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Monde

Flottille pour Gaza : l'ONU attend d'Israël une enquête « impartiale »

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 2 Juin 2010

Sous la pression internationale, Israël commence à expulser les 682 militants pacifistes de la Flottille de la liberté pour Gaza. Au lendemain de l'assaut meurtrier sur la Flottille, deux nouveaux bateaux ont pris la mer, mardi, profitant de la crise israélienne pour tenter, à leur tour, de briser le blocus. L'ONU dit attendre d'Israël une enquête « impartiale ».



Evacuation des blessés (une trentaine), après l'assaut donné par les forces israéliennes sur les bateaux de la Flottille de la liberté.
Evacuation des blessés (une trentaine), après l'assaut donné par les forces israéliennes sur les bateaux de la Flottille de la liberté.
Sur les 682 personnes de 43 pays se trouvant à bord de la Flottille arraisonnée par la marine militaire le port israélien d'Ashdod, 48 avaient accepté d'être expulsées après avoir dû signer un document attestant reconnaître avoir voulu entrer illégalement dans le  « territoire ». Sous la pression internationale, les résistants, après avoir séjourné mardi dans la prison de Beersheva (sud d'Israël), commencent à être libérés ou « expulsés », selon les termes employés par les autorités israéliennes.

« Aujourd'hui, la France exige la libération immédiate des neuf ressortissants français qui étaient à bord des bateaux arraisonnés qui sont encore détenus en Israël. La France exige la libération immédiate des bateaux et de l'ensemble des civils qui se trouvaient à bord », avait lancé le Premier ministre François Fillon. De même, les pays des six Italiens, deux Néerlandais, sept Irlandais, de plus de trois cents Turcs détenus réclamaient leur libération immédiate.

Youssef Benderbal, un Français membre du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP qui avait participé à la Flottille, a été expulsé mardi par les autorités israéliennes.

Assailli par les journalistes à son arrivée à l'aéroport de Roissy, le responsable communication du CBSP raconte : « Il n'y a eu aucune provocation des pacifistes. Des commandos cagoulés ont pris possession du navire. Ils visaient la cabine du capitaine ». « Les consignes étaient très claires. Ne pas provoquer, rester calmes et aller à leur rencontre en disant :"We are pacifists and not terrorists" ("Nous sommes pacifistes, pas terroristes"). Maintenant si apporter de l'aide, c'est une provocation, je me demande dans quel monde on vit », a-t-il notamment ajouté, contredisant la version israélienne, qui affirme que les commandos ont été pris pour cible.

Lors de la conférence de presse donnée au siège du CBSP ce mardi 1er juin, Youssef Benderbal rappelait que la mission de la Flottille « n’était pas de faire de la provocation, nous avons voulu apporter un message de soutien, de paix et de solidarité à une population assiégée, affamée et traumatisée. » Il affirme que « la brutalité se trouvait plus du côté des soldats », racontant ce qu'il a vu : « Ils ont mis un fusil sous le cou de mon ami et lui ont carrément mis un coup. C’est une violence inacceptable, c’est un pacifiste, il n’était pas armé ». « Les soldats isréaliens ont pris d’assaut les bateaux dans les eaux internationales », insiste-t-il, précisant « du coup, on n’avait aucune autorisation à demander à tel ou tel pays ».
« J’ai été choqué d’avoir été traité comme quelqu’un ayant quelque chose de grave à se reprocher. Or, dans mon cas, c’était de l’humanitaire. »

Censure militaire

Ses camarades français, au nombre de sept, n'ont encore donné aucune nouvelle. La Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP) en a identifié six ; l'un deux Thomas Sommer Houdeville, 32 ans, salarié d'une ONG, ne l'a toujours pas été. Sa mère, qui réside à Toulouse, est inquiète : « Tout ce que je veux, c'est qu'il rentre à la maison (...) Mon fils n'est pas un terroriste, il est parti avec d'autres civils apporter du matériel médical et des matériaux de construction pour un hôpital », a-t-elle déclaré au quotidien La Dépêche du Midi.

