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Points de vue

J'ai besoin d'un endroit pour m'oxygéner

Sanctionnons ces démagogues de droite et de gauche

Rédigé par Mohamed Saleh | Jeudi 16 Mars 2006 à 23:04

           

La France va très mal. Il faut, sans perdre de temps, qu’elle rentre à la maison et s’occupe de ses propres problèmes. Le monde peut bien se passer de ses droits de l’homme. Souvenons-nous des propos de Chirac sur le sujet, lors de son voyage en Tunisie. Le monde peut aussi se passer de sa laïcité de circonstance et de son modèle républicain qui n’inspirent et ne sont imités par aucun pays.



Personnellement, qu’elle aille bien ou pas, cela m'est complètement égal. Je ne crois pas que tous ceux qui la gouvernent alternativement depuis trop longtemps réalisent tout le ridicule qui la caractérise aujourd’hui de part le monde et plus particulièrement de part le monde arabe.
Au mois de novembre, j’ai vécu la révolte des banlieues depuis Ghardaïa, en plein Sahara algérien. De là, en tant que Français, j’ai été assailli de questions auxquelles j’ai pu donner des réponses qui se recoupaient avec l’actualité du moment. J’ai pu déconstruire l’image fantasmée de ce pays qui ne met aucune de ses valeurs (dont il ne cesse de prétendre) ailleurs que sur le fronton de ses édifices publiques. France, terre d’accueil. D’El Meniaa, de Ghardaïa, de Laghouat, de Béchar, mais aussi de Rabat, de Tunis, de Beyrouth, de Baghdad … nous en avons, encore une fois, bien ri.

Nos journaleux intoxicateurs


Douce France, cher pays de mon enfance, ouvertement islamophobe, grande donneuse leçon, tu n’éprouves aucune gêne à exhumer une loi de 1955. Honnêtement, on va finir par trouver Jean-Marie sympathique.

En réalité je ne viens pas, aujourd’hui, m’étaler sur la France mais sur l’Algérie, mon autre cher pays, qui a lui aussi quelques uns de ses mythes à revisiter.
Pour en finir avec la France, au risque de vous choquer, je vous appelle, si vous avez décidé de ne pas vous abstenir à l’échéance de 2007, à ne surtout plus donner vos voix en pure perte. Et c’est surtout à vous les Français de deuxième et de troisième zone (les Dom-tomiens, les Africains du nord et Subsahariens) que je m’adresse.

Notre stratégie doit être un énorme électrochoc à la bienpensance des partis racistes en place que sont la droite et la gauche. Dois-je vous rappeler que François Hollande a promis, lors d’un repas au CRIF, qu’il purgerait l’ENA et le quai d’Orsay de leurs éléments arabes ou proarabes s’il revenait au pouvoir ? (Ndr: M. Hollande est revenu sur les propos auxquels l'auteur fait allusion et les a démentis en expliquant qu'ils ont été mal compris. Pour voir le texte évoqué ici .

Dois-je aussi vous rappeler l’incohérence des indices avancés et les questions infligées qui soustendent des réponses évidentes (pas évidentes) de Sarkozy ? Au passage il tente de discréditer l’action humanitaire du CBSP par de l’amalgame.
Le crime d’Ilan Halimi est, comme tous les crimes crapuleux, suffisamment abjecte pour qu’il soit inutile de la part de nos opportunistes charognards des medias et de la politique d’en rajouter.

Nous n’avons pas eu les mêmes élans solidaires de compassion républicaine, souvenons nous, aux décès de Zyad Benna (17 ans) et de Bouna Traoré (15 ans), de Clichy-sous-Bois, électrocutés en se réfugiant dans un transformateur à haute tension pour échapper aux policiers.

Au lieu de cela, dans la semaine qui a précédé le dépôt de la plainte des familles endeuillées, les médias n’ont malheureusement pas fait leur travail. Il y a eu une course poursuite disaient-ils, puis ils ont dit le contraire. Il n’y a pas eu de cambriolage disaient-ils aussi. Et par la suite, ils ont, là aussi, dit le contraire. Cette affaire est aujourd’hui au stade de l’instruction et tout le monde le sait. Nos intoxicateurs de journaleux ont préféré ne retenir que la version des policiers.

