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Points de vue

Les mythes de la propagande israélienne – Mythe n° 4 « Gaza n’est plus occupée »

Rédigé par Alain Gabon | Jeudi 14 Août 2014



Les mythes de la propagande israélienne – Mythe n° 4 « Gaza n’est plus occupée »
Parmi la petite dizaine de mythes propagés à longueur de journée par les officiels, lobbys et autres agents propagandistes d’Israël, dont il faut savoir que des milliers sont payés pour saturer nos médias et réseaux sociaux de propagande camouflée, certains sont structurels (« Israël, État démocratique et libéral »), d’autres constituent des mythes des origines (« La Palestine, terre sans peuple pour un peuple sans terre »), d’autres encore sont plus conjoncturels.

Un point commun : ils sont tous archifaux, ce que nous démontrons ici.
Mais, pris tous ensemble, ils constituent, pour ainsi dire, le répertoire du parfait petit sioniste, une boîte à outils rhétorique dans laquelle il n’a qu’à puiser pour commencer à réciter mécaniquement, telles des paroles d’Évangile, ces « éléments de langage » sauce Likoud.

La fallacie selon laquelle Israël se serait « retiré » de Gaza en 2005 et que ce territoire palestinien ne serait donc « plus sous occupation » entre dans la dernière catégorie.

Mythe n° 4 : « Gaza n’est plus occupée »

Lors de débats où Israël se trouve en position d’accusé, cet argument répond à un impératif tactique visant un triple objectif : assurer la défense d’Israël ; rejeter les responsabilités du conflit sur l’adversaire (ici le Hamas) ; et suggérer que l’occupation illégale de l’État palestinien n’est pas la source du problème. En effet, suggère-t-on, si les tirs de roquettes se poursuivent à Gaza, même après le « retrait » de tous les soldats et colons israéliens en 2005, cela veut dire que c’est bien les Palestiniens qui en portent la faute puisque prétendument ils ne seraient plus sous occupation.

Digression importante : il faut maintenant parler d’« État palestinien » et plus seulement de « territoires », vu que suite à la récente résolution de l’ONU du jeudi 29 novembre 2012, la Palestine a bel et bien acquis le statut d’« État observateur non membre », le même que celui du Vatican. Ce n’est donc plus simplement des « territoires » qui sont sous occupation israélienne, mais un autre État des Nations unies, et il serait temps d’en prendre concrètement acte.

Tout comme pour les autres mythes, avec ce slogan du « Gaza n’est plus occupé », nous avons affaire à un gros mensonge bien gras.

D’abord, sans s’en rendre compte tant ils sont peu intelligents, chaque fois qu’un sioniste invoque le fait qu’Israël se serait « retiré » de Gaza, même si cela était vrai, il ne ferait que souligner le fait que cet État ne s’est pas encore retiré des autres colonies (Cisjordanie, Jérusalem-Est, etc.) et que la colonisation continue ailleurs. Un lapsus freudien, en somme.

Mais, surtout, il est suprêmement et factuellement faux d’affirmer qu’Israël n’occupe plus Gaza.
Bien sûr, non seulement l’occupation de Gaza et de sa population n’a jamais cessé, mais elle s’est même dramatiquement durcie depuis 2005, sur un mode nouveau, encore plus brutal, plus cruel et plus inhumain.

Ainsi, c’est Israël qui contrôle :

a. les frontières de Gaza, à l’exception de 14 kilomètres contrôlés par l’Égypte, qui les a, d’ailleurs, totalement fermés depuis la prise de pouvoir du despote Sissi, allié d’Israël. (Depuis le coup d’État militaire en Égypte le 3 juillet 2013, Gaza est ainsi totalement scellée, sans ouverture sur le monde puisque le régime de Sissi − en cela un agent israélien et traître suprême à la cause palestinienne − a également démoli les tunnels de contrebande qui reliaient Gaza à l’Égypte.)

b. l’espace aérien de Gaza dans sa totalité ;

c. les eaux territoriales de Gaza, au point que la marine israélienne empêche même les pêcheurs gazaouis d’aller pêcher au-delà de 2 miles, un peu plus de 3 kilomètres, à savoir une misère. Une des revendications du Hamas est d’ailleurs qu’Israël leur permette d’aller pêcher 2 ou 3 kilomètres plus loin. (On mesure ici la modération de ces revendications on ne peut plus raisonnables, et pourtant, même cela, Israël l’a refusé.)