Plusieurs dizaines de militants, parmi eux des Français et des Grecs ont pu quitter le pays mercredi matin, ainsi que 300 ressortissants turcs et quelque 120 ressortissants de pays arabes. Et tous les autres sont restés dans la prison de Beersheva (sud d'Israël) , le temps que les juges de l'immigration prennent en charge leurs dossiers. Selon la radio militaire israélienne, les dernières expulsions auront lieu jeudi.

« Nous exprimons notre vive inquiétude quant au sort des personnes détenues en Israël, alors et surtout que les autorités israéliennes viennent de soumettre à la censure militaire toutes les informations sur ces événements », déclarent dans un communiqué commun d'une vingtaine d'organisations, parmi elles la LDH, CGT et la FSU.

Assassinats ciblés ?

Selon la chaîne Al-Manar, parmi la cinquantaine de blessés figure le dirigeant célèbre du Mouvement islamique dans les territoires de 1948, Cheikh Raed Salah.
« Il se trouve dans une situation critique, et toutes les informations concernant sa situation sont monopolisées par les autorités de l'occupation israéliennes.
Selon notre correspondant à Ramallah, l'annonce de son martyre pourrait provoquer une troisième Intifada », précise la chaîne.

Une information circule selon laquelle, photos à l'appui, les soldats israéliens portaient sur eux une liste de personnes ciblées à assassiner, parmi elles des personnalités politiques.

L'ONU réclame une enquête « impartiale », et non « indépendante »

Réuni en Conseil extraordinaire, le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé mardi une enquête sur l'attaque qui a coûté la vie à plus de dix civils et appelé à la libération immédiate des six navires ainsi que des civils détenus.

Alors que la Turquie réclamait avec force une enquête « indépendante », et ainsi nommée dans la résolution, les États-Unis ont bataillé pour que l'appel ne soit pas porté en ces termes, mais plutôt en « une enquête impartiale, crédible et transparente, conforme aux critères internationaux », jugeant qu'Israël était à même de mener lui-même une enquête. Le texte fut ainsi adopté.

L'Égypte a, quant à elle, sous la pression populaire, ouvert pour quelque temps le point de passage de Rafah (à la frontière de Gaza) – le seul non soumis au contrôle (direct) israélien – pour acheminer de l'aide humanitaire, laissant également passer des centaines de Gazaouis fuyant le blocus.

Deux nouveaux navires en partance pour Gaza

Greta Berlin, responsable du mouvement Free Gaza, initiateur de la Flottille, a annoncé qu'un navire avait quitté les côtes italiennes pour Gaza et qu'un autre le rejoindrait prochainement.

Leur arrivée serait prévue pour la fin de la semaine ou en début de semaine prochaine. « Nous pensons qu'Israël trouvera un peu de sens commun », a déclaré Greta Berlin. « Ils vont devoir arrêter le blocus de Gaza. Et l'une des façons d'y parvenir et que nous continuions à envoyer des bateaux. »

« Il n'y a pas de changement de politique », a averti le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Yigal Palmor. Par ailleurs, le premier ministre israélien M.Netanyahou a averti que son pays continuera à maintenir le blocus maritime.

Les instances religieuses expriment leur indignation

« Le Conseil français du culte musulman s'associe aux condamnations unanimes exprimées face à cette attaque dont ont été victimes des femmes et des hommes épris de paix et de justice, qui n'avaient d'autre objectif que de soulager une population assiégée et meurtrie », déplore le CFCM dans un communiqué.

« La situation est suivie au Vatican avec beaucoup d'attention et de préoccupation », a déclaré le porte-parole du Vatican, père Federico Lombardi.

« Le besoin de sécurité du peuple israélien est légitime mais il est impossible de penser pouvoir régler un problème politique et assurer une sécurité en prenant en otage tout un peuple » déclarent dans un communiqué les associations Justice et Paix-France, la Mission de France, Pax Christi-France, Chrétiens de la Méditerranée et le Secours catholique.

À Strasbourg, les musulmans se préparent à rejoindre à pied le Conseil de l’Europe et à remettre une déclaration commune à son Secrétaire général, appelant à la levée immédiate du blocus.

Des rassemblements sont annoncés partout en France et en Europe pour ce week-end, après le succès des manifestations de ce lundi.







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