Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Eviter un nouveau Fort Hood : il faut parler ouvertement de la religion

Par Asma T. Uddin*

Rédigé par Asma T. Uddin | Lundi 16 Novembre 2009



Eviter un nouveau Fort Hood : il faut parler ouvertement de la religion
Washington – Au lendemain de la tuerie qui s’est déroulée le 5 novembre dans la base de Fort Hood au Texas, certains organes de presse, alertés par la consonance musulmane du nom du tireur, le major Nidal Malik Hasan, se sont empressés d’attribuer ces meurtres à ses convictions religieuses, confortant ainsi les préventions qu’éprouvent de nombreux Américains envers l’islam. Dans des moments pareils, on préfère sans doute éviter d’aborder la question de la liberté de culte. Pourtant, il est essentiel qu’elle soit garantie pour éviter qu’une tragédie de même nature ne se reproduise. Tous les Américains, musulmans et non-musulmans, ont désormais un rôle à jouer pour assurer que notre pays continue de fonctionner de manière productive et pacifique.

Sitôt connu l’attentat, des personnalités et des organisations musulmane américaines, comme Mme Ingrid Mattson, présidente de l'Islamic Society of North America (ISNA), le Muslim Public Affairs Council (MPAC) et le Council of American-Islamic Relations (CAIR), ont réagi en condamnant sans réserves ces meurtres, selon eux répréhensibles et étrangers à l’islam.

Selon le CAIR, « aucune idéologie politique ou religieuse ne pourra jamais justifier ni excuser une violence aussi abjecte que gratuite. Cet attentat est d’autant plus atroce qu’il visait une armée entièrement composée de volontaires qui protègent notre pays. Nous, les Américains musulmans, sommes solidaires de nos concitoyens et, à leurs côtés, nous offrons nos prières pour les victimes et nos sincères condoléances aux familles des morts et des blessés. »

Cette explosion de violence a incité les organisations musulmanes à inviter les non-musulmans à s’abstenir de considérer l’événement à travers le prisme de la religion.

A mesure que les faits se précisent, il semblerait que les actes commis par M. Hasan trouvent leur origine ailleurs que dans la religion, notamment dans la maladie mentale. On ne peut pas pour autant écarter complètement l’élément islamique. La National Public Radio a ainsi rapporté que, lors d’un colloque annuel où les médecins présentent chacun un exposé sur un sujet médical (le Grand Round), M. Hasan avait utilisé son temps de parole, il y a quelques années, pour faire une conférence sur le Coran, à grand renfort de description des tourments qui attendent les infidèles en enfer. Il y a six mois, encore, plusieurs « posts » sur les attentats suicide, publiés sous le nom de Hasan, ont fleuri sur l’Internet. Les enquêteurs s’efforcent toujours d’établir si ces interventions peuvent effectivement lui être attribuées.

Les Américains musulmans, comme les non-musulmans, ont du pain sur la planche. Il appartient aux non-musulmans de s’abstenir de traiter leurs concitoyens musulmans comme s’ils étaient complices des actes commis par M. Hasan. Et puisque la plupart des musulmans jugent ses actes répréhensibles il appartient à leur communauté de reconnaître qu’elle demeure vulnérable à l’extrémisme et qu’elle doit donc prendre les mesures correctives nécessaires.

Les Américains musulmans ont le devoir de protéger les plus vulnérables d’entre eux – y compris les militaires – de ceux qui prêchent l’extrémisme et la violence. Ils doivent aussi prendre des mesures volontaristes pour repérer ceux de leurs coreligionnaires qui prônent la violence, agissent de façon suspecte ou erratique, afin de les orienter vers une aide professionnelle avant que la tragédie ne frappe.

Mais une réaction musulmane à Fort Hood ne suffit pas, elle doit s’accompagner d’une réaction de l’Amérique tout entière. Après la fusillade, le gouvernement sera peut-être tenté de se méfier des militaires américains musulmans, ce qui les inciterait éventuellement à ne pas révéler leur appartenance religieuse. Il faut maîtriser le discours dans des forums tels que le Grand Rounds, dont la vocation est médicale plutôt que religieuse, il est aussi important de protéger l’expression d’opinions religieuses dans les conversations privées entre employés de l’Etat, quelle que soit leur appartenance confessionnelle.

De fait, un échange d’opinions libre et ouvert en matière religieuse peut non seulement améliorer la compréhension de l’autre, mais aussi faciliter la détection et la contradiction de toute rhétorique extrémiste, ainsi que le signalement aux autorités de comportements ou d’attitudes suspectes. Ce n’est que lorsque le discours religieux est traité comme un élément normal du discours humain que les individus peuvent le partager en toute quiétude, plutôt que de l’éviter comme étant politiquement incorrect – et de rater, ce faisant, les signaux d’alarme les plus évidents.

Au lendemain de la tragédie de Fort Hood, il est important de travailler sur la prévention. Les Américains musulmans ont le devoir exprès de protéger leurs coreligionnaires des sirènes du radicalisme, tandis que tous les Américains – musulmans et non-musulmans – doivent façonner un environnement au sein duquel la liberté confessionnelle est non seulement garantie, mais doit aussi servir d’arme contre l’extrémisme de la violence.



* Asma T. Uddin, juriste, est attachée de recherche au Becket Fund for Religious Liberty et rédactrice en chef de altmuslimah.com.


Eviter un nouveau Fort Hood : il faut parler ouvertement de la religion
En partenariat avec Common Ground News (CGNews) – Partenaires pour l'Humanité