À moins de prétendre qu’un État dont les frontières, l’espace et les eaux maritimes sont entièrement sous le contrôle militaire d’une puissance étrangère ne serait pas sous occupation, ces simples faits suffisent déjà à démolir le mensonge cousu de fil blanc du « retrait israélien de Gaza ».

Rappelons également que c’est Israël − pas le Hamas ni l’Autorité palestinienne − qui décide également non pas seulement qui entre à Gaza (on l’a revérifié pour les flottilles de Gaza, quand Israël lança un commando sur le bateau turc Mavi Marmara et tua 9 passagers), mais aussi qui en sort.

Là encore, un État dont les entrées et sorties de territoire, y compris de ses propres citoyens, sont entièrement contrôlées et décidées par un autre État, et ce par la force militaire, ne serait plus sous occupation ?
De plus, en sus des personnes, du fait du blocus, c’est également Israël qui contrôle entièrement les entrées et sorties des biens et marchandises, flux et transactions monétaires y compris, ce qui lui permet de bloquer régulièrement le paiement des fonctionnaires palestiniens ou l’argent de la vente à l’étranger de produits palestiniens.

Nourriture, médicaments, matériel de construction, livres, jouets, etc., c’est Israël qui décide ce qui rentre à Gaza, ce qui en sort, et en quelle quantité. Ce qui lui permet aussi de punir à souhait la population entière de Gaza comme bon lui semble, par une politique avérée de punitions collectives.
Dernier et ultime exemple : Gaza ne contrôle même pas son approvisionnement en eau, l’eau étant bien évidemment l’élément essentiel de toute vie humaine encore plus que la nourriture. Là encore, du fait du blocus et de l’accaparement massif des ressources aquifères de la région, c’est l’occupant israélien qui décide de la chose à son bon (ou plus exactement mauvais) gré.

Cela semble difficilement concevable, et imagine-t-on les Français, les Américains ou n’importe quel autre peuple accepter que l’approvisionnement en eau de leur population tout entière soit sous contrôle d’une puissance étrangère, qui plus est hostile ? Mais il en est bel et bien ainsi : c’est Israël qui décide aussi combien d’eau les Gazaouis peuvent boire.

Ainsi, en octobre 2009, Amnesty International révéla dans un rapport terrible, chiffres, preuves et documentation à l’appui, comment Israël rationne délibérément l’accès à l’eau de la population de Gaza, hommes femmes et enfants, en les assoiffant consciemment, en limitant leur approvisionnement en eau en dessous de ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère comme le seuil minimal en deçà duquel une vie humaine en bonne santé n’est plus possible. Une forme de torture lente et prolongée par l’assoiffement d’une population entière, digne du IIIe Reich. Une monstruosité.

Ce n’était pas la première fois que se voyait confirmée l’idée qu’Israël n’hésite pas à utiliser l’eau et la nourriture comme des armes de guerre pour contrôler et punir collectivement les Palestiniens par l’arme alimentaire, mais le rapport est accablant quant à la barbarie de cet État-voyou et sa cynique politique de l’eau, pur sadisme gratuit. On lira ici en intégralité ce rapport important mais méconnu.

La comparaison a souvent été faite et elle est strictement exacte : non seulement les Palestiniens restent sous l’occupation militaire d’une puissance étrangère hostile (et si souvent barbare comme on vient encore de le constater ces dernières semaines), mais, depuis 2005, le départ des colons et la mise en place de son blocus inhumain, Israël en a fait une prison à ciel ouvert. En somme, l’occupation de Gaza est bien pire qu’elle ne l’a jamais été, au point qu’elle est devenue une sorte de ghetto de Varsovie privé pour Israël.

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Alain Gabon, professeur des universités aux États-Unis, dirige le programme de français à Virginia Wesleyan College (université affiliée à l’Église méthodiste de John Wesley), où il est maître de conférences. Il est l’auteur de nombreuses présentations et articles sur la France contemporaine et la culture française.