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Monde

La Flotille pour Gaza : raid meurtrier de l'armée israélienne

Rédigé par Leïla Belghiti | Lundi 31 Mai 2010

Plus de dix morts. La Flotille internationale en route vers Gaza a été prise d'assaut lundi matin par un raid meurtrier de l'armée israélienne. La flotille tentait d'acheminer de l'aide humanitaire à destination de la bande de Gaza, en brisant l'embargo imposé à la bande depuis 2007.



Des soldats israéliens prennent d'assaut un des bateaux de la Flotille internatiionale pour la liberté. (copie d'écran d'Euronews)
Des soldats israéliens prennent d'assaut un des bateaux de la Flotille internatiionale pour la liberté. (copie d'écran d'Euronews)
La nouvelle est tombée comme une massue dans les rangs des militants et des politiques, surpris qu'Israël s'attaque en toute impunité à une flotille internationale. Un affront de plus, dont l'État hébreu devra en assumer les conséquences.

Les six bateaux de la Flotille pour la liberté, qui avaient largué les amarres dimanche soir de Chypre en partance pour Gaza, transportaient 10 000 tonnes d'aide humanitaire pour les 1,5 million de Gazaouis vivant sous embargo israélien. À leur bord près d'un millier de passagers. Les bateaux ont été dirigés lundi matin sous contrôle militaire vers un port israélien.

Plus d'une dizaine de morts − le chiffre de 16 morts est avancé par certaines ONG − et un nombre encore indéterminé de blessés ont dû subir les armes du commando héliporté israélien dans les eaux internationales. « Des commandos de la marine ont pris le contrôle des six bateaux qui tentaient de violer l'embargo naval (...). Lors de l'arraisonnement, les soldats ont été confrontés à des violences physiques graves de la part des manifestants, qui les ont attaqués à coups de feu », commente un communiqué militaire. Une version qu'ont du mal à croire les ONG.

« Comment l'armée israélienne peut-elle attaquer des civils de la sorte ? », dénonce Greta Berlin, une des porte-parole du mouvement Gaza libre à l'origine du convoi. « Pensent-ils, parce qu'ils peuvent attaquer des Palestiniens sans discernement qu'ils peuvent attaquer qui ils veulent ? », s'insurge-t-elle.

Les vidéos explicites de l'assaut ont été retirées d'Internet. Tahar, un militant pro-palestinien resté en France, a suivi les événements en direct de la flotte : « J'étais en direct quand l'assaut a été donné ; j'ai vu les hélicos, les soldats qui donnaient des coups de crosse sur les gens », témoigne-t-il, choqué.

« Attaque barbare »

Cette effusion de sang a aussitôt fait réagir la Turquie, d'où provenaient trois bateaux, qui a qualifié l'opération israélienne d'« inacceptable » et prévenu Israël de sanctions diplomatiques : «Cet incident déplorable, qui a eu lieu en pleine mer et constitue une violation claire de la loi internationale, peut entraîner des conséquences irréparables sur nos relations bilatérales», avertit le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, qui a convoqué l'ambassadeur israélien à Ankara dans ses bureaux. Des centaines de manifestants ont commencé à défiler dans les rues de la capitale.

Les autorités palestiniennes ont, elles, décrété trois jours de deuil. « Nous considérons qu'il s'agit d'un massacre que nous condamnons » et « nous prendrons des décisions difficiles ce soir », a affirmé l'ex-président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

« Nous appelons tous les Arabes et les musulmans à se soulever devant les ambassades sionistes dans le monde entier », a déclaré, de son côté, un porte-parole du Hamas à Gaza, Sami Abou Zouhri, qualifiant d'« attaque barbare » l'assaut israélien.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a décrété une réunion extraordinaire pour mardi afin de décider des mesures à prendre à l'encontre d'Israël après son raid sanglant sur la Flotille de la liberté, qui constitue « un nouveau message, un message très fort d'Israël signifiant qu'il ne veut pas la paix », a déclaré Amr Moussa.

L'UMP parle de provocations

L'Union européenne a demandé une « enquête complète » des autorités israéliennes (sic) sur les circonstances de leur raid.

Les premières réactions commencent timidement à se faire entendre, en France. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP déclare sur LCI : « À partir du moment où il y a des morts, on ne peut que le regretter, et puis il y a peut-être une surréaction d'Israël », critiquant « ceux qui se disent les amis des Palestiniens », dénonçant de leur part « des provocations qui, en réalité, ont comme conséquence de durcir » les relations entre Israéliens et Palestiniens « à un moment où chacun veut la paix ». « Ce n'est pas nécessairement très sage », a dit le porte-parole de l'UMP.

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, s'est dit dans un communiqué « profondément choqué » par l'assaut israélien, estimant que « rien ne saurait justifier l'emploi d'une telle violence ».

La France compte sept passagers de nationalité française à bord de la flotille, parmi eux six humanitaires du CBSP (Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens). « Nous n'avons aucune nouvelles d'eux, tous leurs moyens de communication ont sans doute été confisqués », déclare la secrétaire du bureau de l'ONG, croulant sous les appels téléphoniques.

L'association solidaire des Palestiniens Europalestine appelle la population à converger dès 16 heures, ce lundi, vers l’ambassade de l’État israélien à Paris. Des centaines de personnes sont attendues ce soir à Lille comme dans une dizaine de villes françaises, où des appels à manifester circulent.






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