges qui se présentent à lui ? MF n'ayant jamais véritablement su faire émerger des cadres des deuxième et troisième générations au sein des instances dirigeantes comme en témoigne l'issue des dernières élections, le défi du renouvellement n'est-il pas déjà perdu ? Le nouveau président aura quatre ans pour montrer ce dont il est capable. Il promet autour de lui une équipe plus jeune et plus resserrée – « huit à neuf membres » contre 13 que lui permettent les statuts – « mais plus efficace ». Un nouveau chapitre de sa vie, qui va le conduire à multiplier les allers-retours du sud vers la région parisienne, s’ouvre, mais il ne prévoit, à ce stade, pas de démissionner de son poste de direction à Ibn Khaldoun. Il peut compter sur son directeur adjoint, Younès Yousfi, pour assurer la gestion quotidienne de l’établissement privé.


Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur