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Religions

En Inde, plus de 200 mosquées décorées avec des versets du Coran par un calligraphe hindou

Rédigé par | Mercredi 8 Décembre 2021 à 11:25

           

Plus de 200 mosquées indiennes ont été décorées avec des calligraphies de versets coraniques dessinées de la main d'un homme de confession hindoue, qui se sert de l'art comme d'un vecteur important de paix entre les communautés, dans un pays en proie régulièrement à des tensions entre la majorité hinhoue et la minorité musulmane.



Sur les 30 dernières années, plus de 200 mosquées indiennes ont été décorées avec des calligraphies de versets coraniques dessinées à la main par un homme de confession hindoue. © Anil Kumar Chowhan
Sur les 30 dernières années, plus de 200 mosquées indiennes ont été décorées avec des calligraphies de versets coraniques dessinées à la main par un homme de confession hindoue. © Anil Kumar Chowhan
Diffuser un message de paix à travers son art dans un pays où les tensions intercommunautaires entre hindous et musulmans sont vives, c’est la mission que s’est donné le calligraphe hindou Anil Kumar Chowhan. En 30 ans de carrière, l’artiste aujourd'hui âgé de 50 ans a calligraphié des versets du Coran sur les murs de plus de 200 mosquées à travers l'Inde. Installé à Hyderabad, capitale de l’Etat du Telangana, l’artiste autodidacte a vu sa passion pour la calligraphie s’éveiller en peignant les enseignes des commerçants de sa ville.

« Je viens d’une famille hindoue très pauvre et j’ai dû abandonner mes études après ma seconde pour aider mes proches. J’étais doué pour le dessin alors je me suis dit : "Pourquoi ne pas exploiter ce don pour faire carrière dans la peinture sur panneau ?" », racontait Anil Kumar Chowhan à Al Jazeera en juin dernier. Et c’est notamment pour trouver du travail auprès des propriétaires de boutiques, à l’époque majoritairement musulmans, que l’artiste s’est mis à apprendre l’ourdou, la langue nationale du Pakistan.

« Au fil du temps, j'ai commencé à reconnaître les mots et les alphabets et j'ai lentement et organiquement développé un intérêt pour cette langue. J’ai commencé à écrire en ourdou pendant mon temps libre, en copiant des mots dans des manuels, ce qui m'a aidé à développer mon art », a-t-il confié, avant de poursuivre en évoquant son travail réalisé dans des lieux de culte musulmans. « C’est au cours de mes missions que j’ai appris à lire et à écrire en ourdou. Très vite, les gens ont commencé à reconnaître mon talent et m'ont donné l'occasion d'embellir des monuments architecturaux de la ville avec des versets du Coran ».

Ces monuments ont parfois bénéficié de ses services gratuitement tant l’artiste s’attachaient aux lieux : « J’ai reçu une hadiya (rémunération) pour plus de 100 mosquées mais j’ai travaillé gratuitement pour les 100 autres. Je ressentais une connexion spirituelle avec ces endroits, ce qui m’a poussé à ne pas exiger de compensation. »

Parmi ces édifices figure l'emblématique mosquée Noor à Hyderabad qu’Anil Kumar Chowhan a décorée dans les années 1990 : « J'étais aux anges. En décrochant ce gros contrat, je prouvais non seulement que mon talent était reconnu, mais aussi que j'avais reçu l'approbation de l'élite de la ville, ce qui allait m'ouvrir des portes. Et c'est ce qui s'est passé. »

L’art comme vecteur de paix

Toutefois, son parcours n’a pas toujours été un long fleuve tranquille et le peintre a pu être confronté aux réticences de certains locaux opposés à sa démarche parce qu’il était hindou. Il avait alors bénéficié d’un soutien de poids, celui de l’université islamique Jamia Nizamia d'Hyderabad qui a émis un avis religieux (fatwa) pour lui permettre de continuer à orner les murs de mosquées.

La direction de l'université, déjà impressionnée par le travail de l'artiste, avait accroché une de ses œuvres - une toile de 183 cm sur 122 cm représentant la sourate Yassine, un chapitre important du Coran - dans la galerie principale. Aussi, le quinquagénaire n’a pas seulement peint sur les murs des mosquées. Au cours de 30 dernières années, il a décoré 30 temples y dessinant dieux et de déesses hindous, ainsi que de nombreux mausolées et monastères.

« Je crois que l’art n’a aucune religion. Dieu, Allah, Jésus : ils ne font qu’un. Et nous sommes les enfants de Dieu », clame le calligraphe, confiant entretenir des relations privilégiées avec la communauté musulmane du pays grâce à son art fédérateur. « Aujourd’hui, la plupart de mes amis sont musulmans. Nous mangeons ensemble, passons du temps ensemble et participons à des mehfils (rassemblements consacrés à la culture hindoustanie) et nous enrichissons nos vies respectives ».

Si Anil Kumar Chowhan indique percevoir 350 dollars par mois grâce à ses missions en freelance à travers le pays, il maintient aussi gagner de quoi subvenir aux besoins de sa famille, notamment grâce aux commandes qu'il reçoit pendant le mois du Ramadan : « Le mois sacré du Ramadan est la période pendant laquelle je suis le plus occupé. Je vais de mosquées en mosquées pour transmettre le message de paix d’Allah à travers mon art. Mais je n’ai pas l’impression de travailler. »

Anil Kumar Chowhan travaille désormais en compagnie de son frère avec qu’il il voyage de province en province en quête de nouveaux monuments à sublimer. « Mosquées, temples, monastères, je les ai tous embellis. Tous ces lieux délivrent le même message, celui de l'amour, de la paix et de l'unité de l'humanité. La religion est une force unificatrice, pas une force de division », tient à rappeler le calligraphe. « Si nous suivons les enseignements de Dieu, nous pourrons tous vivre en harmonie et le monde n'en sera que plus riche. »

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