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Sur le vif

Charlie Hebdo récompensé aux Etats-Unis malgré un important boycott

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 6 Mai 2015



Charlie Hebdo récompensé aux Etats-Unis malgré un important boycott
Standing ovation pour le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Gérard Biard. Il a reçu, mardi 5 mai à New York, le prix « courage et liberté d’expression » au nom de l’hebdomadaire satirique, décernée par la célèbre association mondiale d’écrivains PEN, devant un parterre de plus de 850 invités prestigieux.

Pourtant, la remise du prix avait été vivement critiquée. Elle a été boycottée par plus de 200 écrivains qui ont d'ailleurs refusé d’assister au gala. Dans une lettre ouverte publiée le 26 avril sur le site The Intercep, les écrivains s’indignaient de la sélection de Charlie Hebdo. Pour eux, le journal « valorise un contenu offensant : un contenu qui attise les sentiments anti-islam, anti-Maghreb, anti-arabe qui sont déjà courants dans le monde occidental ». De six au départ, ils sont rapidement passés à 204 signataires à ce jour. Parmi eux, de grands noms comme Joyce Carol Oates, Michael Ondaatje, Russell Banks ou encore Wallace Shawn, Craig Lucas, Eve Ensler, Francine Prose...

Evidemment, les romanciers condamnent fermement l’attentat qui a décimée la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier, mais ne se privent pas d’accuser librement le journal de mettre de l’huile sur le feu. « Les caricatures du Prophète représenté par Charlie Hebdo peuvent être interprétées comme la cause d’une plus grande humiliation et souffrance » pour une catégorie de la population française qui est « formée par un héritage colonial et dont une large partie est musulmane pratiquante ».

Surtout, les auteurs ne digèrent pas du tout la décision de leurs pairs du PEN American Center d’honorer l’hebdomadaire : « Il y a une différence entre soutenir une liberté d’expression qui va à l’encontre de l’acceptable et récompenser une telle liberté d’expression. Charlie Hebdo semble très sincère dans son dédain de toutes les religions. »

Le président américain du PEN, Andrew Solomon, se défend pourtant d’approuver le contenu de Charlie Hebdo. « La récompense n’est pas nécessairement en accord avec le contenu exprimé ». « Si nous approuvions la liberté d’expression seulement à ceux avec qui on est d’accord, la notion même de liberté d’expression serait très limitée », dit-il. Salman Rushdie, menacé depuis de longues années depuis la parution, en 1988, de son ouvrage Les Versets sataniques, a tancé ses confrères sur Twitter. Pour l’écrivain iranien, ce sont des « lavettes », qui ont « horriblement tort » car selon lui, « démystifier la religion n’est pas de la haine » mais de « la satire ».

Malgré le boycott, le prix a bien été décerné au journal. Loin des lourdes accusations en France à l’encontre de ceux qui ne se sentent pas Charlie, le débat, s’il est vif, est bien plus serein aux Etats-Unis. Dès le lendemain de l’attentat, des médias avaient refusé de publier la Une de Charlie avec la caricature du Prophète. Quelques intellectuels avaient affirmé ne pas être Charlie, sans être accusés de défendre les terroristes.

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