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Israël, l'esthétique de la violencePar Amara BambaRédigé par Amara Bamba | Jeudi 3 Juin 2010
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Face aux humanitaires anti-blocus, Israël a fait son choix. Au petit matin, il a lâché ses soldats sur la Flottille de la liberté. Comme ils avaient leurs armes au poing, les jeunes gens ont fait feu. Question de tuer quelques rêveurs pour terroriser les autres, qu'ils ont ensuite capturés. Mission accomplie. Oui, c'est barbare ; oui, c'est cynique ; mais c'est la méthode israélienne. Qui fait mieux ?
« Soldat », sculpture de José Delpé (détail : casque de métal, lunettes noires, crâne de cheval).
Depuis plus de cinquante ans, la violence armée est une discipline artistique pour les dirigeants israéliens. C'est une violence brute, une esthétique amorale qu'un esprit sain ne peut tolérer quand il lui reste une once d'humanité.
« Je pense qu'il y a, en Israël, des gens qui gagnent leur vie à inventer de nouvelles manières de nous tuer », me confiait un ingénieur palestinien. Naturellement, je n'y ai pas cru. Car je sais qu'en Israël comme ailleurs il y a les dirigeants et il y a le peuple. Mais le peuple d'Israël n'a pas eu le courage de la paix d'Oslo en 1993. Parce qu'il perdait des privilèges mal acquis, il a trouvé la paix d'Oslo injuste. On a assassiné Yitshak Rabin pour donner le pouvoir à ceux qui hurlaient le plus plus fort à la guerre, au sang et à la colonisation. Depuis la deuxième Intifada, Israël agit à découvert. Ariel Sharon, va-t-en guerre notoire, a ouvert une ère nouvelle de l'esthétique de la violence d'État. Depuis, le monde voit Israël comme un pays voyou, qui veut déshumaniser le Palestinien comme les nazis ont tenté de déshumaniser le Juif. Mais il faut savoir qu'il fut un temps où Israël était le symbole du progrès de notre humanité. Pour nous, les colonisés, victimes de l'impérialisme occidental, la seule évocation du nom d'Israël suffisait à faire rêver : des rescapés de la sauvagerie nazie, soutenus par les Nations unies pour bâtir un havre de paix où aucun Juif ne serait plus jamais maltraité. Combien sommes-nous à avoir grandi dans ce beau mythe ? Pour ma part, le mythe d'Israël est mort à Sabra et Chatila. Son cadavre est resté dans mon cœur jusqu'à la première Intifada. Je m'en suis enfin débarrassé, à un checkpoint, lors de mon premier séjour en Palestine. Mais les mythes ont la peau dure. Un Israël fantasmé survit dans les propos de bien de gens que je respecte. Parfois, le fantasme s'accouple avec un sentiment de culpabilité pour accoucher d'une complaisance déraisonnable, une permissivité absurde envers les dirigeants israéliens. J'ai la conviction que le pouvoir israélien a perdu le sens des limites. Comme un sale gosse, il n'a plus la conscience de la violence de ses actes. Il peut décider d'assassiner tout Palestinien qui le dérange, y compris un vieil homme tétraplégique dans son fauteuil roulant. Pour choquer la morale et le sens de la dignité humaine, les parrains de la mafia ne font pas mieux. Après leur attentat contre Free Gaza, les jeunes soldats d'Israël sont rentrés à la maison. Mission accomplie. Celui qui a tué peut ajouter des raies sur la cross de son fusil. Autant de vies enlevées, autant de raies sur la cross. Juste pour rigoler : un truc de jeunes à peine sortis de l'adolescence. Ailleurs, le monde s'agite en manifestations et protestations diverses, comme d'habitude. Les condamnations fusent en hauts lieux, comme d'habitude. En France, M. Prasquier, à la tête du CRIF, soutient Israël, comme d'habitude... Et à l'ONU, l'on se réunit pour sermonner très sévèrement le méchant garçon : « Attention, toi, Israël, c'est pas bien de tuer des gens… On n'est pas content du tout. Méfie-toi, si tu recommences tu vas voir… » Et voilà ! Comme d'habitude. Mais Israël recommencera, comme d'habitude. Car, en vérité, « Israël a le droit de se défendre »
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