Nous n’avons pas eu d’élans de compassion. Et, très honnêtement, je préfère qu’il n’y en ait pas; et pour qui que ce soit. Tenez-le pour avis, amis journaleux : Il y a des fois où il vaut mieux fermer sa gueule (et retenir sa plume) et passer pour un con que de l’ouvrir et qu’il n’y ait plus de doutes. Attention ! l’excès d’emploi du conditionnel présent et passé 1ère forme peut être dangereux pour la crédibilité.

La meilleure stratégie pour 2007


Nous devons, pour ces présidentielles de 2007, prendre ce risque. Pour ne pas subir une énième fois le thème de l’insécurité qui, dit-on, serait causée par les islamo-voyous ou le nazislamisme des banlieues. Parce que les candidats des partis dits républicains vont utiliser ce thème pour éventuellement par la suite nous demander de sauver la République, pourquoi ne pas donner directement nos voix au Front national ? On peut désormais se poser la question, puisque nous sommes les parqués dans les lieux bannis de la République, les indésirables et éternels boucs émissaires, cessons une bonne fois de croire aux balivernes de nos démagos-censeurs, de nos intellectuels spécialistes des banlieues (et de l’Islam) dans lesquels ils n’y ont jamais mis les pieds.

Comprenez-le bien... Nous sommes les exclus du travail, du logement humain, de l’ascenseur social, de la culture … nous, les racailles qu’il faut nettoyer au karcher … Nous sommes ceux-là qui connaissent le prix de la baguette et du kilo de tomates, tous durement touchés par l’avènement de l’euro.

J’ai déjà eu à le dire sur ce site, pour ma part, c’est à Bir Zeït que le PS est politiquement mort et je suis sûr que beaucoup l’ont ressenti et transcrit aux élections de 2002. Pour que nous ne soyons pas pris en otage par un éventuel appel au sursaut républicain, pour ne plus perdre son temps, donnons un grand coup de fouet à l’intelligentsia – toujours la même depuis trop longtemps. Ensuite, nous verrons bien. Et croyez-moi, il n’y a de menace nulle part parce que la question que nous devons nous poser pour nous convaincre d’aller vers ce choix est la suivante: qu’avons-nous à perdre ?

En réponse à la violente extermination sociale systémique, envoyons-leur le message fort d’une possible victoire du front national parti qui cristallise un certain nombre supposé de valeurs que l’on aurait tous en horreur.

J’ai près de 37 ans et je n’ai pas d’enfants, mais lorsque je vois les enfants de mes amis, je ne peux m’empêcher de penser que ceux qui les excluent déjà, bien souvent ça ne se voit pas mais c’est bien réel (ces profs inexpérimentés dans les collèges de ZEP*), font partie d’un système sournoisement discriminatoire dans lequel Jean-Marie Le Pen n’y est pour rien.

C’est l’ingratitude du Président du conseil régional du Languedoc Roussillon, George Frêche (PS), qui m’amène à l’Algérie. L’ingratitude; on va finir par croire que c’est une des valeurs de la France.

L’Algérie géographique d’aujourd’hui (autrefois département français de 2 382000 km2 – soit prêt de 4,5 fois la superficie de la France) n’existait pas avant 1830. D’ailleurs, le Maroc et la Tunisie actuels non plus. Bien évidemment, il ne s’agit pas de remettre en cause l’existence de ces pays ni même de nier la longue occupation de la région par la France. L’occupation du Maghreb et d’autres régions du monde par la France n’a en rien été positive et il est inutile d’ergoter. L’asphalte que l’on a posé dans certains endroits des monts de Tlemcen a permis qu’un jour, des véhicules motorisés de l’armée française puissent se rendre chez mes grands parents pour abattre une partie de la famille sur place, là tous contre le mur de la khaïma, devant leurs enfants à jamais marqués. Elle a permis d’emporter une autre partie au centre de torture de la région, d’où ne reviendra jamais mon grand oncle. Là, s’arrête pour moi, le rôle positif de la présence française dans les colonies.

