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Politique

La dissolution du mouvement antifasciste La Jeune Garde confirmée par le Conseil d'État

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 30 Avril 2026

           

La dissolution du groupuscule antifasciste La Jeune Garde, voulue par le gouvernement bien avant les affrontements ayant conduit à la mort d'un militant d'extrême droite en février dernier, a été confirmé en cette fin du mois d'avril.



La plus haute juridiction administrative française a tranché. Ce jeudi 30 avril, le Conseil d'État a rejeté le recours formé par La Jeune Garde contre le décret prononçant sa dissolution, l'instance judiciaire estimant que la mesure prise par le gouvernement était « adaptée, nécessaire et proportionnée à la gravité des atteintes portées à l'ordre public ». Une décision lourde de sens qui intervient dans un climat politique encore marqué par la mort, en février dernier à Lyon, du militant identitaire Quentin Deranque.

Une dissolution prononcée en juin 2025, longtemps contestée

Le mouvement lyonnais, fondé en 2018 par le futur député insoumis Raphaël Arnault, avait été dissous par décret en conseil des ministres le 12 juin 2025. À l'époque, la décision avait été portée par Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, qui reprochait au groupement d'organiser, sous couvert d'autodéfense, des affrontements violents avec des groupes d'ultra-droite.

Saisi par les responsables de la Jeune Garde, soutenus par la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et le Gisti, le Conseil d'État devait dire si cette mesure portait une atteinte disproportionnée à la liberté d'association, principe fondamental reconnu par les lois de la République. Les juges du Palais Royal ont répondu par la négative. Ils relèvent notamment que « La Jeune Garde a mené et incité à commettre des agissements violents de confrontation et d’exclusion physique de l’espace public, tant par le comportement de ses membres que par ses soutiens à certains comptes sur les réseaux sociaux et son absence de réaction à leurs contenus ».

« Les provocations de La Jeune Garde étaient régulièrement suivies d’effets », indique également le Conseil d’Etat, estimant que « si le groupement contestait certains des faits qui lui étaient reprochés, ses membres prenaient souvent l’initiative de l’utilisation de la violence dans l’espace public, sans que le groupement ait condamné de telles actions ».

L'ombre portée de l'affaire Deranque

Si la décision du Conseil d'État est juridiquement indépendante des faits survenus à Lyon le 14 février 2026, elle s'inscrit inévitablement dans leur prolongement politique. Ce jour-là, Quentin Deranque, étudiant de 23 ans engagé auprès du collectif d'extrême droite Némésis, a été tué lors d'affrontements avec des militants de La Jeune Garde. Une dizaine de militants de la mouvance antifasciste ont depuis été interpellés et la plupart mis en examen pour homicide volontaire et violences aggravées, parmi lesquels deux assistants parlementaires du député LFI Raphaël Arnault.

L'affaire avait déclenché une onde de choc politique. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avait suspendu l'accès de Raphaël Arnault au palais Bourbon, en raison d'un risque potentiel de troubles à l'ordre public, avant que l'élu, personnellement non impliqué, ne retrouve son siège le 1er avril dernier. Plusieurs voix, à droite comme à gauche, dont celle de François Ruffin, avaient appelé le député du Vaucluse à démissionner, ce qu'il a toujours refusé de faire.

La portée de cette décision dépasse le seul cas de La Jeune Garde. Elle confirme une lecture extensive, par le juge administratif, de l'article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure qui encadre la dissolution des groupements de fait. Elle conforte aussi le pouvoir exécutif dans son recours à cet outil, dont l'usage s'est nettement accru ces dernières années.

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