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Points de vue

L'indifférence coupable de l'ASEAN face au massacre des Rohingyas en Birmanie

Rédigé par Yanis Mahil | Jeudi 22 Mai 2014



Le sommet de l'ASEAN, qui s'est tenu en Birmanie les 10 et 11 mai 2014, a totalement évacué la question des minorités ethniques persécutées de Birmanie, parmi lesquelles les Rohingyas.
Le sommet de l'ASEAN, qui s'est tenu en Birmanie les 10 et 11 mai 2014, a totalement évacué la question des minorités ethniques persécutées de Birmanie, parmi lesquelles les Rohingyas.
L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) est une organisation politico-économique et culturelle regroupant 10 pays d'Asie du Sud-Est et qui a pour but de promouvoir la coopération entre ces différents Etats, aussi bien dans le renforcement des liens politiques, économiques et sécuritaires, que dans la résolution commune des crises régionales. Cette organisation comprend en son sein l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge. Le siège de l'organisation est à Jakarta, en Indonésie.

Pourquoi, me direz-vous, parler aujourd'hui cette organisation ? Au cours de mes dernières recherches, j'ai constaté que le dernier sommet de l'ASEAN a eu lieu récemment, le 11 mai 2014, à Naypyidaw en Birmanie. Des questions comme la crise politique en Thaïlande ou le conflit entre le Vietnam et la Chine sur l'accès à la mer de Chine méridionale ont été abordées.

Les Rohingyas, les oubliés du sommet

Le président Birman Thein Sein avait prévenu qu'il n'accepterait pas que la question des Rohingyas soit incluse dans le programme des discussions du sommet de l'ASEAN. Son porte parole, Ye Htut, a notamment déclaré : « La question des Bengalis est une affaire interne dont nous ne discuterons pas lors des rencontres de l’ASEAN même si des Etats membres le demande. »

Il est intéressant de noter que la présidence birmane désigne les Rohingyas, présents dans le pays depuis des siècles, comme des « Bengalis », une population appartenant au Bangladesh, exprimant ainsi l'idée qu'ils sont un corps étranger à la Birmanie, des ennemis de l'intérieur.

Il est navrant que l'ASEAN, composée de trois pays musulmans importants (l'Indonésie, la Malaisie et Brunei) et de deux pays comportant des minorités musulmanes considérables (Singapour et la Thaïlande), n'ait pas fait pression sur la Birmanie pour qu'elle cesse sa politique de nettoyage ethnique, en choisissant un autre pays que la capitale birmane pour accueillir leur dernier sommet ou même en menaçant la Birmanie de l'exclure de l'ASEAN. Le minimum aurait été d'inscrire cette question à l'ordre du jour du dernier sommet du 11 mai 2014 à Naypyidaw.

Le pacifisme à géométrie variable

De plus, les différents protagonistes de l'ASEAN ont appelé lors du dernier sommet à une « résolution pacifique » du conflit politique thaïlandais, « grâce au dialogue dans le respect total des principes démocratiques et de l’Etat de droit », en parlant même de « promouvoir la réconciliation nationale et le retour à la normalité en Thaïlande », secouée par des manifestations anti-gouvernementales depuis novembre 2013.

Comment peut-on parler de pacifisme, de principes démocratiques, d'Etat de droit et de réconciliation nationale pour la crise politique ayant cours en Thaïlande, et se taire sur le génocide pratiqué par un autre Etat membre, à savoir la Birmanie, à l'encontre de la minorité musulmane rohingyas, considérée par l’ONU comme la minorité la plus persécutée du monde ?

Les pays musulmans face à leurs responsabilités

L'Indonésie et la Malaisie, étant parmi les membres fondateurs de l'ASEAN, ajouté à leur influence politique et économique non négligeable sur l'organisation, ont une responsabilité morale impérative dans la résolution du problème des Rohingyas. Il en va de même pour le sultanat de Brunei, après avoir récemment décidé d'appliquer la « charia », dans une vision très rigide et littéraliste, ne peut pas dans le même temps collaborer de manière étroite avec la Birmanie qui massacre, brûle, déporte et enferme dans des camps des milliers de Rohingyas. La condamnation de l’entreprise de persécution menée par les autorités birmanes serait le minimum en termes de respect des principes islamiques.

On peut blâmer nombre de pays occidentaux pour leurs contradictions se caractérisant par la promotion d'un discours sur les droits humains d'un côté, et un silence constant sur de nombreux conflits dans le monde impliquant des atteintes terrifiantes aux droits de l'Homme. Mais on doit aussi dénoncer la passivité sidérante de nombreux pays musulmans sur les discriminations, les persécutions ou les massacres dont sont victimes certains musulmans à différents endroits du globe.

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Yanis Mahil est diplômé en droit et en islamologie à l'Université de Strasbourg.