Le pardon vaut pour tout le monde


L’Algérie géographique d’aujourd’hui, n’existait donc pas avant 1830. Il y a, parmi ceux qui ont décidé de bouger avec la France, des gens qui se sont trompés. La réalité de ceux qui ont bougé est plus complexe. Pour un grand nombre de harkis, je ne crois pas qu’ils se sont enrôlés dans l’armée pour nuire à l’Algérie et aux Algériens. Beaucoup, je crois, ont d’abord pensé à nourrir leurs familles. Il faut se souvenir que la France n’offrait pas grand-chose aux autochtones.

En 1950, mon père était un esclave. Il ramassait du coton pour un colon qui parfois ne le payait pas suffisamment pour se nourrir. D’autres fois, il lui donnait une ration de semoule. Mon père n’a pas bougé parce que son père croyait en l’indépendance. D’ailleurs, mon grand père, quelques années plus tard, tout en conduisant ses bêtes, s’est occupé d’acheminer des vivres aux résistants. Beaucoup de harkis me dira-t-il plus tard, ont été de véritables héros. Il y a eu des harkis mais tous ne l’ont pas été pour les mêmes raisons. Parmi les harkis, il y a ceux qui sont nés, qui ont ouvert leurs yeux sur la France et pensé l’idée d’indépendance complètement loufoque. Ferhat Abbas lui-même, à ses débuts, parlait d’autonomie et non d’indépendance.

On ne peut pas, et là j’interpelle M. Boutéflika à qui il faut reconnaître la meilleure image de l’Algérie depuis qu’il est aux affaires (en espérant qu’il me lira!), comparer les gens qui ont bougé à ceux qui sont des collabos. La réalité n’a jamais été binaire. Ces dernières années, j’ai ressenti chez les Algériens vivant au pays, les orphelins de la croissance, une exaspération aux discours sans cesse ressortis des tiroirs de la lutte contre l’occupation et pour l’indépendance.
J’essaye d’être juste et je n’accepte pas un certain nombre de choses dites de part et d’autre de la méditerranée.

Je ne veux pas que l’on déprécie davantage des gens qui, pour certains ont quitté l’Algérie en 1962 (des harkis mais des Algériens quand même) et qui, depuis, n’y sont jamais retournés. Les propos de George Frêche, en tant que petit-fils de résistants, m’ont profondément meurtri.

L’ingratitude me répugne. L’arrogance tout autant. Il n’appartient pas à Elisabeth Badinter, Max Gallo, François Barouin ou encore Roger Hanin de décider s'il faut ou non faire acte de repentance à l’égard de l’Algérie. Quelle arrogance !

En Algérie, M. Hanin, les communautés n’ont jamais vécu en bonne intelligence. Aujourd’hui sur son propre sol, la France reproduit ses travers. On peut parler pour le présent d’un système colonial post-colonial et il est là encore, inutile d’ergoter.
La vraie question pour la France est : Si nous leur présentions nos excuses, si nous leur demandions pardon à tous ces Algériens qui portent encore les marques de ce que nous leur avons fait subir, accepteraient ils de nous entendre ?

L’Algérie est un immense et splendide pays. J’encourage les Algériens à emmener avec eux leurs amis français de toutes origines et de leur faire visiter leur pays. L’Algérie a besoin des autres.
M. Boutéflika, vous nous avez proposé la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Cette charte permet à ceux qui se sont trompés, durant la décennie noire, de revenir à la vie normale dans leur pays. Permettez à ces Algériens qui se sont trompés, il y a 50 ans, de voir de fouler la terre qui les a vus naître sans les humilier davantage. J’ai la naïveté de croire que c’est possible. Tout est histoire d’éducation.

*Sur ce sujet, je vous invite à lire Discriminez-moi de Karim Amellal, Ed. Flammarion, Nov. 2005.





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