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Livres

Le nettoyage ethnique de la Palestine, d'Ilan Pappe

Reçu à Saphirnews

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 6 Août 2014



Présentation de l'éditeur

A la fin de 1947, la Palestine compte près de 2 millions d’habitants : un tiers de Juifs, deux tiers d’Arabes. La résolution 181 des Nations unies décide sa partition en deux Etats : l’un doit être presque exclusivement peuplé d’Arabes ; dans l’autre, les Juifs seraient légèrement majoritaires.

Un an plus tard, c’est un Etat à très forte majorité juive, Israël, qui occupe 78 % de la Palestine. Plus de 500 villages ont été rasés, de nombreuses villes ont presque entièrement perdu leur population arabe. Et 800 000 Arabes palestiniens originaires des territoires qui font désormais partie d’Israël peuplent des camps de réfugiés hors de ses frontières.

Le nettoyage ethnique de la Palestine, d'Ilan Pappe
A en croire l’historiographie israélienne traditionnelle, cette situation serait la résultante imprévisible, involontaire, des aléas d’un conflit armé : la « première guerre israélo-arabe ». Mais Ilan Pappe en donne ici une explication bien différente. A l’aide de documents d’archives, de journaux personnels, de témoignages directs, il reconstitue en détail ce qui s’est vraiment passé à la fin de 1947 et en 1948, ville par ville, village par village. Apparaît alors une entreprise délibérée, systématique, d’expulsion et de destruction : un « nettoyage ethnique » de la Palestine.

En quelques mois, forts de leur supériorité militaire, de leur accord secret avec le roi de Jordanie, de la passivité complice des soldats britanniques et de l’impéritie de l’ONU, les dirigeants du mouvement sioniste ont organisé le « transfert », par la violence et l’intimidation, d’une population arabe plutôt pacifique, sans défense, abandonnée de tous.

A la veille du soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, ce livre passionnant vient rappeler que la résolution du problème des réfugiés doit être la pierre angulaire de toute tentative de paix dans la région.

L'auteur

Ilan Pappe est l’un des « nouveaux historiens » israéliens, connu pour sa critique des politiques d’Israël à l’égard des Palestiniens. Parmi ses ouvrages traduits en français : La Guerre de 1948 en Palestine. Aux origines du conflit israélo-arabe (La Fabrique, 2000), et Une terre pour deux peuples. Histoire de la Palestine moderne (Fayard, 2004).

Extrait

[p. 323] Le projet sioniste a toujours eu pour objectif de construire puis de défendre une forteresse « blanche » (occidentale) dans un monde « noir » (arabe). Au cœur du refus de reconnaître aux Palestiniens le droit au retour, il y a la crainte de voir les Juifs israéliens, au bout du compte, devenir moins nombreux que les Arabes. La perspective d'une telle situation – leur forteresse pourrait être alors menacée – éveille chez les Israéliens des sentiments si puissants qu'ils ne semblent plus se soucier que leurs actes soient condamnés par le monde entier.

Le principe du maintien à tout prix d'une majorité juive écrasante l'emporte sur toute autre considération politique et même civique, et la propension religieuse des juifs à rechercher l'expiation a été remplacée par le mépris arrogant de l'opinion publique et mondiale et par le ton de supériorité morale sur lequel Israël rejette quotidiennement les critiques.

Cette position n'est pas très différente de celle des Croisés médiévaux : leur royaume latin de Jérusalem est resté pendant près d'un siècle une île solitaire et fortifiée, puisque prisonniers de leur réalité déformée, ils comptaient sur les épais remparts de leurs châteaux forts imprenables pour les protéger de l'intégration dans leur environnement musulman.

Nous avons un exemple plus récent de ce type de mentalité d'assiégé chez les colons blancs d'Afrique du Sud à l'apogée de l'apartheid. L'aspiration des Boers à maintenir une enclave blanche racialement pure, comme celle des Croisés en Palestine, n'a tenu qu'un bref moment historique avant de s'effondrer aussi.

Ilan Pappe, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, trad. de l’anglais par Paul Chemla, Éd. Fayard, 2008, 396 p., 22.30 €.





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